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Littérature Suisse - Page 4

  • Lila, Lila - Martin Suter

    lila lila.jpgQue peut-il arriver d'extraordinaire à David Kern, serveur de 23 ans qui travaille dans un bar branché ? Acheter un vieux meuble chez un brocanteur et tomber amoureux de Marie, une cliente qui lui semble inaccessible. En effet, dans l'un des tiroirs du meuble, se trouve un manuscrit écrit par un homme qui a décidé de se suicider. David y voit seulement l'occasion de briller devant Marie et se fait passer pour l'auteur. Mais voilà que la machine s'emballe. Le livre est un chef d'oeuvre et rapidement il se retrouve comblé au-delà de toutes ses attentes. Le succès littéraire et Marie sont à lui.

    Martin Suter aborde un de ses thèmes favoris, l'identité, à partir de cette imposture. Qui sommes nous vraiment, jusqu'à quel point nos actes se confondent avec, définisssent ou trahissent ce que nous sommes, pouvons nous être totalement autres, qui voulons nous être ou paraître ? Quels sont les motifs profonds de mes actes ? Le mensonge initial de David Kern ouvre un abîme  sous ses pieds et fatalement, il se trouve confronté à toutes ces questions. Il est bien facile d'épouser le mensonge et de finir par le prendre pour la réalité mais le voile peut se déchirer à tout moment.

    Comment David Kern va t-il s'en sortir pour préserver ce qu'il a si miraculeusement acquis ? Là est le suspens sans cesse ménagé et renouvellé par Martin Suter qui possède un réel savoir faire en la matière. Il arrive à déguiser ses romans sous les oripeaux du polar. Il place des coups surprenants, déjouant les attentes du lecteur, aggripant ce dernier dans une certaine tension psychologique. Voici ainsi apparaître un clochard alcoolique qui prend assez aisément le contrôle de David Kern. Qui est-il, que veut-il, vers quoi pousse t-il le jeune homme, quelle place pour lui dans l'univers du jeune auteur ? 

    Car David Kern est piégé par le succès littéraire qui n'était pas forcément prévu dans son programme. Il est maintenant embarqué dans le milieu littéraire dont Martin Suter livre une description pas forcément très reluisante. Ses charges à peine voilées contre la société Suisse font place à un regard critique sur la cuisine des livres, les mécanismes, les luttes qui régissent ce milieu atypique. C'est piquant et moqueur envers les éditeurs, les auteurs, les libraires et même le public.

    Lila, Lila est un livre qui dépasse la simple critique du monde littéraire et les thèmes classiques autour de l'identité de Martin Suter. Si c'est le meilleur roman de Martin Suter, c'est parce qu'il arrive en plus à écrire une histoire d'amour forte en évitant l'affligeante banalité, l'eau de rose et les clichés. Il faut garder à l'esprit durant toute la lecture que David Kern fait tout ça pour Marie. Et se rendre compte du mélange explosif fait par l'auteur entre amour et imposture. De qui l'on tombe vraiment amoureux ? Qu'est ce qu'on aime chez l'autre ? Quel autre dans la mesure où le jeu de séduction implique un jeu subtil et dangereux de masques ?

    Il y a quelque chose de profond et de juste, de douloureusement lucide aussi dans les pages sur les interrogations de David Kern au sujet de ce qu'il vit avec Marie. L'aime-t-elle vraiment pour ce qu'il est ou pour tout ce qui lui est tombé dessus avec ce manuscrit ? Très bon livre.

     

     

  • Le livre de ma mère - Albert Cohen

    livre de ma mère.jpgAlbert Cohen aime beaucoup sa mère au point d’écrire un ouvrage entier sur l’amour qu’il lui porte. Une déclaration unique. Entre regrets éternels, souvenirs poignants et douloureux, réflexions tristes et tendres, on découvre une mère comme on les aime, à l’ancienne. Une femme disponible, dévouée, croyante, gauche, inculte mais douée pour la cuisine, pour l’affection, fière de sa progéniture. Le mausolée de papier ne semble pas excessif pour cette femme. On pense souvent à nos propres mères, tant c’est émouvant, sentimental, mélodramatique, peut-être trop. Un tel ange existe t-il ? On flirte souvent avec la guimauve, tout dépend d’où l’on situe la limite.

  • Le diable de milan - Martin Suter

    diable de milan.jpgLa dernière œuvre parue de Martin Suter est moins réussie que les précédentes et est surtout à conseiller aux lecteurs qui ne sont pas familiers de l’écrivain suisse. Pour les autres, le diable de milan apparaîtra comme une redite de ses précédents romans, plus fade, moins surprenante, redondante même. Le talent est pourtant là et avec lui tous les éléments qui ont fait le succès de cet écrivain. Il y a peut-être juste un peu d’usure ou d’habitude.

    Sonia, l’héroïne, est une récente divorcée. Elle fuit son ancienne vie de femme au foyer de richissime suisse et un mari violent pour l’hôtel Gemander. Objectif nouveau départ par une reprise de la vie active. Seulement, suspens, une série d’incidents plus ou moins dramatiques arrivent dans son nouveau cadre de vie et semblent poursuivre la trame d’un conte célèbre, le diable de milan. Tout ceci est-il seulement le fruit du cerveau de Sonia endommagé par un trip au LSD ou alors comme souvent les paysages froids et les univers feutrés de la société suisse cachent d’affreux secrets ?

    L’ouvrage délivre donc sa petite dose de suspens - un peu diluée malheureusement - la traditionnelle critique de la société suisse et de ses apparences - pas originale avec un air de déjà vu - ainsi que le petit supplément scientifique lié au mystère du cerveau et de la conscience de la réalité - moins essentiel à l’histoire et moins exploité que dans les romans précédents. De belles descriptions de paysages hivernaux et montagnards suisses et une ambiance oppressante de suspicion viennent compléter le tout pour faire du diable de milan, une œuvre qui se laisse lire, mais qui est assez décevante et quelconque pour les fans de martin Suter dont je suis. Moins réussi que les précédents.