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Littérature Ivoirienne - Page 3

  • Le respect des morts - Amadou Koné

    Primée au concours Théâtral Inter africain, Le respect des morts est une pièce brève qui met en scène un petit village bouleversé par la mise en place d'un barrage dans la région par les autorités. Il faut déménager, mais alors et les ancêtres, leur terre ? Le chef du village - en accord avec les notables - est contre le projet alors que son propre fils est pour, conscient des bienfaits du barrage, ignorant des malédictions des ancêtres, des coutumes ? Toujours est-il que le sorcier du village réclame le sacrifice d'un petit enfant au nom des ancêtres pour que s'effondre le barrage. Mais peut-on en venir à bout de la marche inéluctable de la modernité et de ses bienfaits et ses méfaits ? Quel est le prix à payer pour avancer dans la modernité ? Prix collectif, prix individuel ? Eternel débat dans lequel l'Afrique se perd encore et qui est plutôt bien mis en scène dans cette pièce, même si tout ça est vraiment, vraiment très rapide.

  • Le peuple n’aime pas le peuple - Kouakou Gbahi Kouakou

    kgk.jpg4 ans que la Côte d’ivoire est plongée dans une paralysie destructive, se putréfiant lentement, avec en suspens la menace d’une guerre civile. En effet, le 29 septembre 2002, une rébellion armée mal identifiée est partie du nord du pays puis s’est emparée de la moitié du territoire avant d’être arrêtée par l’armée française qui s’interpose depuis entre les deux parties. Kouakou Gbahi Kouakou le narrateur, paisible agriculteur aspirant à une vie paysanne et calme, se retrouve du jour au lendemain en territoire rebelle, Béoumi sa ville ayant été annexée. Le voici donc confronté à un évènement extraordinaire qui le dépasse et bouleverse son quotidien, son aspiration à la tranquillité. Que faire ? Il serait bien resté à l’écart de tout ceci, mais généralement l’histoire avec ses gros sabots ne vous demande pas votre avis avant d’essayer de vous piétiner. Devant la violence, l’agressivité des rebelles, notre aventurier malgré lui n’a pas d’autre choix que de partir. C’est le début d’un périple qui va le mener en zone gouvernementale loyaliste vers Abidjan, puis vers le Ghana, pays limitrophe, avant un retour au pays et des pérégrinations entre Abidjan et Béoumi. 


     Pour le narrateur, il s’agit de choisir entre la peste et le choléra. D’un côté, la violence, la sauvagerie, l’anarchie et l’univers du racket enfumé de drogue et de peur du côté de la zone rebelle et de l’autre côté la ferveur xénophobe, la terreur purificatrice, la corruption et l’avidité des patriotes de la zone gouvernementale. Difficile d’être raisonnable et d’aspirer au calme et à la raison dans un contexte pareil. Kouakou Gbahi Kouakou nous dévoile l’univers vicié d’un pays en roue libre, un pays qui a perdu ses valeurs et à la recherche de son identité, d’un avenir, semble livré aux pires démons qui paraissent avoir élu domicile en Afrique, tensions ethniques, délabrement économique, corruption endémique, appauvrissement, SIDA et j’en passe. Il a une perception aigüe des difficultés que rencontre son pays, du flou de son avenir, des causes enfouies dans le passé et des problématiques qu’il doit résoudre.


    Se décrivant comme lâche et corpulent, n’hésitant pas à se mettre en scène, il fait preuve d’un certain humour qui n’éteint pas sa cruelle lucidité et ses discours justes. Ce livre a encore plus de pertinence pour ceux qui ont connaissance de la situation de ce pays mais arrive néanmoins à dépasser ce cadre, notamment lorsque le narrateur se plonge dans des questions existentielles sur ses choix de vie, sur ses perspectives. Dans le désordre ambiant, tout est permis, tout est possible, les portes sont ouvertes à tous les arrivistes, à tous les trafics, à tous les vices, à tous les risques. Faut-il céder à certaines sirènes ? Faut-il s’oublier pour s’adapter ? L’une des questions implicites les plus intéressantes est celle-ci : jusqu’à quel point les circonstances font-elles les hommes ? Jusqu’à quel point peut-on lutter contre les circonstances ?

    Un livre intéressant et drôle, un témoignage touchant aussi par l’affection que porte le narrateur à son pays et à certaines valeurs.

  • Le pagne noir - Bernard Dadié

    pagne noir.jpgLe pagne noir est un recueil de contes ivoirien dont le protagoniste principal est Kacou Ananzè, l’araignée, considérée comme un animal rusé et fourbe. Comme souvent dans les contes africains, la finalité est une morale ou alors l’explication imaginaire des choses du monde, de la nature ou tout simplement le divertissement par la succession d’aventures. Ces contes très inégaux n’ont pas vraiment obtenu ma totale adhésion. Certains contes manquent franchement d’intérêt. Comparés à ceux d’Hampaté Bâ par exemple, il est évident qu’il y a parfois, un manque de brio, de maîtrise, une plus grande importance donnée à l’aventure et à la distraction pures par rapport à la finalité, à  la morale ou à la construction narrative du conte. Pas exceptionnel.