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Littérature Tchèque - Page 5

  • Le miracle du manguier - Léo Perutz

    manguier.jpgLe miracle du manguier est un livre écrit par Léo Perutz en collaboration avec Paul Frank pendant la Grande Guerre. Si ce n'est pas mon préféré de Léo Perutz que j'admire, il n'en demeure pas moins un ouvrage plaisant et distrayant qui porte la marque decet écrivain tchèque que j'admire.

    Dans le miracle du manguier, un médecin essaie de savoir quel est le secret de ce vieux baron, censé accomplir des exploits physiques incroyables pour son âge ? Collatéralement, il essaie aussi de percer le mystère de la très ravissante fille du baron qui a conservé une jeunesse d’âme charmante ? Armé de sa seule raison, le docteur se demande pourquoi le baron tient tant à sauver la peau de son jardinier indien qui est mourant et pourquoi il se cache de sa fiancée, la belle actrice ? Ce sont autant de mystères qui sont inextricablement noués autour d’un miracle qui est expliqué à la fin du livre.

    Suivre le bon docteur qui mêne l’enquête en allant de surprise en surprise, rappelle le talent de Léo Perutz pour affubler ses romans des oripeaux de l'enquête policière. Evidemment, il y a un grand plaisir de lecture à se laisser entraîner par un maître du suspens qui ne rechigne pas à un peu plus d’humour que dans ses ouvrages précédents. Le fantastique est aussi présent comme souvent avec tous ces miracles et cet étrange fakir qui se meurt.

    Pourtant, le miracle du manguier semble être un Léo Perutz en mode mineur. C’est peut-être l'association à Paul Frank, mais plus sûrement une question de maturité de l'oeuvre. Il y a des détails révélateurs pour qui connaît l'oeuvre de Léo Perutz. Le poids de la fatalité est un peu moins présent, la mécanique narrative est un peu moins addictive et surtout, beaucoup de choses, dont le dénouement très fantastique, se laissent facilement deviner. Moment agréable de lecture nanmoins.

  • Le marquis de Bolibar - Léo Perutz

    le-marquis.jpgLe marquis de Bolibar est un des chefs d'oeuvre de Léo Perutz. C'est un de ces livres qui peut nécessiter au moins une seconde lecture afin de saisir l'habileté de l'écrivain à dérouler minutieusement une intrigue en jalonnant le chemin de nombreux éléments qui prennent sens dans le dénouement.

    Le marquis de Bolibar est une merveille de construction romanesque qui s'appuie comme souvent chez Léo Perutz sur un contexte historique solide. Pendant les guerres Napoléoniennes, une ville espagnole tenue par les Français et leurs alliés allemands, est cernée par les résistants, soutenue par les anglais. La victoire des assaillants peut-être facilitée par la révolte des habitants de la ville. Et au même moment, courent les rumeurs sur le déclenchement d'une guérilla par un certain Marquis de Bolibar à l'aide de trois signaux.

    Paru au sortir de 1914-1918, Le marquis de Bolibar est empreint d'abord d'une atmosphère de ruine, de guerre. Pourtant très vite, c'est le mystère, le fantastique qui sont progressivement distillés et c'est l'angoisse qui domine. Alors que ledit marquis est arrêté et exécuté, la mécanique est amorcée et les signaux sont lancés, les uns après les autres. La fatalité semble à l'oeuvre et la mécanique qui mène à la boucherie est implacable. Tout le talent de Léo Perutz est là. C'est comme s'il était impossible que le marquis soit arrêté et que les signaux soient déclenchés. Etape par étape, l'évènement tant attendu arrive malgré toutes les tentatives des protagonistes pour l'empêcher.

    Il y a quelque chose d'aliénant pour les personnages et pour le lecteur qui est tenu en haleine dans cette mécanique qui justifie le qualfificatif de Kafka aventureux dont Borges a affublé Léo Perutz. Comment deux régiments allemands ont-ils été anéantis par une guérilla réduite dans une petite ville d’Espagne durant les guerres napoléoniennes ?  La réponse est peut-être dans le fait que le fameux marquis de Bolibar semble pouvoir changer de visage. Mais qui est-il vraiment alors ? Le malin personnalisé ? Le dénouement est d'une force inouïe et surprenant. Les thèmes de l'identité, du démon intérieur sont une fois de plus nichés au coeur de l'oeuvre de Léo Perutz.

    Le marquis de Bolibar est un chef d'oeuvre. 

  • Le maître du jugement dernier - Léo Perutz

    maitre du jugement dernier.jpgLe célèbre comédien Eugène Bischoff se donne la mort dans sa demeure à Vienne, en 1909 après avoir donné un concert chez le Baron Von Yosch. On accuse le baron Von Yosch de l’avoir poussé au suicide en lui révélant de mauvaises nouvelles sur sa carrière et sur ses finances. Ceci pour renouer des liens amoureux avec son ancienne amante Dina qui est l'épouse du comédien. Décidé à prouver son innocence, le Baron, aidé par Solgrub un ingénieur, se lance dans une enquête dont le but est de relier le cas d'Eugène Bischoff à celui de deux jeunes qui se sont également suicidés. 

    Il ne faut pas se laisser tromper par les allures de roman policier de l'ouvrage, le maître du jugement dernier est plus que cela. Si Léo Perutz use d'un art consommé du suspens jusqu'à un dénouement inattendu, s'il promène le lecteur dans cette enquête mystérieuse qui progressivement fait part grande au fantastique, c'est pour mieux l'interpeller sur des thématiques liées à la création artistique et à l'art. Le thème s'impose au lecteur captivé qui voit le psychologique se mêler au mysticisme et au policier.

    La vraie question n'est pas tant de savoir qui a tué Eugène mais de savoir pourquoi il est mort ? Dans une atmosphère angoissante, Léo Perutz pose des questions relatives à la nature et au déclin de l'artiste, au manque d'inspiration, à la recherche de sources de création, au talent entre autres. Le livre est sobre, intelligent et marqué de la griffe de l'auteur. Tout au long du livre la vérité est là, cachée, comme pour taire le malheur d'un homme finalement vaincu par ce qu'il a de plus intense, de plus précieux et de plus insaisissable en lui.

    Très bon.