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Reportages - Page 2

  • Ebène - Ryszard Kapuscinski

    ebene.jpgIl est difficile de classer cet ouvrage écartelé entre le reportage, la nouvelle, l’histoire, les pensées. C’est un cocktail original et délicat d’aventures exotiques d'un journaliste en Afrique. Rarement, il a été donné de saisir l’Afrique d’aussi près, dans son histoire, dans son quotidien et plus important encore dans son essence. Ryszard Kapucinski a sillonné l’Afrique depuis les premières heures de la décolonisation jusqu’à nos jours. Cette expérience l’a profondément marqué et a généré un attachement, un respect et une connaissance du continent noir qui irradie à travers son écriture. 

    Ryszard Kapuscinski partage avec talent et passion, ses émotions, ses rencontres uniques, parfois heureuses ou effrayantes, avec des lieux, des gens, des peuples, des coutumes. On est d’instinct rapidement séduit et définitivement marqué parce que lorsqu’on le lit, l’Afrique – insaisissable et secrète- est là, brûlante, attirante, différente, entre les lignes, dans ce qu'il arrive à faire passer des gens, des lieux, des histoires, de l'Histoire.

    Fort.

  • Dante n’avait rien vu - Albert Londres

    dante n'avait rien vu.jpgAvec Albert Londres, partons à la découverte des Biribis, les pénitenciers militaires situés en Afrique du nord au début du XXème siècle. Découvrons un enfer sans nom dénoncé à chaque page par le journaliste. La grande cause n’est en effet toujours pas loin avec Albert Londres. Il s’agit ici de se rendre compte des conditions inimaginables de ces pénitenciers, de leur logique et de leur fonctionnement totalement aberrants.

    Lire Dante n’avait rien vu, c’est retourner à une époque qui nous paraît lointaine où pour les militaires l’enfer existait en dehors de la guerre, dans ces pénitenciers. Pour un outrage à un officier, sur un malentendu, pour désertion, etc, le militaire mettait le pied dans une mécanique dont il n’avait même pas idée, un monde où règnent les tirailleurs à la gâchette légère, les sergents tyranniques avec leur imagination sordide sans bornes, les caïds etc. 2 ans, puis rapidement 5, 10, 25 ans, des doigts coupés, des supplices, des tortures, des punitions, etc. c'est ça le Biribi. Les pénitenciers militaires sont la porte ouverte vers un cercle vicieux qui ne semble avoir de fin sauf pour les mourants.

    Albert Londres a écouté les histoires de ces malheureux qui y croupissent, il les restitue dans son style, direct, oral, punchy, très ironique. Il fait de la drôlerie mais aussi de la morale avec ces terribles témoignages qu’il recueille, mais aussi en mettant en scène son périple et en faisant le portrait de tous les stéréotypes qui composent cet univers dantesque. Impossible de ne pas rire en même tant que l’on ressent de l’horreur et de la consternation devant tant d’injustice, de stupidité et de violence. Oui, le biribi a vraiment existé...

  • Dans le nu de la vie - Jean Hatzfeld

    dans le nu de la vie.jpgEn 1994, au Rwanda, l'espace de quelques semaines, Dieu a une fois de plus fermé les yeux, le temps pour la barbarie de régner en maître, pour les Hutus de commettre un génocide contre les Tutsis. Le monde entier aussi a fermé les yeux le temps que se déroule cette horreur. Jean Hatzfeld se propose de les ouvrir avec ce livre, un reportage unique au plus près de la douleur et de ces évènements tragiques. Il est allé dans la région de Nyamata où 50000 Tutsis sur 59000 ont péri sous les assauts, les coups de machette, la haine de ceux qui étaient leurs voisins, leurs frères, leurs amis. Il y a rencontré des rescapés tutsis qui ont accepté de lui raconter l’indicible, les massacres, les fuites, la peur, la douleur, les privations, les journées entières passées cachés dans les marais.

    Jean Hatzfeld amène avec beaucoup de savoir-faire chacun de ces témoignages bouleversants. Il raconte sa progression dans le village, les lieux, l'ambiance, les gens, installe une atmosphère, une proximité avant de laisser entendre la voix des rescapés et déployer leurs histoires. Ceux qui ont survécu au mal, qui essayent de reprendre la vie, pas très loin de leurs bourreaux, le souvenir chevillé au corps. C’est bouleversant. Chaque témoignage est brut, sans fioritures, une bombe qui explose et effondre le témoin, l'auteur et le lecteur. L’horreur est là, insupportable, dans les mots, dans l'esprit. La leçon est là, cruelle, à chaque fois, abasourdissante. Il y a de l’inhumain dans l’homme, et cela peut devenir la norme. On ne sait jamais à quel moment tout peut basculer et la folie régner. Les propos sont dignes, sobres et d’autant plus justes, douloureux, difficiles pour le lecteur.

    Un témoignage unique.