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Littérature Nigériane - Page 2

  • Le meilleur reste à venir - Sefi Atta

    sefi atta.jpgCe que propose le meilleur est à venir au lecteur, c’est l’itinéraire d’Enitan, de la jeune fille issue de la bourgeoisie nigériane du sortir des indépendances à la femme indépendante et maîtresse de son destin à l’aube du nouveau millénaire. La maturation identitaire d’Enitan est lente et permet à Sefi Atta d’écrire un roman d’apprentissage riche.

    L’émancipation finale d’Enitan prend ses racines dans son amitié d’enfance avec Sheri, une fille complètement à son opposé. C’est au contact de cette fille un brin délurée et au contexte familial différent du sien qu’Enitan prend conscience de sa condition de femme et de son désir intérieur de liberté. La naissance de l’amitié entre les deux filles est insérée dans la crise qui secoue la famille d’Enitan, entre la perte prématurée d’un frère et les dissensions profondes que connaissent ses parents. Véritable matrice du livre, cette première partie conclue par un drame, est la plus intéressante et la plus aboutie.

    Dans la deuxième partie du livre, une part large est faite au parcours d’Enitan passée par l’Angleterre pour ses études supérieures et revenue au Nigéria. La force et l’intérêt de la première partie sont progressivement dilués. Le souffle narratif de Sefi Atta s’affaiblit, Sheri passe au second plan, au profit de la découverte de l’amour et de l’histoire d’Enitan avec Mike l’artiste. C’est tout de suite un peu moins intéressant et original, le reste de l’histoire en pâtit. Les problématiques familiales d’Enitan sont néanmoins enrichies entre autres par le fait que cette dernière travaille avec son père et par la découverte d’un secret de famille.

    La troisième partie du livre est la plus longue. En dépit de plusieurs passages qui traînent, elle retrouve quelque chose de la force de la première partie du livre. Elle nous montre une Enitan aux prises avec les tensions et les problématiques du mariage dans un contexte spécifique africain. Elle se transforme en une femme révoltée, doublant son combat féministe d’un combat politique. Le contexte politique du Nigéria duquel le récit ne se départit pas, fait une incursion encore plus intime dans la vie d’Enitan et achève de la transformer en femme libre, révoltée contre toute forme d’oppression.

    Certes intéressant, le meilleur reste à venir n’est pas un livre marquant. Outre des longueurs, il perd par intermittences le fil de ses éléments clés sans que les personnages, les intrigues ou les propos secondaires n’en soient renforcés. Le contexte politique et socioéconomique du Nigéria permet de donner une certaine épaisseur au récit mais aurait parfois gagné à être plus précis, plus détaillé. Il manque un je ne sais quoi à l’ensemble. On peut quand même garder un oeil sur Sefi Atta, dont c'est la preière oeuvre romanesque.

     

     

  • Ma Mercedes est plus grosse que la tienne – Nkem Nwanko

    mercedes.jpgDans ma mercedes est plus grosse que la tienne, il ne s’agit pas tant d’une mercedes que d’une Jaguar, celle d’Onuma, enfant prodigue de retour au village. A vrai dire n’importe quelle voiture de luxe (ou pas) aurait pu faire l’affaire pour ce qu’elle est censée représenter : la réussite sociale. La voiture demeure encore de nos jours un élément clé de la société occidentale. De par son importance dans l’économie, mais plus encore dans la symbolique, en tant que représentation de la modernité triomphante, du miracle de la technologie, de l’accomplissement de la liberté individuelle, notamment contre les contraintes d’espace et de temps, mais aussi en tant que prolongation de l’égo de son possesseur. Imaginez alors son impact dans les sociétés traditionnelles africaines et plus particulièrement dans un village du fin fond du Nigéria…


    Onuma est un jeune homme doué qui a quitté le village pour Lagos où son intelligence naturelle, plus que des études finalement négligées, en a fait un chargé de relations publiques. Son retour au village à bord de sa Jaguar est l’occasion pour Nkem Nwanko d’aborder la question centrale du matérialisme au sein des structures traditionnelles – élargissement possible à l’occident. L’importance, la valeur d’Onuma est liée à sa voiture. Grâce à elle il est le centre d’attraction du village, c’est un homme admiré, adulé, respecté et qui est tenu en haute estime. Toute l’attention du village est concentrée sur lui qui est un mirage de la prospérité et de l’élévation sociale et culturelle.

    Nkem Nwanko livre une sorte de parabole dont la morale est cruelle pour Onuma. L’objet de sa puissance se trouve être aussi celui de sa perte. Ou comment la Jaguar finit dans un ravin et devient une source d’ennuis financiers qui provoquent la chute d’Onuma. Ce dernier dont la valeur est attachée à la voiture se retrouve aliéné par ce bien matériel. Son prestige dépend de la Jaguar dont il ne peut se passer. Or un enchaînement malheureux de déboires et de pépins, une concordance fatale de mauvais choix l’éloignent chaque fois un peu plus de son objectif : récupérer son bolide et restaurer son aura.


    La déchéance d’Onuma est progressive et sa fin pathétique. Elle n’est pas seulement une dénonciation du matérialisme triomphant et la culture de l’apparat. Elle met aussi en lumière les travers de certaines mœurs, certaines coutumes du village même si c’est aussi une attaque en règle contre l’individualisme triomphant et le mépris envers les non urbains. L’exploration psychologique du personnage d’Onuma est intéressante à maints égards. Il représente une figure de l’Africain qui n’est pas si commune en littérature: une espèce d'ambitieux individualiste et déraciné, adepte de l'ostentatoire. On peut éventuellement rester sur sa faim en ce qui concerne Lagos telle que perçue par Onuma ou encore regretter que les enjeux politiques du village qui apparaissent opportunément à un moment du livre ne soient pas exploitées de manière un peu moins simples.

    Pathétique, riche en péripéties, ma mercedes est plus grosse que la tienne est un livre qui vaut quand même le détour.

  • Les termitières de la savane - Chinua Achebe

    termitière.JPGJ’étais impatient de lire un ouvrage de Chinua Achebe, maintenant que c’est fait, j’avoue être un peu déçu. Le livre veut nous montrer les mécanismes et la réalité du pouvoir tyrannique dans un pays en Afrique, à travers l’histoire d’un groupe d’amis dont l’un Ikem est devenu un poète et un journaliste intransigeant, l’autre Chris, commissaire à l’information et enfin un autre tout simplement le dictateur. Quel est donc le problème avec cette tragédie ? Pas l’écriture, ni les personnages, ni le sujet. C’est la manière dont le tout est conté, des passages importants sont rapidement traités quand on traîne sur des faits moins importants. Il y a aussi une discontinuité difficile à expliquer qui ôte beaucoup de sa force au livre et aux évènements racontés, à leur enchaînement. En fait, on reste sur sa faim, sentant à chaque fois un manque car le livre semble évasif. Dommage. J en ai peut etre trop attendu...