Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Littérature Tchèque - Page 6

  • Le judas de Léonard - Léo Perutz

    le-judas.jpgLe dernier roman de Léo Perutz publié à titre posthume n'est pas son meilleur mais n'en reste pas moins plaisant et intéressant à découvrir et au-dessus de la production littéraire moyenne contemporaine. Les ingrédients classiques des romans de Léo Perutz sont présents dans cette oeuvre.

    Tout d'abord le contexte historique. L'intrigue se déroule en pleine renaissance italienne, à Milan, et tourne autour d'une oeuvre que doit dessiner Léonard de Vinci: la Cène. Le problème de l'artiste est de trouver un modèle pour réaliser son Judas Iscariote. Il va le trouver en observant l’histoire de l’Allemand joachim Benahim, un négociant allemand dont les aventures mêlent amour et argent.

    Joachim Benahim est à Milan pour récupérer son argent auprès de Boccetta, vieil avare qui se débrouille pour ne jamais rendre ce qu'il doit bien qu'il soit fortuné. Lorsque Joachim tombe amoureux de la fille de Boccetta, le lecteur connaisseur de Léo Perutz comprend que l'auteur tisse subtilement la toile d'une tragique histoire dans laquelle la fatalité va se jouer de l'amour et de l'argent pour offrir à Léonard De Vinci et au lecteur un terrifiant Judas. Jusqu'à quelle profondeur de nos entrailles se situent nos vices ? Quel est le prix de la trahison ? Le mal peut-il donc se parer de l'apparence de la justice et de la vertu ? Judas n'est pas forcément celui que l'on pense.

    Le final doit être tu, mais c'est toujours un moment particulier de lecture chez Léo Perutz. Il révèle un jeu autour de ses thèmes de prédilection, l'identité, le visage du mal, mais également en filigrane de cette oeuvre, le difficile processus de la création artistique.

    Un livre plaisant et subtil. 

  • Le cavalier suédois - Léo Perutz

    cavalier-suedois.jpgPeut-être le roman le plus connu de Léo Perutz et qui est à recommander pour ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur tchèque et qui ne sont pas encore sous son charme. Le cadre de l'intrigue est la Silésie au XVIIIème siècle. Christian, noble chevalier suédois naif et empreint d’illusions, est obligé de fuir l’armée pour avoir défendu d’un soufflet, l’honneur de son roi adoré devant l’outrage d’un de ses généraux. Sa cavale l’amène à rencontrer un voleur dont il bénéficie de l’entraide et qui accepte d’aller voir son oncle pour lui prendre de l’argent et des vêtements à son nom. Quelle occasion pour le voleur qui échafaude un projet fou pour échapper à sa destinée...

    Il ne faut pas en dire plus, sinon que commence un jeu de faux semblants qui fait la part belle aux thèmes les plus chers à Léo Perutz. Le questionnement sur l'identité et les apparences est implicite, omniprésent en arrière plan des aventures qui s’enchaînent, captivent le lecteur, le conduisent habilement vers un dénouement bluffant. Ainsi est lancée une machine infernale qui dévoile progressivement ses rouages. Comme toujours chez Léo Perutz, la maîtrise de la construction romanesque et la richesse de l’intrigue sont savamment couplées au suspens et à une certaine érudition historique pour le plus grand bonheur du lecteur.

    Les habitués de l'écrivain tchèque ne seront pas surpris par le caractère implacable du destin, de la fatalité qui pousse le personnage principal vers une fin imprévisible mais inéluctable, en faisant un pion pris au piège de ses désirs et de ses sentiments, de ses aventures, de ses actes qui finissent par avoir raison de lui et de son projet fou. Excellent.

  • La neige de saint-pierre - Léo Perutz

    neige de saint pierre.jpgParu en 1933, La neige de Saint Pierre a été interdite par le régime Nazi, car il aborde le thème de la manipulation des masses en politique. En fait le roman se révèle bien plus dense à la lecture et pas uniquement cantonné à cette dimension politique. Le docteur Amberg, le personnage principal, se réveille un matin dans un lit d’hôpital, blessé. Rapidement, il se rend compte que les dires de l’infirmière et du staff médical sur le temps qu'il a passé dans le coma, la raison de sa présence en ces lieux, sont en contradiction avec ses souvenirs.

    Le docteur Amberg a été engagé par le baron von Machlin afin de soigner les paysans d'un petit village. Seulement le docteur apprend que le baron a découvert la neige de Saint Pierre, un champignon qui peut provoquer l'exaltation. Ce dernier veut l'utiliser pour ramener l'Allemagne à la foi et à l'ancien régime. L'enjeu politique est étroitement mêlé a celui de la religion. Les interrogations introduites sont profondes et enrichies d'une érudition historique et scientifique qui ne heurte pas le lecteur. La neige de Saint Pierre peut-être utilisée pour manipuler les masses pour les mener dans la direction que l'on souhaite, pour les berner dans l'intérêt d'un indivdu. L'allusion au régime en place en Allemagne au moment de la rédaction du livre est à peine voilée.

    Cette thématique est enrichie de celle de la foi. La neige de Saint Pierre peut offrir un élan certain à la foi. Et les questions sous jacentes de remonter inéluctablement à la surface. Pourquoi la foi en Dieu s’éteint-elle progressivement en Europe ? Quelle foi ? En quel Dieu ? Surtout maintenant qu'il y a la neige de Saint Pierre ? La science peut-elle tout expliquer, tout se permettre, est-elle vraiment maîtresse de ses conséquences en jouant avec les puissances sentimentales ? La religion est un aspect de l'ouvrage qui ne doit pas être occulté car ces questions sont d'une pertinence encore aigüe en nos jours de soubresauts religieux de toutes sortes.

    L’art de l’intrigue et le sens de la narration de Léo Perutz arrivent à entraîner le lecteur au coeur de ces thèmes sans l'ennuyer. Bien au contraire, il densifie et complique l'oeuvre en instillant le doute au sujet des évènements vécus par le docteur Hamberg. A t-il vraiment vécu ces aventures qu'il raconte où a-t-il simplement été victime d’un accident de voiture comme l'affirme le staff médical de l'hôpital où il se trouve ? Qu’est ce qui s’est vraiment passé ? Où se trouve la réalité, la vérité ? Dans sa version des faits ou dans celle du staff médical ? Qu’est ce qui est réel ? Qu’est ce qui ne l’est pas ? Qu’est ce qui nous permet de le déterminer ? Où se situe la frontière entre le rêve et la réalité, entre la folie et la raison entre le vrai et le factice, le tangible et l’irréel ? Ces distinctions ne sont-elles pas artificielles  ? 

    Peut-être que ce questionnement sur la réalité des évènements est une manière indirecte pour Léo Perutz d'exorciser le présent Nazi de l'Allemagne contemporaine de la rédaction de l'ouvrage. Les chapitres sont brefs. Le suspens fonctionne parfaitement comme toujours chez Léo Perutz.  Jusqu’au bout du livre, les pistes sont brouillées. Mâtiné d’un peu de fantastique et de mysticisme ,  La neige de Saint Pierre est un récit passionnant, riche d’idées et marqué…par le sceau de la fatalité.

    Très bon.