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Littérature Espagnole - Page 2

  • Etrange façon de vivre – Enrique Vila-Matas

    etrange-facon-de-vivre.jpgVoici un écrivain qui doit donner une conférence sur « la structure mythique du héros » et qui décide de la modifier le jour même de sa performance. La raison ? Un ultimatum de son amante, accessoirement sa belle-sœur, qui lui demande de plaquer sa femme et son fils pour la suivre, sous peine de disparaître définitivement avec un autre homme. Au lieu donc de sa conférence habituelle, bien rodée, cet écrivain décide donc d’écrire un nouveau discours à même d’influencer la décision de son amante qui sera présente dans la salle.

    En réalité, ce qu’il va vraiment faire, c’est surtout disserter bien trop longuement sur son ambition d’écrivain et son projet d’écrire un roman réaliste sur sa rue et ses habitants. C’est l’occasion d’une interminable analogie entre l’espionnage et l’écriture, le fil conducteur de cette journée qui s’écoule lentement entre souvenirs loufoques et micro-aventures abracadabrantesques qui arrachent pourtant difficilement un sourire. La vérité est que tout ça sonne faux et intéresse finalement peu : le grand-père fou, le père dépressif, le fils mentalement en retard, la femme aimante qui ne suscite pas la passion, l’amante intenable.

    Le dilemme intérieur du personnage qui a un choix cornélien à faire et qui essaie de se raccrocher à la littérature est finalement noyé au fond de cette nouvelle conférence qui essaie de puiser dans son travail d’écriture en cours et on comprend finalement que rien ne sortira de tout ça, sinon un peu d’érudition, quelques anecdotes et beaucoup d’ennui.

    Deuxième incursion dans l’univers d’Enrique Vila-Matas et une déception supplémentaire vis-à-vis d’une œuvre qui peine à concrétiser ses promesses. C’est le livre d’un écrivain qui veut écrire sur sa condition et sur son travail mais qui se voile derrière cette histoire de couple, se contente de bavardages, d’errances narratives faussement maîtrisées et très ennuyeuses.

    Une œuvre qui tombe à plat.

  • Imposture – Enrique Vila-Matas

    Zfr_Imp_cb_280v.jpgC’est une de ces histoires dont on a tous déjà entendu vaguement parler un jour ou l’autre. Généralement quelques années après un conflit, mais pas nécessairement, un amnésique se retrouve au cœur d’un inextricable imbroglio. Le bonhomme qui ne se rappelle de rien est reconnu par au moins deux voire plusieurs familles qui se le disputent et s’évertuent à démontrer qu’il est un des leurs. Dans le livre d’Enrique Vila-Matas, cet amnésique est interné dans la clinique psychiatrique dirigée par le Dr Virgil et son secrétaire Barnaola. Qui est-il ? L’intellectuel phalangiste Ramon Bruch, professeur disparu sur le front russe durant la guerre et reconnu par son notaire de frère et sa veuve ou Claudio Nart, un simple ouvrier, vulgaire escroc également reconnu par une autre veuve et à priori par ses empreintes digitales ?

    Pour l’amnésique, le parti le plus intéressant se révèle être évidemment celui des Bruch, ce qui amène à soulever la question de l’imposture. Une question qui tiraille surtout le secrétaire Barnaola qui se retrouve lui aussi être tenté par l’imposture à travers le mensonge et puis progressivement à travers le bouleversement de sa vie présente. L’identité est clairement au centre de ce bref roman d’Enrique Vila-Matas sans pour autant qu’elle ne fasse l’objet d’un traitement réellement original ou marquant. Le livre reste d’une certaine façon à la lisière du possible jeu d’imposture et de ses enjeux. Les deux familles qui reconnaissent l’amnésique ne sont finalement que peu exploitées par le romancier alors que le jeu de l’imposture est principalement basé sur elles.

    Au final, le livre s’éloigne assez souvent de l’amnésique pour se recentrer notamment sur le peu intéressant secrétaire Barnoala, un homme plutôt fade, vieux garçon, habité par l’ennui et attiré par l’imposture. Situé en 1952, dans une Espagne franquiste, le roman ne joue même pas vraiment, ou seulement imperceptiblement au détour de quelques phrases, sur le contexte politico-social. L’écriture plutôt plaisante et l’amusement évident de l’auteur ne peuvent masquer les défauts du livre dont un final expédié et des longueurs en à peine une centaine de pages…

     Faible, décevant.

  • La famille de Pascal Duarte – Camille José Cela

    LaFamilleDePascalDuarte.jpg

    Qui est Pascal Duarte ? Un pauvre hère au destin funeste et un criminel sans pitié dont le manuscrit écrit depuis la prison, où il attend la peine capitale, constitue l’essentiel de ce livre. Comment en est-il arrivé là ? C’est ce qu’essaie d’expliquer Pascal Duarte en racontant sa vie. Il ne s’agit pas ici d’émouvoir, de toucher, ni même de convaincre. Le récit de Camille José Cela est d’un réalisme cru et violent, frisant le glauque dans une accumulation implacable de faits divers et de personnages déclassés, frustes, en marge de la société.

    Pascal Duarte est issu d’une famille paysanne et pauvre du Sud de l’Espagne de l’entre-deux guerres. C’est peu de dire que le contexte n’est pas favorable à son épanouissement. Son père et sa mère, sans le sou, portés sur la bouteille, ont la dispute facile et bien souvent les coups du paternel pleuvent sur presque tout ce qui bouge. C’est un univers usé, ranci, aigre que ne sauvent, ni une sœur cadette vicieuse qui n’hésite pas à fuguer ou à s’adonner à la prostitution, ni un frère cadet débile, vite retourné à la poussière.

    Même lorsque des portes de sortie de cet univers sordide s’offrent à Pascal, sous la forme de l’amour de Lola, d’une autre ou lors d’une brève excursion hors de son environnement putride, il semble voué à subir une cascade de malheurs dont il n’est pas toujours responsable, même s’il ne fait rien pour que les choses évoluent dans le bon sens. Camille José Cela fait le portrait d’un homme habité par la violence. Tapie en lui, celle-ci ne demande qu’à exploser dans des accès incontrôlables. C’est un homme limité intellectuellement, qui semble dominé par ses pulsions, mais qui est en même temps dans une certaine distance avec les évènements.

    Pascal Duarte apparaît par moments comme une personne qui ne comprend pas, ne saisit pas ce qui lui arrive et qui est indifférent quasiment au monde extérieur et englué dans une existence sans échappatoire. D’une certaine façon, Camille José Cela le rapproche du monstre. C’est une perception qui est renforcée par l’écriture froide, distanciée, qui contraste avec la violence, la brutalité des évènements.

    La famille de Pascal Duarte est un livre aride, sec, à l’image du décor de l’Espagne du sud qu’il décrit, abrutie par la chaleur et la pauvreté, misérable. C’est un livre empli d’une tension, sourde, latente, qui habite ses personnages abîmés, et explose dans des scènes marquantes. La tragique destinée de Pascal Duarte le criminel, est effarante et symbolique du trémendisme, courant esthétique littéraire espagnol du milieu du XXème siècle.

    Bon.