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Littérature Israélienne - Page 2

  • Tsili – Aharon Appelfeld

    tsili.jpgTsili Kraus est une jeune juive d’une douzaine d’années un peu simple d’esprit qui est abandonnée par sa famille en fuite alors que les persécutions antisémites atteignent leur pinacle en Europe centrale en 1942. Par chance, elle échappe aux profiteurs qui viennent piller leur maison dans laquelle elle reste cachée. Après, commence pour elle une errance, en marge de la société chez de rares personnes qui veulent l’accueillir en échange de menus services et avec qui elle finit par avoir des problèmes, dans la forêt à vivre et à se nourrir comme un animal de ce qu’elle trouve.

    Tsili est un livre original sur l’holocauste. Tout d’abord avec ce personnage éponyme. Tsili est une juive qui en raison de sa simplicité d’esprit est rejetée par sa propre famille qui semble obsédée par l’idée de s’intégrer à une société qui veut les engloutir. L’ironie du sort veut qu’elle arrive à ne pas être perçue, identifiée comme une juive lorsque livrée à elle-même, elle rencontre des « autochtones ». Cette simplicité d’esprit est d’une certaine façon une chance pour Tsili à ce moment là pour échapper au sort des autres juifs, même si elle finit par être rejetée en raison de sa féminité, de ce que sa naïveté et son physique laissent entrevoir comme possibilités aux hommes et menaces aux femmes. L’exclusion est au cœur du livre avec Tsili qui se retrouve obligée de se replier sur elle, d’apprendre de manière difficile ce qu’est le monde adulte et le monde extérieur en général.  L’holocauste est constamment présent dans le roman d’Aharon Appelfeld. C’est une menace qui rôde autour de Tsili, qui charge l’atmosphère d’une certaine électricité et d’une réelle noirceur. Et pourtant, il n’est jamais évoqué de manière frontale. Même lorsqu’elle rencontre dans la forêt Marek, un juif qui a réussi à s’évader d’un camp de concentration, la Shoah n’est présente que de manière diffuse, éparpillée dans les mots, les actes, les dialogues. Elle demeure cependant là, obsédante, lourde car tapie dans tous les recoins, montrant par intermittences son visage. Une bête qui ronge Marek.

    Aharon Appelfeld ne se lance pas dans de grands discours, il ne succombe pas au pathos alors que la tragédie est là, permanente, multiple. Il raconte avec une certaine retenue qui n’étouffe pas les sentiments le destin tragique d’une enfant au cœur et à côté de la tourmente. Les deux à la fois. La vie malgré le vide immense, le trou noir de l’histoire. Il dit aussi avec des anecdotes justes, des histoires fortes l’immédiat après holocauste. En même temps que Tsili, Aharon Appelfeld nous met devant la honte, le malheur, le désarroi, la souffrance, le désespoir de ceux qui ont survécu. Cette espèce de néant qui a suivi la sortie des camps et qui a vu une avancée anarchique, hiératique vers l’ailleurs, de ces graciés envahis par des sentiments, des pensées, des pulsions contradictoires.

    Tsili est un livre dur, intense, triste.

  • L’immortel Bartfuss – Aharon Appelfeld

    bartfuss.jpgL’immortel Bartfuss est le premier livre d’Aharon Appelfeld que je lis. Le moins que je puisse dire est que la déception est sans doute à la hauteur de mes attentes.

    Bartfuss est un rescapé de la Shoah. Il s’est échappé d’un camp de la mort, s’est caché dans les forêts voisines, s’est réfugié en Italie, avant de partir pour Israel. La légende dit qu’il a survécu avec plus de cinquante balles dans le corps. Enfin, c’est ce que l’on devine à la lecture du livre, car du passé de Bartfuss, de son histoire de rescapé de la Shoah, on n’a que des bribes, des morceaux ténus et décousus, attrapés ci et là, dans un dialogue, dans la narration. Jusqu’au bout du livre, ce passé au statut mythique de Bartfuss restera évanescent, mystérieux. Trop.

    Il en va de même pour ses activités au sortir de la guerre. Bartfuss n’a pas été un enfant de chœur, il s’est adonné à des activités illégales, dangereuses, il s’est compromis de différentes manières. Mais tout ceci reste brumeux, toujours flou et difficile à saisir. C’est donc tout un aspect du livre, de la personnalité et du vécu de Bartfuss qui reste en jachère pour le lecteur. C’est dommage car ce sont ces éléments qui auraient pu donner plus de force au livre, plus de chair et plus d’impact. Plus d’intérêt. Car que reste t-il alors de l’immortel Bartfuss ?

    Une histoire de couple qui a mal tourné et qui marine dans la rancœur, l’aigreur et de pathétiques histoires d’argent. L’essentiel du livre tourne effectivement autour du couple de Bartfuss et de Rosa. On en sait plus sur cette histoire que sur celle de Bartfuss même. Une drôle de rencontre qui semble irréelle et puis un enchaînement hasardeux qui fait de Rosa et de Bartfuss, un couple, des parents et ensuite des habitants d’Israël, et enfin une famille déchirée avec Rosa et les deux filles d’un côté et Bartfuss seul de l’autre. C’est histoire n’est pas vraiment touchante, ni vraiment marquante. Il y a trop d’ellipses, trop d’éléments abandonnés en cours de narration ou peu développés pour qu’elle prenne de l’ampleur. Aharon Appelfeld semble perdu dans le minuscule, dans le détail et dans l’insignifiant.

    Il est concentré sur Bartfuss et sa difficulté à être dans sa vie après la Shoah. Mais il est difficile de partager les émotions et les réflexions de ce dernier en raison des éléments explicités plus haut. On suit Bartfuss dans ses déambulations sans grand intérêt. Le vide de son existence est omniprésent, il pourrait être moins ennuyeux pour le lecteur si son passé était plus présent, si ses rencontres avec les autres rescapés apportaient plus d’éléments, étaient moins mystérieuses, si les dialogues étaient moins dans le non dit – semblant parfois vides ou inutiles.

    Le poids de l’héritage de la Shoah, la difficulté de vivre avec, après, de faire ou d’être quelque chose de mieux, me paraissent des thématiques mal exploitées dans ce livre ou en tout cas trop ambitieuses pour ce que j’ai pu lire. Je suis peut-être passé à côté de Bartfuss l’immortel, mais je ne compte pas m’arrêter là avec Aharon Appelfeld en espérant être moins déçu.