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Littérature Tchèque - Page 3

  • Moi qui ai servi le roi d’Angleterre - Bohumil Hrabal

    hrabalroman.jpgGrandeur et décadence d’un homme. Voilà l’histoire de ce livre. Il a rêvé d’être riche, de posséder son propre hôtel de luxe. Parti au bas de l’échelle, en tant que groom, il a travaillé dur, appris, bénéficié de coups de pouce. Moi qui ai servi le roi d’Angleterre est dans sa première partie un livre d’initiation original. Le narrateur découvre la vie à travers un métier, un univers – celui de l’hôtellerie de luxe. Les femmes, l’argent, l’ambition, le pouvoir, le prestige, les sentiments, tout semble lui tourner autour et lui tomber dessus, vite, à travers des aventures, des histoires truculentes, drôles, riches. Bohumir Hrabal peint avec force et causticité l’avant seconde guerre mondiale. Le capitalisme flambant, la bonne chère, le luxe, les plaisirs, la débauche.

    La deuxième partie du livre marque la fin de l’innocence et de l’apprentissage et la brusque entrée en scène de l’histoire. Il n’y a pas de longueurs contrairement à la partie précédente. Voici nos amis les allemands qui viennent tout écraser et le petit narrateur ambitieux qui se noie dans l’amour…avec une allemande. La guerre et ses atrocités ? Bohumir Hrabal les raconte à sa façon: les péripéties du narrateur pour devenir un digne époux allemand. Tout y est en décalé, l’horreur de la guerre, l’idéologie nazie, l’occupation, le racisme, l’absurdité de cette folle entreprise, la collaboration, la résistance. Un concentré dont le cœur est la litost (cf. Milan Kundera) la honte du narrateur brusquement exposée aux yeux du monde. C’est aussi dans cette deuxième partie que le narrateur trouve la clé de sa fortune. La grandeur tant attendue, le faste tant espéré arrive. Grandeur dont le prix est à mesurer à l’aune des mésaventures subies. Grandeur qui lui apporte tout sauf peut-être quelque part l’essentiel.

    La troisième partie est brève. Le faîte de la grandeur ne dure jamais aussi longtemps qu’on le croît. Et vite l’histoire est encore là, qui écrase tout, le narrateur et ses rêves. Cette fois-ci c’est le monstre rouge qui précipite la décadence. Bohumir Hrabal se moque des failles de l’histoire de son pays sans écarter le tragique. Il brise son héros pour le livrer dans la dernière partie du livre à la maturité et à la rédemption, à la plénitude, loin de l’ambition, loin du tumulte de l’histoire, à l’abri, ouvert sur un autre rêve, celui de se raconter et de se comprendre. Le livre est une fourmilière d’anecdotes, d’histoires enchaînant, mêlant le tragique et le comique, le pathétique et le grandiose, la grande et la petite histoire, pour créer et narrer un destin dans un souffle puissant et continu, une voix présente et intense, une langue vivante.

  • L’ignorance - Milan Kundera

    ignorance.jpgMilan Kundera au sommet de sa forme, grandiose. Les pages défilent et lentement le réel se dénude, la lucidité intransigeante de l’auteur nous montre son vrai visage, dans ce qu’il a d’insupportable et surtout de pathétique, de risible. Comme a chaque fois. Chaque livre de Milan Kundera est un combat contre les mensonges et les apparences que nous acceptons ou que nous fabriquons pour supporter la réalité ou pour l’ignorer.

    Cette fois-ci, l’auteur s’attaque à la nostalgie et plus spécifiquement à celle des exilés, à la question du retour au pays des immigrés. C’est impressionnant de voir comment, en peu de pages, en quelques réflexions, dialogues, situations, Milan Kundera va au cœur du sujet, en ressort toutes les problématiques épineuses, et les intègre dans des constructions romanesques toujours aussi savoureuses. Quel est le sens de cette nostalgie de la terre ? Et aujourd’hui, avec toutes ces mixités, ces migrations massives ? Et si le retour n’était qu’une illusion ? La leçon romanesque est agrémentée des thèmes classiques de l’auteur, le rapport au corps, le communisme, la modernité, la lucidité, la litost.

    A quand le prochain, maître ?

  • L’identité - Milan Kundera

    identité.jpgQui sommes nous vraiment ? Comment nous définir par rapport à l’autre ? Quel sens donner à l’identité dans les temps modernes ? Et le conformisme dans tout cela ? Milan Kundera explore ces questions à sa manière unique, entre roman et essai. A travers le prisme du couple Chantal et Jean-Marc, il creuse tranquillement ses pistes, toujours aussi lucide, aussi désenchanté, terriblement désillusionné. Si Milan Kundera est grand, c’est par cette acuité dans la perception du réel ainsi que des malaises et des interrogations de notre époque. Impossible d’éluder la question en ces temps d’individualisme, de conformisme. La force intellectuelle de l’auteur prend ici le pas sur le récit, loin de ses grandes constructions romanesques. Bien.