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Littérature Sénégalaise - Page 2

  • Murambi - Boris Boubacar Diop

    murambi.jpgJ'ai pris ce livre avec appréhension. La fiction peut-elle atteindre la réalité ? J'ai lu auparavant sur le même sujet, Jean Hatzfeld. Quelle problématique, quelles voix nouvelles Boris Boubacar Diop peut-il apporter ? C'était évidemment stupide. En quoi le si c'est un homme de Primo Levi invalide entre autres le Etre sans destin de Imre Kertesz ? Murambi est un livre réussi, dur et poignant. Il tient le pari de la fiction pour raconter le terrible génocide du Rwanda en 1994 avec toutes ses histoires terribles, insupportables, tout en ressortant la complexité du conflit souvent oubliée ou négligée.

    Par le biais de ses personnages Boubacar Diop pose les questions de l'héritage de ce génocide,  de la frontière pas systématiquement claire de la victime et du bourreau, du pardon, de l'oubli, de la folie, de la responsabilité historique locale et étrangère, de la résistance, de l'espoir et du doute.  La structure romanesque alterne les prises de parole des personnages pour mêler ces thématiques sans oublier de raconter une histoire - le retour de Cornélius l'exilé après le génocide.

    Ce n'est pas une simple suite de témoignages - Difficile de faire mieux que Jean Hatzfeld dans ce genre. Il y a aussi des réflexions lancinantes, des pics dans les esprits et dans les coeurs, qui ne cessent d'interroger cette zone d'ombre. Suffit-il d'un évènement historique, de la seule force du témoignage pour faire naître une oeuvre formidable ? Non, c'est ce que notre époque a tendance à oublier dans sa frénésie de témoignages. Ce serait trop simple. Il faut aussi le talent et le travail de l'auteur comme dans Murambi. 

    A lire.

  • Les bouts de bois de Dieu (Banty Mam Yall) - Ousmane Sembène

    banty mam yall.jpgSous la colonisation, de Dakar à Bamako, en passant par Thiès, les cheminots africains se mettent en grève pour obtenir les même droits que leurs collègues blancs. S’engage une lutte âpre pour la dignité, contre l’injustice, le racisme. Elle sera ponctuée de violentes répressions, de morts, de souffrances extrêmes. Les blancs n’étant pas prêt à céder, iront jusqu’à priver certaines régions d’eau courante.

    Le récit de cette grève est épique, il atteint des sommets dramatiques et tragiques parfois insupportables. Sembène Ousmane fait œuvre de mémoire et rend hommage à cette lutte avec un lyrisme de l’action qui la rend vivante et présente. Les enjeux d’une Afrique à la croisée des chemins se révèlent derrière les dialogues bien sentis, les pensées des personnages emblématiques. Les grands thèmes de la littérature Africaine sont au rendez-vous, la problématique de la décolonisation, la rencontre de la modernité et des sociétés traditionnelles, le difficile écartèlement entre l’instruction et les coutumes, la conquête de la dignité noire, l’indépassable présence de Dieu et de la religion.

    Un classique.

  • Le ventre de l’atlantique - Fatou Diome

    le-ventre.jpgUne littérature qui happe la réalité des immigrés africains en Europe. A travers, ses personnages attachants et tellement vrais, Fatou Diome décrit le rêve d’émigration de la population africaine. Les histoires s’enchaînent, les anecdotes s’accumulent et un monde noir, âpre, dur, insoupçonné du plus grand nombre se dévoile. Derrière les rêves d’argent, de football, de gloire, de retour gagnant, souvent l’enfer n’est pas loin. Mais comment résister à l’appel des sirènes quand il est si fort, quand on est aussi pauvre et aussi démuni que dans ce petit village du Sénégal, comme dans toute l’Afrique d’ailleurs ? C’est une histoire personnelle terrible, très émouvante qui s’empare de ce versant caché du monde occidental pour donner un roman fort qui pour ne rien gâcher ne dédaigne pas l’humour. Actuel et en prise avec un mal bien présent.