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Littérature Russe - Page 2

  • Nous, autres - Eugène Zamiatine

    nous autres.jpgOn pourrait voir dans ce livre, une critique du communisme, ce serait une lecture insuffisante, appauvrissante de Nous autres. Ce livre est bien plus que cela, une œuvre phare, une sorte de dystopie originelle dont la richesse des thèmes et des idées a irrigué les œuvres majeures de la littérature d’anticipation de 1984 au Meilleur des mondes.

    Le monde que décrit nous autres par le biais du journal de son narrateur D-503 est celui de l’uniformisation et de l’indistinction, de la banalité de l’être humain réduit à l’espèce, hors de toute individualité – considérée comme source de désordre et de malheur. Tout est mis en place, régulé par la raison, la logique scientifique et mathématique afin de mener à une existence stérile et stéréotypée qui nie l’existence de l’être et de la personnalité. Ceci au nom du bonheur évidemment. Ici sont posées avec subtilité et intelligence beaucoup d’interrogations qui sont souvent éclipsées dans cet univers dystopique. Le bonheur est-il le but de l’être humain et de l’humanité ? L’individualité est-elle une menace pour la société, pour son harmonie ? La raison, la science sont-elles aussi fiables, objectives, raisonnables que nous voulons bien le croire ?

    Eugene Zamiatine fait preuve d’une inventivité prodigieuse dans la description de son univers lisse et froid, totalitaire. De l’absence de patronymes (psd'individualité), à la totale transparence des murs (huis clos ?), en passant par l'omniprésence du bienfaiteur (big brother ?), les gardiens,  la langue "mathématique" de la raison, un peu déroutante au début (la novlangue ?), la table des heures (emploi du temps contrôlé, uniformité, collectivité)  etc. Autant d’éléments - aisément reconnaissables dans des livres ultérieurs - qui servent de points d'appui à la réflexion sur ce modèle de société. 

    Comme tout héros perdu dans un univers dystopique, D-503 est confronté à des résistants, des opposants et à un trouble intérieur qui menace l'univers totalitaire qu'il décrit. Mais son sort peut-il être différent de celui de Winston Smith, qui à la fin aimait Big Brother ?

    Nous autres est une de ces grandes œuvres qui ont donné leurs lettres de noblesse à la science-fiction. C'est un avertissement donné à l’humanité, une œuvre inépuisable, riche, à relire. Il faut lui donner plus d’audience, à l’égale de ses glorieuses cadettes 1984 et le meilleur des mondes. Chef d'oeuvre.

  • Le fantôme de Staline - Vladimir Fédorovski

    fedorvski.jpgVladimir Fedorovski raconte l’histoire de la Russie depuis la chute du tsar Nicolas II jusqu’à l’avènement récent de Vladimir Poutine. Il s’attarde particulièrement sur la période du petit père des peuples Staline. C’est un cours d’histoire accéléré et narré de façon romanesque. Il essaie de définir la nation russe par le sentiment perpétuel qu’elle a d’être assiégée et son besoin d’un protecteur puissant. Il établit ainsi une filiation douteuse entre Ivan le terrible, Staline et désormais Poutine.

    Le livre est assez complet dans son évocation de l’histoire moderne de la Russie, la plupart des évènements y sont, mais l’ensemble est très léger. L’enchaînement complexe de l’histoire est souvent balayé. Il n’y a pas d’approfondissement et les lectures des évènements manquent d’épaisseur. L’angle choisi est celui de l’humain et de la biographie. A vrai dire, ce livre écrit en raison des élections présidentielles russes de 2008 est de peu d’intérêt pour qui a une connaissance relative de l’histoire moderne de la Russie.

    En ce qui concerne les faits, la compréhension de l’histoire, il est bien meilleur de se référer à des livres plus académiques et en ce qui concerne les partis pris de l’auteur sur l’histoire de la Russie et les personnages qui la font, ses théories sur l’âme slave, ils ne sont pas réellement originaux non plus. Il y a certes l’évocation de la vie de Boris Pasternak décidée par l’auteur, une réflexion intéressante sur la Russie post-communiste, mais est-ce assez ? Ouvrage de circonstance dans un esprit de vulgarisation de l’histoire Russe. Bof. 

     

  • Dernières nouvelles du bourbier - Alexandre Ikonnikov

    ikonnikov.jpgLa nouvelle est un art tellement difficile que je ne peux modérer mon enthousiasme devant ce recueil. Alexandre Ikonnikov a réussi à éviter les écueils de ces récits courts. Les siens sont drôles, vivants et bénéficient – fait appréciable – de chutes réussies. En plus du plaisir de lecture et d’un savoir faire manifeste, le livre a une profondeur mélancolique, ironique et drôle à la fois.

    C’est un portrait sans concession de la Russie moderne. Chaque nouvelle est une prise de conscience de ses démons présents, passés et de son état de délabrement au tournant des années 2000. Cette grande étendue croule sous la vodka, le passé, la tristesse…La drôlerie amère d'Alexandre Ikonnikov la restitue avec un talent considérable.

    Irrésistible.