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Littérature Tchèque - Page 4

  • Les testaments trahis - Milan Kundera

    TT.jpgA chaque fois que Milan Kundera livre un essai, c'est tout un art du roman, une vision de la littérature qui est exposée. Et c'est peu de dire qu'elle est exigeante. Milan Kundera trace avec une certaine raideur, un ton péremptoire qui peuvent en agacer quelques-uns, le canevas du roman dans ce qu'il a de spécifique, d'unique, depuis Rabelais. C'est cette aptitude au comique, à la liberté pour déchirer le voile du réel et explorer toutes ses possibilités. Ce cheminement en compagnie de l'auteur tchèque nous mènent vers des combats dont il est coutmier.

    Il faut lire Milan Kundera sur la traduction littéraire pour peut-être saisir la profondeur de l'enjeu. Il faut le lire sur l'interprétation kitchissime qui est faite de certaines oeuvres, notamment celle de Kafka, et découvrir par là-même ses lectures enrichissantes de ces oeuvres. Dans chaque livre quelle que soit sa nature, Milan Kundera entre en empoignade violente avec la modernité, comme un aigri pourront dire quelques récalcitrants, comme un penseur à l'esprit perspicace et acéré oserai-je. Il suffit de se reporter aux passages sur la vie privée entre autres. Dans les testaments trahis, Milan Kundera s'attarde plus que de coutume sur la liberté de tout auteur par rapport à son existence et son oeuvre qu'il offre en patûre à la postérité, au public, aux critiques, au monde. C'est cette thématique qui est au centre de l'ouvrage et qui sert de fil conducteur à l'ensemble des neufs chapitres. 

    Dans les testaments trahis Milan Kundera fait une large place à la musique, art dans lequel il n'est pas profane. Aussi faut-il entendre toutes ces problématiques dans un sens très large. Difficile de résumer la richesse de ces essais. On ne peut que signaler une fois de plus à quel point lire Milan Kundera est un challenge excitant pour les passionnés de littérature et de musique. Et ceci même s'il peut être irritant dans ses assertions à la hache, même si on peut refuter son approche de l'oeuvre de George Orwell, du rock etc.

    Stimulant.

  • Le tour du cadran - Léo Perutz

    perutz_cadran.jpgLe tour du cadran, troisième roman de Léo Perutz, est en partie célèbre car les droits d'adaptation ont été achetés par la M.G.M. dans les années vingt et qu'Alfred Hitchcock s'en est inspiré pour l'un de ses films. En vérité, il est facile de comprendre l'intérêt de l'industrie cinématographique et du grand cinéaste au vu de l'intrigue.

    Stanislas Demba se retrouve dans Vienne avec des menottes aux mains après avoir échappé de justesse aux mains des policiers. Normal, cet étudiant a essayé de revendre des livres volés à la bibliothèque. Maintenant, il s'agit d'essayer de s'en sortir dans des situations simples au quotidien mais impossible avec les mains menottées et la police aux trousses. Comment se soritr de cet imbroglio?  Telle est la question à laquelle le livre tente de répondre avec une succesion de chapitres qui montrent un Stanislas Demba qui essaie de redoubler d'ingéniosité pour cacher ses menottes mais obtenir de l'aide et de l'argent.

    Une fois de plus Léo Perutz a conçu une brillante mécanique qui amuse le lecteur de situations trépidantes, mais aussi dramatiques et grotesques à la fois, qui requièrent de Stanislas Demba intelligence et trouvailles dans une situation de tension, d'urgence et de suspense. En effet, la police le suit et le temps passe, le tour du cadran, inarrêtable, immuable dans son mouvement, et pourtant de plus en plus pressant. La métaphore sur la course de chacun vers le néant dans un faisceau de contraintes est criante.

    Stanislas Demba court vers le tragique, de chapitre en chapitre. La mécanique est implacable, la fatalité si chère à Léo Perutz l'a pris au piège. Au bout de la course, le final est réussi et le palpitant peut reprendre un rythme normal. La maîtrise narrative de Léo Perutz est admirable dans ce roman dont l'idée de départ, les mains entravées, simple, est à même de se transformer en deux ex machina d'un esprit et d'une oeuvre brillants.

  • Le rideau - Milan Kundera

    rideau.jpgMilan Kundera propose un véritable cours de littérature en sept parties. Avis aux amateurs, laissez-vous entraîner dans une leçon peu académique et peu orthodoxe. Le maître-mot ici est la passion de l’art du roman. Milan Kundera s’adresse à tous ceux qui ont la chose littéraire dans les viscères, ceux pour qui elle n’est pas un simple divertissement ou un passe-temps. Il les invite dans un cheminement personnel par lequel il leur fait découvrir sa lecture, des chefs d'oeuvre et de la nature de cet art particulier qu’est le roman.

    Il essaie de définir ce qu’est le roman, pourquoi il est si spécifique, dans la littérature d’abord et par rapport aux autres arts. Il veut comprendre le roman et l’introduit dans une perspective historique d’abord puis géographique ensuite. L’idée est de saisir les évolutions de cet art dont les buts peuvent se résumer au fait de chercher à aller dans l’âme des choses. Mais qui sont donc ces gens qui cherchent le sens dans la chose écrite ? Comment conçoivent-ils leur quête, leur travail, leur recherche? Il s’agit d’explorer toutes les problématiques, tous les enjeux face auxquels se trouvent l’art du roman et ceux qui le produisent. Quelles sont les menaces qui pèsent sur lui, ses faiblesses inhérentes, mais aussi ses potentienlaités infinies ?

    C’est une réflexion intelligente, érudite et pertinente qui ne néglige pas le plaisir de lecture, ni les références. C’est un appel à la découverte, à la connaissance et l’amour de cet art singulier qui se pare des oripeaux de la docte leçon. C’est aussi une façon de comprendre l’œuvre de cet auteur majeur qu’est Milan Kundera, de découvrir ses influences, de percevoir sa lecture, de l’histoire des arts, du son art et du monde moderne. La réflexion n’est jamais faible comme toujours et l’exigeance d’airain. On n’est pas obligé d’être en totale adhésion, seulement de reconnaître une réflexion vigoureuse et vivifiante qui ne saurait laisser indifférent le lecteur. Quand l’analyse et la compréhension de la littérature (du roman plus particulièrement) atteint le niveau de la littérature, force est de reconnaître le coup de maître.

    Pour aller plus loin, la critique (de Guy Scarpetta) parue dans le monde diplomatique:

    http://www.monde-diplomatique.fr/2005/04/SCARPETTA/12064