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Littérature Anglaise - Page 3

  • Amsterdam – Ian Mc Ewan

    ian_mcewan_amsterdam.jpgLa citation de W.H Auden, extraite de La croisée des chemins, en épigraphe d’Amsterdam dit l’essentiel du livre : « Les amis qui furent ici ensemble et s’étreignirent sont partis, chacun vers ses erreurs ». La mort de Molly Lane, critique et gastronomique et photographe qui fréquente la haute société Londonienne, est le point de départ de cette histoire centrée sur l’amitié et les valeurs morales. D’un côté, Clive Linley, musicien reconnu, en charge de composer une symphonie pour le millénaire, de l’autre Vernon Halliday, patron de presse, qui essaie de redresser un vénérable quotidien en train de prendre la poussière. Jusqu’à quoi sont prêts ces deux protagonistes pour arriver chacun à leurs fins ? Que sont-ils prêts à sacrifier sur l’autel de leurs ambitions personnelles ?
    Il est facile pour chacun d’entre nous de travestir nos pires actions avec les habits de la vertu pour garder la face alors que nous piétinons allègrement les valeurs morales que nous prétendons défendre. C’est ce que font Clive et Vernon, chacun sous le regard de l’autre. En fait, ils n’ont en tête que leurs carrières professionnelles et leurs prestiges personnels respectifs quand ils basculent, chacun à leur façon de l’autre côté de la morale. Place à la mesquinerie, à l’égoïsme, au cynisme et à la lâcheté, qui font que ces vieux amis en arrivent à s’interroger sur le sens de leur amitié et à ne plus se reconnaître au point de se dire : « nous savons si peu de choses les uns des autres. Tels des icebergs, nous ne donnons à voir que la surface, d’une apparente clarté à l’usage du monde, d’un moi dont l’essentiel reste immergé. »
    Comme souvent, Ian McEwan fait montre d’un réel sens de l’immersion, en nous plongeant complètement dans le quotidien professionnel de ses deux personnages. Les pages sur la musique avec Clive ont une certaine beauté et sont réussies, portant au passage une réflexion acide sur la création artistique. Celles sur la conduite de la rédaction d’un quotidien avec Vernon sont fouillées et révélatrices des problématiques actuelles du journalisme coincé par l’effritement des ventes et tenté par le spectaculaire et l’indécence au détriment d’un traitement de fond et de la qualité. L’auteur anglais permet ainsi aux questions éthiques auxquelles sont confrontés ses deux personnages de prendre plus de relief.
    Ian McEwan a un savoir-faire évident qui lui permet de mener habilement son intrigue qui monte crescendo vers une conclusion paroxystique. Il déshabille progressivement ses personnages avec intelligence, révélant leur côté obscur qui est l'enjeu central de son livre. Amsterdam pourrait ainsi être une totale réussite n'eut été la fin pour laquelle l'auteur anglais a opté. C'est vraiment dommage car ce dénouement, quoi qu’original, est un peu prévisible, trop scénarisé, voire grotesque. L'impression globale du livre souffre donc de sa dernière partie sans suspens et un peu longuette. Ce n’est néanmoins pas l’essentiel à retenir d'Amsterdam qui a d’autres qualités: une fluidité dans la narration, une écriture limpide et beaucoup d’ironie.

    Moins dense et abouti que Samedi ou Expiation.
    Booker Prize 1998.
    OK.

  • Une fille qui danse – Julian Barnes

    9782846667890FS.gifC’est une bande de jeunes garçons intelligents et farceurs du Londres des années 60 dont l’équilibre est bouleversé par l’arrivée d’un intrigant et brillant élève : Adrian. Admiré par la bande, le jeune homme la rejoint tout en conservant une certaine distance et surtout un halo de mystère qui ne s’évaporera jamais vraiment. Adrian aurait pu avoir une place moindre dans l’esprit de Tony, membre de la bande et narrateur principal du livre presqu’une quarantaine d’années plus tard, n’eut été Veronica. Une des premières véritables histoires d’amour de Tony, Veronica a fini par sortir avec Adrian, semblant être tombée amoureuse de ce dernier dès la première fois où ils ont été présentés par Tony.  

    Une fille qui danse n’est pas vraiment un livre sur l’adolescence et les amours de cette époque de la vie, même s’il en parle. Il n’est pas non plus un livre entièrement focalisé sur la trahison même si celle-ci est indirectement au cœur du livre et de l’histoire que raconte Tony. En fait, l’ouvrage de Julian Barnes est plus un livre sur la mémoire et le souvenir. Il revient sur les failles de la mémoire personnelle, ses béances volontaires ou pas, la réécriture permanente dont elle est l’objet. Il aborde la nostalgie mais aussi l’incrédulité et le choc qui surviennent lorsque le passé échappe à la mémoire pour venir violemment heurter le présent et défaire ces récits, parfois factices, d'épisodes antérieurs de nos existences. Comme un boomerang qui traverserait les années pour surprendre le lanceur au moment où il s’y attend le moins.

    Au moment où Tony raconte son histoire, c’est un homme qui entre dans le troisième âge et qui peut regarder avec une certaine lucidité le chemin parcouru depuis cette bande de jeunes lycéens. C’est ce qu’il essaie de faire, mais avec difficulté en ce qui concerne Adrian – et Veronica. Omission, conviction, ignorance se sont entremêlées sur cette histoire-là pour éloigner Tony de la vérité. C’est qu’il est bien difficile de vivre avec certains regrets, remords, certaines peines. Alors on ruse avec les souvenirs, on les adapte pour survivre, pour avancer jusqu’au retour éventuel du boomerang… C’est ainsi que Tony se retrouve à affronter la réécriture de sa propre histoire, les tourments enfouis, par l’intermédiaire de documents qui ressurgissent, de témoignages qui viennent déchirer partiellement le voile qui repose sur ce passé.

    Julian Barnes se concentre sur cette réflexion sur la mémoire qui peut aussi s’appliquer de manière plus générale à l’histoire officielle. La vérité sur Tony, Veronica et Adrian devient ainsi moins essentielle, pour à la fin demeurer indécise, ouverte à toutes les interprétations, toujours un peu mystérieuse. Mélancolique à souhait, évoluant dans une atmosphère douce-amère, une fille qui danse est un livre agréable qui démontre le savoir-faire de romancier de Julian Barnes, notamment dans l’acuité concernant les sentiments et la psychologie des personnages. Plutôt prenant au début, une fille qui danse s’étiole néanmoins dans sa dernière partie. Au-delà de quelques longueurs, c’est surtout que le livre se met à souffrir d’un léger embourbement: Tony se met à patiner autour du nœud de cette histoire et les thèmes sont à la longue ressassés alors que l’atmosphère si appréciée s’évapore pour laisser place à un faux suspens moins convaincant et pas vraiment essentiel.

    Agréable. Se laisse lire – et peut-être oublier - facilement.

  • L’obsédé – John Fowles

    L'OBSD~1.GIFS’il n’avait pas gagné une fortune au loto, peut-être que Frédérick serait resté ce fonctionnaire un peu tristounet, quelconque, englué dans un quotidien gris, morne et dépourvu de tout intérêt. Sans doute aurait-il continué à être sous la coupe de sa tante qui l’a recueilli après la mort de son père et la fuite de sa mère, dans un étau conservatiste et psychorigide qui l’aurait néanmoins protégé du désastre. Il aurait continué à tisser le médiocre de son existence dans le défilement ennuyeux des jours identiques avec l’espoir d’arriver à dépasser sa timidité, à vaincre sa solitude et à se trouver une compagne quelconque prête à épouser son univers étriqué. Il aurait simplement continué à collectionner les papillons.

    Seulement voilà, Frédérick a gagné au loto et a ainsi obtenu les moyens d’assouvir un désir fou. Avoir, posséder Miranda, une magnifique étudiante en beaux-arts dont la personnalité, le milieu social et les ambitions tranchent avec lui. Ce n’est pas vraiment de l’amour ou de la passion, c’est plus quelque chose de l’ordre de la fascination pour la beauté, l’envie de la capturer et de l’avoir pour toujours auprès de lui. Pour Frédérick, Miranda est un papillon, un des plus beaux et des plus rares. Il tient absolument à l'avoir dans sa collection, à l'épingler par tous les moyens. C’est en cela que le titre du livre en anglais, The collector est encore plus approprié que le titre français de l’ouvrage.

    Miranda à tout prix donc, enlevée, puis séquestrée dans la cave d’une maison achetée en campagne, loin de tout. Un papillon épinglé vivant qui ne va avoir cesse d’essayer de s’évader, d’échapper à sa condition de prisonnière-fantasme, butant à chaque fois sur la détermination et la folie du collectionneur. Assez rapidement le lecteur découvre l’entreprise hallucinante de Frédérick et reste quelque part ahuri par sa mise en œuvre et par l’enchaînement des faits jusqu’à la fin. Une tension diffuse s’installe rapidement au cœur du roman, portée par l’antagonisme de personnages aux intentions et aux psychologies diamétralement opposées. L’atmosphère est même par moments invivable et irrespirable, révélant une spirale de la folie chez Frédérick et du désespoir chez Miranda alors que la question du sexe ne peut complètement être éludée. La relation improbable qui se tisse entre les deux personnages est au centre du livre et en est une des forces principales.

    C’est une relation que John Fowles exploite en alternant les points de vue narratifs des deux protagonistes. Le journal d’otage de Miranda succède au récit de cette folie vu du point de vue de Frédérick. John Fowles arrive ainsi à donner plus de chair et de complexité aux situations que vivent ses deux personnages. Il se sert de cette alternance pour les éclairer différemment. Si le journal de Miranda peut paraitre un peu long par moments, il permet de saisir encore plus le caractère sinistre de la situation et les accommodements de chacun pour essayer de vivre (ou « survivre ») dans un tel contexte.  Le journal de Miranda met aussi plus en lumière les différences de classes sociales, d’environnement, d’ambitions entre cette dernière et Frédérick. Ces deux-là sont de mondes tellement opposés, rien ne pouvait les réunir à part cette mésaventure à l’issue tragique et effrayante.

    Il y a quelque chose d’ironique et de cruel, qui lie Miranda et Frédérick. Tous les discours, toutes les postures et aspirations de Miranda au sujet de l’art et de l’esthétique sont en fait réalisés par Frédérick d’une certaine façon. Elle est par sa beauté, un chef d’œuvre de la nature que Frédérick a essayé de capturer au prix déraisonnable d’une existence folle.

    Un roman intrigant, tortueux.

    Bon.