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Littérature Ivoirienne - Page 4

  • La carte d'identité - Jean Marie Adiaffi

    adiaffi.jpgOn commence par le récit loufoque d'une arrestation, celle de Mélodouman par un commandant de cercle durant la période coloniale, et très vite, on voyage en littérature, passant du conte à la poésie, au fantastique et même parfois à l'essai ou en tout cas au roman d'idées. Le tout est lié de manière brillante par le talent de Jean Marie Adiaffi qui sait faire sa langue, foudroyante, faconde, dialecte - Agni- et même vulgaire quand cela est nécessaire. Il est juste en l'occurence de parler d'un souffle qui vivifie les dialogues, les péripéties de Mélodouman à la recherche de sa carte d'identité.

    Le plus fort de ce livre incontestablement, ce sont les échanges entre Mélodouman et les différents personnages. Ceux-ci permettent d'irriguer le livre d'idées originales sur les thèmes les plus anciens et essentiels pour l'Afrique. L'auteur par le biais du personnage de Mélodouman prend à contre-pied beaucoup d'idées reçues et oeuvre avec sagesse pour un autre regard extérieur et intérieur sur l'Afrique. Il est d'une pertinence et d'une intelligence époustouflantes quand il défend l'Afrique précoloniale, sa culture, son histoire, son destin face à la colonisation, quand il essaie d'intégrer cette dernière à l'Afrique qui se veut moderne et essaie de prendre la voie du décollage économique. Tout est dans le titre du livre, une métaphore. L'identité, oui, mais quelle identité pour l'Afrique et pour l'Africain ? Celle qu'on veut lui forger de l'exterieur, qu'on lui a imposée ? Celle qu'il veut avoir au mépris de lui-même, de son passé, de son inscription dans une lignée ?

    Jean-Marie Adiaffi réfute à raison le faisons table rase du passé qui a presidé au destin de l'Afrique et qui l'a perdue quelque part, la laissant désemparée aujourd'hui, en proie à des questionnements insolubles, générateurs de crises. L'Afrique ne sait plus qui elle est, ni vraiment ce qu'elle veut être et n'arrive donc pas à se prendre en main. La carte d'identité est un livre qui place en peu de pages un univers et des thèmes profonds. Il habite le lecteur pendant longtemps, puissant, dense, multiple de par ses interrogations. Impossible de ne pas crier au génie surtout que le livre n'est pas dénué d'humour.

    Grande oeuvre.

  • De la chaire au trône - Amadou Koné

    chaire au trone.jpgCette petite pièce met en scène un pays imaginaire où le prince, élu pour une durée déterminée, peut jouir de toutes les richesses et filles du pays tout en sachant que son destin est la mort programmée pour la fin de son mandat. Seulement voilà que le dernier prince en date refuse et s'embarque dans une résistance symbolique. Face à une jeune fille qu'il a choisie, il raconte sa vie précédente et son ardent désir de liberté, d'égalité pour tous.

    Onirique, engagée, cette pièce n'est pas vraiment originale dans son propos et pas vraiment non plus dans le cadre qu'elle définit. Rien de bien mauvais, rien de spécialement bon, on navigue dans un entre-deux peut-être dû à l'extrême brièveté de la pièce qui ne permet pas de mettre en valeur le message, le contexte, les valeurs, les personnages et l'ambiance. Cette pièce paraissait pourtant prometteuse.

    Déjà oubliée.

  • A l'ombre d'Imana - Véronique Tadjo

    imana.jpgInvitée en 1998 au Rwanda dans le cadre d'une résidence d'écrivains, Véronique Tadjo décide d'aborder la tragédie du Rwanda d'une manière très personnelle. S'écartant à la fois du témoignage pur, du récit - facon Jean Hatzfeld - mais aussi de la fiction - à la manière de Birago Diop dans Murambi. Elle se met donc en scène durant son voyage au Rwanda, dans son entreprise de compréhension de ce drame historique, durant son travail sur l'histoire, le devoir de mémoire et ses conséquences.

    Elle finit par constituer une espèce de carnet intime dans lequel le Rwanda et sa terrible histoire sont reconstitués par fragments, par éclats en un puzzle imparfait de textes brefs, un collage qui livre autrement ce sombre moment de l'Histoire de l'Afrique. Quelquefois, l'auteur s'essaie à la fictionnalisation de certaines histoires, parfois ce sont des témoignages qui sont livrés ou encore des documents tels les dix commandements racistes du Bahutu. On se sent emporté dans un voyage étrange avec Véronique Tadjo, à la fois au plus près et à distance du génocide Rwandais de 1994, portés par une marche hasardeuse, un itinéraire non balisé qui est émouvant et réussi.

    Le livre recèle aussi quelques bonnes idées comme celle de faire parler ceux qui ont vécu cette tragédie de loin - les exilés - , des pensées fulgurantes, des aphorismes pleins de sagesse, d'intelligence et de conviction de l'auteur - qui est parfois à la limite du prêche - ce qui peut parfois exaspérer. Le résultat est très intime, différent des autres livres sur le sujet. A l'ombre d'Imana n'efface pas l'horreur mais la tient à distance, ne s'en délecte pas, ne la laisse pas prendre toute la place, cherchant un angle approprié bien difficile à trouver, pour voir autrement.

    Des pages qui savent toucher, avertir.

    Une vision de ce drame.