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Théâtre - Page 2

  • L’homme du hasard - Yasmina Reza

    L'homme du hasard.jpgParis-Francfort, un homme et une femme se retrouvent seuls dans un compartiment de train. Chacun est perdu dans ses pensées. Deux monologues à priori déconnectés mais qui se révèlent rapidement reliés. La femme est en train de lire l’homme du hasard, le dernier ouvrage de l’écrivain renommé Paul Parsky qui n’est personne d’autre que l’homme en face d’elle, qu’elle a reconnu.
    Cette pièce de théâtre joue sur plusieurs ressorts évidents : une mise en abyme potentielle avec son titre qui est celui du livre que la femme a entre les mains, un autre jeu autour du titre au sujet du hasard qui amène de manière improbable l’écrivain à se retrouver face à une femme en pleine lecture de son dernier ouvrage, une tension ou un suspens sur ce dont peu accoucher une telle mise en situation de ces deux personnages.
    Malheureusement aucun de ces ressorts ne fonctionne pleinement et il est difficile de dépasser une sensation de vacuité et d’inabouti à la lecture de cette pièce. Il y a un aspect artificiel dans ces procédés qui est encore plus criant en raison du minimalisme de la pièce.
    Restent maintenant les deux monologues qui constituent pour chacun des personnages des regards en arrière – contraste facile avec le train qui avance etc. Ces derniers sont plutôt banals avec cet écrivain un peu misanthrope, doutant quelque peu de la valeur de certains de ses ouvrages, et cette femme qui hésite sentimentalement. Une épaisseur proche du néant et un ton froid n’aide pas à donner de la chair à ces personnages de papier.


    Une première rencontre très décevante avec Yasmina Reza.
    Déjà oublié.

  • La mort de Danton – Georg Büchner

    31FYJE10ZHL._SL160_.jpgAlors que commence le premier des quatre actes de la pièce de Georg Büchner écrite en 1835, Danton est déjà condamné et il le sait. Le 05 avril 1794, lui et ses amis, ses partisans, vont être envoyés à la guillotine par « l’incorruptible » Robespierre. Oui, Danton est déjà mort, tout comme Robespierre aussi, qui le suivra quelques mois plus tard, et même toute la révolution qui est en dernière phase de putréfaction et qui tente douloureusement d’accoucher de quelque chose de viable.

    La mort de Danton n’est pas uniquement un drame historique. Si la Révolution Française et la terreur lui servent de cadre, le grand barnum historique, les faits et les évènements ne sont pas vraiment au centre de la pièce. Ce qui intéresse Georg Büchner, ce sont les coulisses de cette grande histoire et les hommes qui la font. La Révolution est en train de flancher et le nœud gordien se resserre autour de deux de ses figures principales, dans un moment charnière qui concentre tous les enjeux. L’ivresse du pouvoir se heurte à l’idéal politique et social dans le vacarme omniprésent d’un peuple fanatisé.  

    Avec une rare finesse, en finalement peu de scènes, Georg Büchner dessine des hommes en prise avec l’histoire ainsi qu’avec de grandes idées, des hommes en conflit les uns avec les autres mais également avec eux-mêmes. Au Carrefour de l’histoire, son Danton est une figure forte, puissante, animée de désir et de liberté, un homme d’action qui finalement refuse d’agir, de se battre, cédant à la fatalité, s’embourbant dans des discours philosophiques et dans une fascination pour son destin et pour la mort.

    En face de lui, c’est un Robespierre coincé dans ses habits de pureté, qui est peint par le dramaturge.  Sa personnalisation d’un idéal d’ordre et de vertu n’est pas exempte de doutes et surtout de souffrances. Ainsi se voit-il tancé par Danton : « Toi et ta vertu, Robespierre ! Tu n’as pas empoché d’argent, tu n’as pas fait de dettes, tu n’as couché avec aucune femme, tu as toujours porté un habit décent et tu ne t’es jamais soulé. Robespierre, tu es d’une honnêteté révoltante. J’aurais honte de promener, depuis trente ans, entre ciel et terre, la même physionomie morale, rien que pour le misérable plaisir de trouver les autres pires que moi »

    La justesse de Georg Büchner est remarquable, dans la psychologie de ses personnages. Il capture et met au grand jour le jeu des passions souterraines (pouvoir, mort, désespoir, érotisme, violence…), ainsi que la mécanique de dérive qui amène tous ces acteurs à ces points de tension extrême, au bout d’un épuisement interne qui est celui de la Révolution elle-même. Georg Büchner, donne à voir la Révolution sans masque et son visage n’est guère plaisant. Il ne porte pas de jugement direct, laissant le texte et les personnages le faire indirectement. C’est effrayant et fascinant à la fois.

    Impossible enfin d’évoquer la mort de Danton sans dire un mot de la langue. Büchner n’a pas hésité à piocher dans les citations historiques pour rendre parfaitement compte du jeu d’affrontements des personnages entre autres. La langue est ainsi vive, habile et au service d’un dramaturge qui mêle finalement avec brio, le lyrisme et le tragique à la fresque historique.

    Concluons sur les mots de Barrère : « regardez autour de vous, tout cela vous l’avez dit, c’est une traduction en actes de vos paroles. Ces misérables, leurs bourreaux et la guillotine, ce sont vos discours devenus vivants. Vous avez bâti votre système comme Bajazet ses pyramides, avec des têtes humaines.»

     

    Chef d’œuvre.

  • Mademoiselle Bonsoir / La reine des garces – Boris Vian

    Sans titre.JPGMademoiselle Bonsoir


    Ce texte inédit de Boris Vian est une comédie musicale qui n’a jamais vu le jour. A la base une belle idée un peu humaniste et un peu loufoque transformée en commerce florissant: une chanteuse pleine de charme pour bercer les insomniaques et les solitaires de toutes espèces. Pour le reste des ficelles classiques de Vaudeville, et une pièce qui gagnerait à être mise en scène. C’est assez plaisant, drôle par moments et d’une certaine fraîcheur et inventivité quand on laisse parler son imagination. Il ne faut cependant pas trop en attendre, seulement du plaisir rapide. Sur le papier, on a une grande louche d’amour, une pincée d’amitié, des gangsters d’opérette et des retournements de situation parfois un peu rapides, alambiqués pour une intrigue finalement simple et convenue. A prendre pour ce que c’est, un bon divertissement.


    La reine des garces

    Parue en même temps que Mademoiselle Bonsoir, La reine des garces, est une pièce de théâtre plus longue qui fait montre de la même énergie et fantaisie dans le plus pur style théâtre de boulevard. Il faut reconnaître beaucoup de rythme à cette pièce qui enchaîne les péripéties et les retournements de situations. A partir d’une série de quiproquos, une jeune première blessée se transforme en garce prête à blesser tout son monde – père compris - et à tout écraser sur son passage, bien aidée par des personnages loufoques. C’est parfois drôle – moins que Mademoiselle Bonsoir -, truffé de bons mots – plus que Mademoiselle Bonsoir - et d’originalités, mais il y a également un peu plus de longueurs. C’est un bon vaudeville qui mériterait d’être monté pour apporter un bon moment de théâtre.

    Difficile pour moi de dire en conclusion, dans quelle mesure ces deux vaudevilles plaisants ont quelque chose de spécial. Bien que de Boris Vian, ils ne me semblent pas supérieurs à d’autres, même si de bonne facture. Se laissent lire.