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Littérature Hongroise - Page 3

  • Etre sans destin - Imre Kertesz

    Recto_etre_sans_destin.jpgL’expérience du camp de concentration vécue par Imre Kertesz diffère de celle de Primo Levi, pas seulement en raison de parcours ou péripéties différents mais aussi en raison du ton et de l’objectif du livre. Avec Être sans destin, on suit Imre Kertesz depuis la déportation de son père au service du travail obligatoire, puis la sienne, jusqu’à la libération de Buchenwald. Une année durant laquelle il va passer dans différents camps, Auschwitz, Buchenwald et Zeits.

    L’intérêt de ce livre tient à la narration qui reproduit la pensée, la façon d’être d’un jeune homme de quinze ans, une espèce de naïveté, d’insouciance qui se mêle à un détachement, cet état d'esprit que l’on a uniquement à l’adolescence au moment des grands changements, ddu passage à l'âge adulte. L’expérience de la déportation s’inscrit dans une focale un peu plus large qui en fait un iconoclaste roman d’apprentissage - en milieu extrêmement hostile...

    Imre Kertesz ne tient pas impérativement à expliquer ou à décrire la souffrance dans les camps, ce n’est pas son objectif même si c'est une expérience incontournable. Il n'est ainsi pas vraiment prolixe sur la vie dans les camps. Il veut éviter la sentimentalité. Ce qui lui importe, c’est d’insérer de la normalité dans l'entreprise des camps pour essayer de montrer – comme il le fait à la fin du livre au journaliste – que la normalité, peut prendre place dans le camp. C’est juste un autre monde avec d’autres règles à intégrer. Un monde qu’il refuse d’oublier, de sublimer, juste considéré à sa vraie valeur, comme l’expérience la plus formatrice pour lui. Un monde qui fait de la déshumanisation une règle, savamment mise en œuvre.

    On peut avoir la sensation qu'être sans destin est moins dense et moins fort que d'autres livres sur le même thème. C'est surtout qu'il est différent.

    Intéressant.

  • Croisade sans croix - Arthur Koestler

    csc.jpgArthur Koestler est un témoin littéraire capital du XXème siècle. Dans croisade sans croix, il se lance dans une étude subtile et profonde des motivations qui ont entraîné des millions de gens dans le carcan du communisme.

    Peter Slavek, le personnage principal, est le symbole de toute une génération qui a rêvé tout haut à l’aide de cette idéologie d’un monde meilleur, différent, plus juste, avant de se heurter à la réalité plus obscure, plus cruelle, plus opportuniste du parti communiste et du stalinisme. Réalité, désillusion qui ne les ont pas totalement dépossédés de leur rêve d’un autre monde. On comprend à travers l’analyse psychologique poussée de Peter, la puissance, le charme du communisme, du combat idéaliste, ses racines profondément ancrées dans l'histoire personnelle et le passé de chacun. Cette foi s'appuie souvent sur un ressort très intime, émotionnel.

    L’habileté d'Arthur Koestler consiste aussi à confronter son personnage à des idéologies contraires par le biais de personnages secondaires afin de mener la réflexion à son terme. Bernard représente ainsi le fascisme ou plus précisément le nazisme à l'état pur et Sonia avec ses idées de liberté, de déracinement, de jouissance préfigure un peu l’homme à venir, moderne, capitaliste, intégré dans la société de consommation, du loisir, du déplacement, du déracinement.

    Croisade sans croix permet de saisir la difficulté d'évoluer dans cette époque au carrefour des vents contraires du fascisme, du communisme et du capitalisme. Une époque où le choix pesait lourd. Après, c’est du Arthur Koestler, l’immersion dans l’histoire, dans ses horreurs, de la solidité dans la construction romanesque, beaucoup d'intelligence et de conviction, une certaine élégance de style.

    Bien.