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Littérature Nigériane - Page 3

  • Le monde s'effondre - Chinua Achebe

    le monde s'effondre.jpgL'arrivee des occidentaux en Afrique a provoque l'effondrement d'un monde. C'est tout un univers qui a perdu sa coherence, son ame et une partie de sa richesse dans ce clash de l'histoire. Chinua Achebe localise cet effondrement dans un petit village nigerian et l'illustre en parallele avec l'histoire personnelle de l'un de ses habitants: Okonkwo, heros littéraire marquant.

    Durant la premiere partie du livre (les deux-tiers), l'auteur fait naitre le monde de ce village, ses croyances, ses rites, ses us et coutumes, son passé. Le lecteur est baigné dans cette culture différente qu'il appréhende en compagnie d'Okwonko, cet homme au destin lié à celui du village. Un héros qui s'arrache à la boue de son destin pour accéder a la richesse, au pouvoir, à la reconnaissance. Okwonko est comme son monde, cohérent, viril, fort, riche, intense. Ils vont chuter ensemble, lézardés tout au long du livre avant le choc fatal avec l'occident. Le blanc est effectivement la bombe qui va tout faire exploser. Plus de place pour les coutumes, pour la continuité avec les ancêtres, ici commence un nouveau chemin, une nouvelle histoire à laquelle Okwonko ne veut pas prendre part. Il est le symbole de la resistance de la tradition face a la modernité, de la réaction de ce monde ancien face à l'aventure de l'acculturation. Comment tout peut-il foutre le camp ainsi, aussi facilement ?

    Le livre est d'une force et d'un caractère égal à celui de son personnage principal, il est riche d'aventures et de culture traditionnelle - quelque chose de très précieux. La vitalité de la langue, la vigueur du style, naissent des personnages et de l'essence de la vie de ce village. Tout un savoir perdu et des interrogations legitimes qui hantent l'Afrique subsaharienne hantent, animent aussi le livre. L'effondrement du monde décrit par Chinua Achebe est d'autant plus brutal, plus choquant que ce monde est arrogant, fort, vivant. C'est une faillite qui est à l'origine d'une tristesse qui d'abord latente, explose a la fin du livre. C'est toujours triste un monde qui meurt. 

  • L'ivrogne dans la brousse - Amos Tutuola

    p29_ul115_palme.jpgCe texte est d'une originalité folle, chose que je reconnais même si je ne l'ai pas apprécié et reste sceptique. Le narrateur est un ivrogne patenté qui, privé de son malafoutier (producteur de vin de palme) décédé, décide de partir à la recherche de ce dernier. Comment retrouver un mort ? En se lançant dans l'univers de la brousse, porte de l'imaginaire animiste, riche en aventures, où pullulent les rebondissements, mais aussi l'extraordinaire, le fantastique, le mystique, dans un déferlement de créatures et de mondes plus osés les uns que les autres.

    Amos Tutuola restitue à sa façon un ensemble de contes et légendes de son Nigeria natal. Le problème se situe dans la construction du livre. Les aventures sont collées les unes aux autres et se succèdent, s'enchaînent sans vrai liant. Il y a un sentiment désagréable d'empilement. Surtout un sentiment d'incohérence et finalement d'usure devant ce carambolage d'histoires où le merveilleux semble incontrôlé. Il est aussi dommage de s'apercevoir que la plupart des histoires de l'ivrogne pourraient prendre plus de consistance, de matière et de sens s'il n'y avait pas une espèce de course folle à l'écriture. Amos Tutuola vide un peu ces légendes de l'essentiel puisqu'il les abandonne clairement au mouvement, à l'action, à la surprise. Il y a un manque autour de ces délirantes aventures.

    Enfin, ce livre doit se lire en version originale,sans vouloir remettre en cause le travail de traducteur de Raymond Queneau. Le style est déterminant, oral, argotique, essayant de suivre un rythme cadencé propre à l'ivrogne. Ainsi, abondent les redondances, les rappels, les tics, une façon unique de dire, de parler créée par l'auteur à laquelle personnellement j'avoue ne pas avoir été très sensible. Je reste donc avec mes doutes devant ce livre dépaysant qui me laisse une impression étrange, plutôt mitigée, malgré une réelle originalité et un vrai travail d'auteur sur la langue.