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Littérature Congolaise - Page 3

  • Le cœur des enfants léopards – Wilfried N’Sondé

    Wilfrid-N-Sonde-Le-coeur-des-enfants-leopards.jpgLe personnage au centre de ce livre est un jeune homme arrivé en bas âge du Congo et qui a grandi dans la banlieue parisienne. Quand commence le livre, il est en garde à vue, ivre, défoncé. Accusé d'un délit qui ne sera révélé que dans les dernières pages, il nie de toutes ses forces, subissant les assauts de violence verbale et physique de la police. Le décor est sombre, dégoûtant, entaché de toutes sortes de fluides corporels, les souvenirs du jeune homme s'en détachent pour raconter son histoire.

    Ce qui fait l'intérêt du cœur des enfants léopards, c'est la vigueur du style de Wilfried N'Sondé, la force avec laquelle il retranscrit la rage au ventre, le cri des entrailles de ce jeune homme frustré, livré aux douleurs physiques mais surtout mentales, celles du souvenir et de sa condition contre lesquelles il n'y a pas de cataplasme. Le récit semble presqu'écrit d'un trait, dans un souffle qui entraîne le lecteur. La musique de la narration est électrique passant d'un souvenir à l'autre avec de nombreux détours par la cellule de garde à vue. Il y a quelque chose de vivant et d'intense dans la langue de Wilfried N'Sondé qui est très imagée et arrive à porter la passion, la violence des sentiments décrits.

    Ce que raconte surtout le cœur des enfants léopards avec une certaine fraîcheur, c'est le premier amour et le terrible chagrin qui accompagne sa perte. Le personnage principal vient de perdre Mireille, celle qui a donc été son premier amour, mais qui est aussi son amie d'enfance, et son meilleur compagnon de jeu. Au milieu de la banlieue parisienne, ces deux adolescents ont mêlé leurs couleurs avec liberté et insouciance sans penser que leurs destins ou plus exactement leurs ambitions seraient inconciliables. C'est parfois beau, brûlant, naïf lorsque Wilfried N'Sondé chante le désir ou à l'inverse les douleurs, la séparation.

    Cette histoire prend place dans un contexte d'exil, de métissage, d'immigration, de chocs de cultures dans une banlieue française à la peine. Le personnage de Wilfried N'Sondé parle à ses aïeux, raconte l'Afrique qui est en lui, invoque des légendes et des souvenirs qui imprègnent le décor de la banlieue de son enfance. Entre mysticisme, anecdotes d'ailleurs, images fortes, il raconte la différence, le racisme, l'assimilation, la difficile mixité sociale et raciale quand on est un jeune issu de l'immigration et des banlieues en France.

    C'est souvent juste, mais parfois un peu convenu - cf. le portrait du policier idéaliste et de sa petite famille par exemple -, quelque fois rapide dans certains enchaînements - cf. la distance avec Mireille. Je pense également par exemple que le personnage de Drissa, meilleur ami du narrateur aurait gagné à être plus développé, présent car il donne un relief particulièrement brutal aux phénomènes d'acculturation, d'anomie et de violence de ces jeunes des banlieues. Peut-être aussi que les références à la culture originelle du narrateur méritaient plus d'étoffe.

    En tout cas le cœur des enfants léopards est un premier roman intense, séduisant par son écriture, touchant, et qui embrasse des problématiques intéressantes sans forcément être original.

    Bon.

  • Un fusil dans la main, un poème dans la poche - Emmanuel Dongala

    fusil-dans-main.jpgL’Afrique a elle aussi rêvé de révolution et de grand soir. De la lutte pour l’indépendance jusqu’aux désillusions des dictateurs et des putschs, elle a espéré les changements qui devaient la relever de la boue et de la misère du colonialisme pour la conduire vers le développement. Mayéla di Mayéla, le héros d'un fusil dans la main et d'un poème dans la poche est en quelque sorte le symbole de cette génération perdue qui a émergé au sortir des indépendances africaines dans les années 60.

    Après des études en Europe, Mayéla di Mayéla part combattre pour l’indépendance du Zimbabwe. C'est un révolutionnaire enflammé qui met en pratique ses idées pour la libération de l'Afrique et la prise du pouvoir. Il voit une autre Afrique, sortie de ces maux interminables qui la ravagent, une Afrique maître de son propre destin, suivant sa propre voie, idéalisée, une Afrique qui n’existe toujours pas. Il parcourt l'Afrique Centrale et traverse différents périples, subissant les affres de la torture et de la prison. Sa quête est récompensée par l'obtention du pouvoir suprême dans son pays après un combat politique acharné.  Mais plus dure est la chute de Mayéla qui trahit ses idéaux de justice et de révolution en se conduisant en despote corrompu comme tant d'autres.

    Un fusil dans la main un poème dans la poche est malheureusement une histoire tragique qui s'est avérée banale au carrefour des indépendances. Il est donc dommage que le livre d'Emmanuel Dongala n'arrive que partiellement à convaincre. En effet à la fin du livre, on se rend compte que beaucoup de sujets ont été évoqués, amenés sur le tapis sans être approfondis, emportés dans une succession un peu brouillonne d'évènements, d'actions, de souvenirs, de personnages. Il y a un certain manque de consistance dans le traitement des sujets, dans les personnages qui nuit à la force de l'ouvrage et laisse apparaître quelques passages vides ou un peu naïfs. Reste que le personnage de Mayéla di Mayéla est attachant dans ses doutes, ses rêves, ses combats. Sa fraîcheur et sa naïveté en rajoutent à la cruelle désillusion de l’histoire.

    Impression très mitigée au final.

     

  • La vie et demie - Sony Labou Tansi

    SONY_LABOU_TANSI,_La_vie_et_demie.jpgIl faut s’accrocher avant de lire la vie et demie. C’est une œuvre originale d’un baroque ahurissant. C’est peu de dire qu’on a ici affaire à un imaginaire débridé et à un fantastique survolté qui sont utilisés comme moyen de dénonciation et de critique de la dictature, des régimes sanguinaires et de leurs effrayants despotes officiant sous les chaleurs tropicales de l’Afrique noire. En effet, il faut lire la vie et demie comme une attaque désespérée, une offensive délirante en forme de moquerie, de pied de nez contre l’oppression de ces régimes.  Le guide providentiel, despote de son état, tue son opposant le plus farouche et emblématique, Martial, qui refuse de s’éteindre définitivement et devient un spectre porteur de malédiction pour les années à suivre.

    Style oral, narration vivante et rythmée, langue truculente pour un enchaînement de péripéties ahurissantes, du guide qui essaie en vain de se débarrasser de Martial tout en continuant à persécuter son peuple, de Chaïdana la fille de Martial en quête éternelle d’une vengeance, de sa descendance en opposition perpétuelle pour la libération de tout un pays. C’est un ballet sanglant sur plusieurs générations qui monte crescendo avant d’exploser dans une indescriptible hystérie et de se terminer dans l’oubli et la perte de sens par l’absurde.

    Tout au long du livre, il est difficile de se départir d’une impression de folie que confirmerait le rire sardonique de l’auteur émergeant comme par miracle des pages noircies d’encre. Volontiers violent et cru, Sony Labou Tansi crache sur les dérives de l’Afrique et du pouvoir en particulier, sur le colonisateur qui est bien sûr évoqué. Il se laisse aller à une folie, à une logique d’emballement, de chaos et d’absurdité qui malheureusement lâchent le lecteur, le perdent, le lassent bien trop vite. Il est difficile de suivre et de survivre à ce foisonnement de personnages, d’intrigues, de styles qui relève vite de l’explosion tout azimuts. Tout est mélangé et le réel n’existe plus peut-être pour achever de persuader de manière originale le lecteur courageux, que ce que l’auteur dénonce est bien inadmissible et ne doit pas être.