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Littérature Camerounaise - Page 2

  • Le vieux negre et la médaille - Ferdinand Oyono

    vieux negre et la médaille.jpgLe vieux Meka a renié ses ancêtres et sa culture pour se convertir au catholicisme. Il a donné ses terres, s'est appauvri pour cette chère église. Il est même allé jusqu'à donner ses fils à une folle guerre au-delà de son imagination, qui les a emportés. Heureusement pour tout ca, il aura la reconnaissance des blancs, des colons materialisée sous la forme d'une médaille.

    C'est par ce jeu du ridicule et même de l'absurde que Ferdinand Oyono dénonce la colonisation et ses faux bons sentiments, son mépris, son manque de respect du noir, de l'indigène avili, humilié et exploité. Ce qu il y a de dramatique, c'est la grandeur que confère cet honneur, cette médaille à Meka et aux yeux des autres indigènes jusque hors de sa propre contrée. Le complexe d'infériorité des indigènes est ainsi démontré. C'est le blanc qui détermine la valeur des êtres avec un simple bout de metal.

    Ferdinand Oyono retranscrit à merveille le traitement infantile de ces blancs qui transpirent les sentiments indignes même dans ce qu'ils veulent comme des gestes de reconnaissance et d amitié. Le jeu sur le comique de situation offre un éclairage sombre sur la période coloniale sans faire dans le mélodrame et accentue la dénonciation de cette période tragique par le jeu des contraires. Et que dire de la lucidité qui brusquement va saisir la femme de Meka puis ce dernier devant l'absurde de cette médaille, de toute l'aventure de la colonisation, du joug qu ils subissent ?

    Les personnages en pleurent, puis en rient de tout ca, pour finir par révéler quelque chose de profondément marquant: l'impuissance de ces gens, de leur monde devant une nouvelle donne de leur histoire, le blanc et le progrès technique. Il y a une vérité à laquelle ils ne peuvent échapper. Ils sont vaincus et rien ne pourra les guérir de cette tristesse du perdant, de l'opprimé, de celui qui voit mourir en lui quelque chose qui est peut-être lui ? Rien, pas même la lucidité, l'humour ou le ridicule que, quelque part, ils essaient de renvoyer à ces gens qui leur ont tout pris.

    Sans doute, jusqu'à leur âme.