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Littérature Congolaise - Page 4

  • La ruine presque cocasse d’un polichinelle - Mongo Beti

    little_4898.jpgMor-Zamba le vieux prudent, Jo le jongleur le hâbleur et Evariste le sapak érudit. Trois figures originales qui donnent à ce roman d’aventures, un souffle inépuisable. Le jeu constant autour de ces personnages apparemment contradictoires captive le lecteur. Il  rythme les aventures rocambolesques de ces héros pathétiques partis libérer le village de Mor-Zamba d’un tyran grabataire, de son fils violent et de leur âme damnée, un despotique curé français. C’est une épopée comique qui se permet d’aborder quelques thèmes chers à la littérature africaine, notamment la colonisation, le rapport à l’occidental, la tyrannie. Les épisodes rocambolesques de cette incroyable aventure de libération se succèdent joyeusement sans laisser une seconde au lecteur avec mille rebondissements, retournements de situation conduits de main de maître par l'auteur. Une régalade entraînante servie avec une faconde magistrale, la langue est foisonnante, riche, colorée, exotique. Plaisant.

  • Verre Cassé - Alain Mabanckou

    verre cassé.jpgVerre cassé est un client assidu du crédit a voyagé, une échoppe perdue quelque part au Congo. Depuis qu’il a parlé de Charles Bukowski à son ami et propriétaire des lieux, ce dernier lui a remis un cahier avec injonction d’écrire, persuadé de tenir en Verre Cassé, un émule congolais de ce vieux Hank.

    Ainsi donc débute ce livre qui se dévore d’une traite avec un plaisir constant. Affaire de style d’abord, car les superlatifs ne peuvent que s’enchaîner devant la crudité, l’originalité d’une langue foisonnante, créative. De néologismes en jeux de mots, en passant par de très nombreux clins d’œil à la littérature, à l’histoire et à un fonds culturel mondial commun (un peu trop ?), Alain Mabanckou crée une façon unique de dire dont les racines sont puisées dans le parler courant de la plupart des pays africains francophones. Il trouve souffle et puissance dans une narration rythmée, survitaminée et entortillée qui ne s’embarrasse pas de grand-chose, à commencer par la ponctuation.

    Le livre apparaît comme un chaos créateur qui livre d’abord toute une galerie de portraits avec des personnages truculents, hauts en couleurs qui débitent leurs histoires rocambolesques. Les anecdotes, plus amusantes les unes que les autres s’enchaînent dans une atmosphère exotique et étonnante créée par le conteur Verre Cassé. Les tribulations des habitués de ce bar iconoclaste dont la création et l’histoire sont aussi contées finissent par céder place à l’histoire personnelle du narrateur qui mélange le drame, la tragédie et le comique dans un pleurer-rire alors que pointent en arrière-plan quelques réflexions générale qui ne gâchent rien au plaisir de lire. Bien au contraire.

    Alain Mabanckou a réussi à créer un véritable personnage, une atmosphère, une langue, des histoires qui fonctionnent parfaitement ensemble, saluons son travail.

    Réussi.

  • Voici le dernier jour du monde - Gaston Paul Effa

    voici venu.jpgPourquoi a t-il fallu que Gaston Paul Effa se perde ainsi à la fin de son roman ? Pourquoi a t-il fallu qu’il choisisse ce faux retournement de situation, cette fausse surprise, ce moment pivot qui transforme son livre en une espèce de roman policier ou d’action raté et bidon ? Pourquoi a t-il fallu qu'il discrédite d'une certaine manière les thèmes qu'il a abordé durant les deux premiers tiers de son livre par cette pirouette un peu inutile ? Peut-être juste pour trouver une chute. Apprendre à finir titrait Laurent Mauvignier...

    Gaston Paul Effa gâche donc une impression plutôt favorable de prime abord. C’est vraiment dommage parce qu’on rentre très vite dans ce roman, emporté par son argument principal, son style. C’est parlé, tout étant travaillé, ciselé pour paraître naturel, facile, fluide. On est dans une oralité conquérante, une faconde plaisante, débordante. Une sorte de représentation d'une oralité africaine spécifique qui est un enjeu stylistique dont Ahmadou Kourouma n'a eu cesse de signaler la difficulté et l'intérêt - en même temps que l'influence de Céline.

    Ce style est une entré gourmande dans l’intrigue qui relate à travers Fabien, l’ami du narrateur, l'Afrique et ses maux interminables. Le retour au pays du narrateur marque le début de la déchéance de son ami. Une multitude de péripéties enchaînées avec verve pour dénoncer pêle-mêle - un peu trop légèrement ou à la va vite - la corruption, le népotisme, le militarisme, les enfants-soldats, la responsabilité et l’abandon de l’occident, le sida, la misère. On a parfois la sensation d'un manque d'approfondissement. On est plus dans le zapping, tout est frôlé, effleuré, rien ne reste, rien ne marque, rien n'est vraiment creusé. Comme si tout était emporté dans le phrasé. Un mauvais tour joué par la virtuosité stylistique ? Du coup, la sensation, de légèreté, de superficialité, emporte dans l'oubli, tous les thèmes et aussi l'histoire un peu rocambolesque.

    Raté. Dommage.