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Littérature Hollandaise - Page 2

  • Siegfried, une idylle noire - Harry Mulisch

    siegfr.jpgJe découvre Harry Mulisch avec un certain scepticisme. Siegfried est un livre qui met en scène l'auteur lui-même en visite à Vienne suite à une invitation de l'ambassade de son pays en Autriche. C'est lors d'une interview programmée durant son passage dans cette ville que va se révéler le sujet de son prochain ouvrage: la clé d'un mystère qui hante toute son oeuvre. Hitler. La première partie du livre est parfois empreinte d'une autosatisfaction de l'auteur face à son oeuvre et sa réputation, ce qui est un peu gênant même si à cette occasion, Harry Mulisch explique vaguement ses théories romanesques. Tout ça est assez ennuyeux jusqu'à ce qu'intervienne le vrai sujet du livre qui transforme la première partie du livre en une bien longue introduction.

    Comment Harry Mulisch peut-il appréhender Hitler devant la masse d'études, de tentatives qui l'ont précédé ? En inventant un fils au Führer...Là débute un récit confession qui est accompagné de réflexions de l'auteur. Si on n'adhère pas à ce pivot fictionnel, le livre paraît simplement ridicule, une élucubration quelconque sur Hitler. Supposons quand même que l'on souhaite adhérer à cette thèse du fils de Hitler, alors ? On finit quand même par se heurter à ce qu'il faut bien appeler un babil pseudo philosophique, ésotérique assez étonnant pour un auteur aussi réputé. Il se lance dans des démonstrations de diseuse de bonne aventure qui laissent pantois. Inutile de revenir sur ses théories à propos d'Hitler et le néant auxquelles Nietzsche est associé. La fascination pour Hitler et la volonté de le saisir autrement, par le biais de la fiction, sont les deux mamelles de ce livre raté. Et ce n'est pas la dernière partie en forme de journal personnel d'Eva Braun qui peut le sauver.

    A un moment du livre, exposant ses théories romanesques, Harry Mulisch n'hésite pas à affirmer que le style, le comment d'un livre prime sur le sujet et empêche par exemple Shakespeare d'être un vulgaire auteur mélodramatique . C'est une folle ironie dans la mesure où même la technique littéraire de ce géant de la littérature hollandaise ne lui permettent pas de s'emparer du sujet et de le transcender.

    Très décevant.

  • Pollen - Oscar Van Den Boogaard

    pollen.jpgJulie est une sorte de Madame Bovary moderne perdue dans l'arrière pays flamand en Belgique. Elle s'ennuie du rêve de simplicité et de ruralité de son mari Maurice plus âgé qu'elle. Les joies de la maternité, de la femme au foyer ou des gens de la campagne ne suffisent pas à la combler. Elle a envie d'un plus qu'elle va essayer de trouver dans l'adultère auprès du voisin, le vieux paysan Omer, puis moyennant finances auprès d'une jeune créature lors d'un voyage au Brésil. Inutile de préciser que tout ceci se révèle vain contre le sentiment qui la gangrène.

    Au début, l'écriture et la structure narrative assez mystérieuses intriguent. Elles essaient de dire  sans dévoiler, de livrer en évitant. Et puis progressivement, on se lasse, on s'ennuie de cette histoire somme toute banale, de ces trous dans l'histoire que nous sommes censés remplir nous-mêmes. On en attend plus des personnages sans que cela ne vienne jamais. Au mieux, il y a quelques petites touches par ci par là, juste de quoi être encore plus frustré. Très décevant.

  • Les pieds d’Abdullah - Hafid Bouazza

    bouazza.jpgLes pieds d’Abdullah est un recueil de nouvelles qui racontent les aventures imaginaires et fantasmées de l’enfance de l’auteur ainsi que son intégration plus ou moins réussie en terre batave et enfin son retour au pays natal. Le jeune auteur néerlandais d’origine marocaine prend le parti de l’onirisme, de la fabulation et de l’autofiction totalement imaginaire pour évoquer le paradis perdu de l’enfance, les problématiques de l’exil et de l’intégration. Il livre donc des histoires très originales et très irrévérencieuses qui ne tournent qu’autour d’une obsession : le sexe.

    Le recueil peut effectivement passer sans anicroches pour un recueil érotique. Il y a un travail très intéressant au niveau de la langue pour donner force et vie à cet érotisme débordant qui est omniprésent dès l’enfance jusqu’à l’âge adulte, aussi bien en terre marocaine qu’hollandaise. C’est avec une langue très colorée, imagée et vivante, qu’Hafid Bouazza dessine un Maroc ou plus largement, un Maghreb des plus subversifs. Le sexe, les plaisirs de la chair y sont partout Il faut y voir là une critique des fondamentalismes et des idées reçues sur et en ces pays d’islam.

    C’est parfois un peu exagéré, un poil redondant, pas toujours convaincant mais les nouvelles sont souvent amusantes, les personnages vivants et surtout l’œuvre est chargée d’une virulence qui s’incarne dans l’érotisme et dans l’absurde qui sont dirigés contre les travers des sociétés musulmanes – généralisons…- et un tout petit peu contre le pays d’adoption de l’auteur. Exercice intéressant, assez original et engagé à sa façon. A découvrir.