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Polar - Page 3

  • Moloch – Thierry Jonquet

    Moloch.jpgDans la bible, Moloch est le Dieu auquel les Ammonites sacrifiaient leurs premiers-nés. Un Dieu avide de sang frais et juvénile qui est de manière figurée au centre du livre de Thierry Jonquet.

    Moloch s’ouvre sur une scène dure, difficile à l’image du livre. Une équipe d’inspecteurs découvre la scène d’un crime atroce: des enfants enfermés dans une maison abandonnée, enchaînés les uns aux autres et brûlés vifs dans d’indicibles douleurs. Qui ? Pourquoi ? Dans le même temps un artiste condamné par une maladie incurable se livre à des séances de psychanalyse pour le moins étranges durant lesquelles il essaie d’expliquer sa recherche créatrice. Mais qui est-il ? Et que veut-il ? Quel lien tout cela a t-il à avoir avec cette petite fille, dont le dossier médical et les aberrations des analyses cliniques, conduisent à suspecter ses parents de chercher à lui nuire ? Moloch.

    Moloch est un très bon polar qui arrive à maintenir le suspens jusqu’au bout. Le rythme du récit est soutenu et la progression de l’enquête habile. Les 3 intrigues sont progressivement nouées autour des thèmes de l’enfance et de la souffrance, de la cruauté et des traumatismes. C’est le cœur du livre. Plus que les mystères qui sont peu à peu dévoilés sans que le livre ne perde de son intérêt. Un questionnement sourd et violent au sujet du mal concernant les enfants ne quitte pas les différents protagonistes.

    Il faut également saluer le talent de Thierry Jonquet qui sait donner une réelle profondeur à ses personnages. Il gère très bien les interactions, les relations interpersonnelles entre eux. Il les dote aussi d’histoires et de tourments propres qui font souvent écho aux enquêtes menées, aux intrigues. Dans Moloch, l’éducation des enfants de Di meglio ou encore le drame personnel de Rovère qui a perdu le sien s’accordent d’une manière particulière avec le thème de l’enfance. Le tout est déroulé dans un décor parisien que maîtrise Thierry Jonquet. Plus que du divertissement, c’est un polar social, assez juste, sur fond de déviances, d’immigration, de populations déclassées, marginales.

    C’est dur, prenant et efficace.

  • Mygale - Thierry Jonquet

    mygale.jpgAlex est un jeune homme pas très futé, complexé par ses origines paysannes, qui se retrouve seul, en cavale, après un hold-up. S’il a réussi à obtenir une somme rondelette, il a en revanche tué un flic et commis de nombreuses erreurs. Blessé, il est désormais recherché par la police. Richard lui est un chirurgien plastique de renom qui semble entretenir une étrange relation avec Eve, la jeune femme qui partage sa vie et qu'il malmène. Un secret régit leur fonctionnement atypique. La haine semble les lier autant que leurs pratiques peu orthodoxes. Qu’est ce que tout cela a en rapport avec la fille de Richard enfermée dans un hôpital psychiatrique ? Et quelle est donc cette histoire d’enlèvement, de torture, de projet démoniaque qui évolue parallèlement à ces personnages ? Cette histoire dans laquelle un jeune homme est enlevé, enfermé dans une cave et livré à un homme aux desseins incertains, Mygale ?

    Pour relier ces personnages, les comprendre, il faut arriver au bout du livre de Thierry Jonquet. Sur un rythme soutenu, avec un certain sens du mystère et une mise en scène réussie, dure, de la torture sous différents aspects, physique et psychologique, Thierry Jonquet écrit une ode à la vengeance. Ce vain sentiment est un Deus ex machina qui finit par faire voler en éclats, les secrets, les personnages et le fin mot de cette histoire. Les cinéphiles peuvent penser à Old Boy et à la trilogie coréenne sur la vengeance de Park Chan Wook. L’histoire est assez originale pour un polar qui se lit vite et happe le lecteur de manière assez habile.

    Bon moment de lecture.

  • La vie de ma mère - Thierry Jonquet

    la vie de ma mère.jpgPeut-on écrire comme l’on parle ? Voilà une question idiote qui a pourtant souvent été l’objet de polémiques littéraires. La réponse devient évidente après la lecture du livre de Thierry Jonquet. Oui, on peut écrire avec talent comme on parle, et en faire l’une des forces principales de son ouvrage. Une grande partie de la vitalité, du sel, du mordant du livre vient du phrasé parlé du personnage principal, jeune adolescent de la banlieue parisienne qui raconte son histoire.

    La manière dont Thierry Jonquet s’empare de la langue de banlieue, de ses expressions, de ses tournures est impressionnante. C’est plus qu’un artifice ou une performance. Il ne s’agit pas seulement ici pour l’écrivain de rentrer dans la peau d’un adolescent français de banlieue parisienne. La langue est un puissant vecteur de crédibilité et surtout la porte d’entrée vers l’univers mental de ces jeunes qu’on qualifie désormais assez rapidement de sauvageons et leur univers déglingué, parallèle au nôtre, tellement loin alors qu’il est géographiquement si proche. Le héros du livre raconte son histoire avec verve et narre ses péripéties avec sincérité, alternant le rire et le plaisir du lecteur avec la consternation et le tragique.

    Incognito, bien avant d’autres, Thierry Jonquet nous parle d’un monde malade, il nous décrit un univers plutôt glauque, noir et difficile dans lequel la vie avance tant bien que mal. En nous faisant rire, en nous secouant parfois les tripes, il pointe ce que nous ne pouvions pas voir mais qui se pointait à toute vitesse : la montée de la délinquance, de la violence, encore plus chez les mineurs, la percée de l’islamisme, le communautarisme latent, l’échec de l’école, etc. Ce livre est d’autant plus appréciable que cette aventure dans la banlieue est aussi un apprentissage de la vie, des sentiments avec cet adolescent attachant qu’est le héros. Peu importe si l’on devine rapidement le dénouement, impossible de bouder son petit plaisir. Vivant et réussi.