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Littérature Anglaise - Page 9

  • Carton Jaune – Nick Hornby

    9782264044259.jpgSi vous n’aimez pas le football, si vous n’y comprenez rien et trouvez incroyable la passion qu’il provoque, ce livre n’est certainement pas pour vous, passez votre chemin. Peu importe que Nick Hornby essaie aussi d’expliquer la fièvre du football, sa fièvre aux néophytes, aux sceptiques. Je crois vraiment que pour totalement apprécier Carton Jaune, il est préférable d’être un amateur de ballon rond. En effet, Carton Jaune est l’autobiographie d’un fan d’Arsenal. L’intérêt du livre ne réside pas dans l’existence de Nick Hornby, narrée sur plus d’une vingtaine d’années : sa famille divorcée, ses relations avec son père, sa belle-famille, ses premiers amours pathétiques, son parcours scolaire moyen, ses orientations professionnelles hasardeuses, ses crises existentielles, ses désirs d’écriture, son adhésion à la classe moyenne, etc. de la province anglaise à Londres. Tous ces éléments qui n’ont rien d’original ne prennent valeur que par leur traitement original à travers le prisme du football.

    Il est dingue de voir comment le ballon rond est entré dans la vie de Nick Hornby et a tranquillement pris le fauteuil principal pour régenter toute sa biographie qu’il déroule en parallèle de l’histoire du club d’Arsenal. Carton Jaune est un livre intéressant lorsque Nick Hornby explique sa passion, son amok, du football. Il raconte sa difficile condition de supporter, d’une certaine façon une ascèse, qui demande d’insensés sacrifices de toutes sortes. Il faut dire qu’il est de ceux qui ne ratent pas un match, de ceux qui peuvent en parler des heures sans s’arrêter, de ceux qui en font une philosophie, une métaphore de l’existence, de ceux qui croient qu’il n’a pas d’égal sur bien des plans, de ceux qui sont capables de suivre fidèlement le même club pendant plus de vingt ans et de se rendre au stade tous les samedis, d’effectuer des déplacements, de rater des évènements importants pour un match, de perdre la raison, de déborder de sentiments pour un autre match, etc.

    Il n’est pas évident d’écrire sur le sport, d’où la valeur de Carton Jaune. Chaque chapitre est construit autour d’un match d’Arsenal et des évènements qui l’entourent. Suivez l’histoire du club, découvrez là, vivez donc ses grands moments, ses pires aussi, voyez ses personnalités légendaires – Adams, Winterburn, Wright, Graham, Mee -, écoutez son ambiance – Highbury - et à partir de là, réfléchissez sur le football en général. Les supporters, le hooliganisme, le racisme, la logique financière, les stades, les compétitions, la révolution de la TV, etc. Le tout jalonné de moments tragiques ou magnifiques que tout amateur de football connaît : Pelé et le Brésil 70 – la meilleure équipe de tous les temps - ou la tragédie du Heysel.

    Je suis passionné de football et je dois dire que rien que pour ça, j'ai apprécié Carton Jaune.

  • Le jour des triffides – John Wyndham

    triffidesue8.jpgA la suite du passage d’une comète et du magnifique spectacle lumineux dans le ciel terrestre qui en a résulté, la quasi-totalité des hommes se retrouve aveugle le lendemain. Seuls de rares personnes comme Bill, qui était à l’hôpital les yeux bandés suite à un accident, peuvent encore voir. Le roman catastrophe de John Wyndham commence avec la découverte de la tragédie par Bill. Plus rien ne sera jamais pareil après cet aveuglement généralisé. C’est un Londres d’abord paralysé, désert, puis progressivement abandonné, en situation de délabrement, d’effondrement que décrit l’auteur anglais. Il arrive à créer une atmosphère de fin de monde et d’anarchie qui est saisissante pour le lecteur, tant elle est visuelle à travers les descriptions et les situations mises en place par l’auteur. Un monde s’effondre, c’est à la fois triste, violent et pathétique.

    Devant un tel cataclysme, le fil conducteur est tout trouvé et mené avec intelligence et clarté. Comment survivre et quelle société maintenant ? Ce sont les questions auxquelles se confrontent Bill et sa partenaire Josella. Ils savent que plusieurs voies s’ouvrent à ce nouveau monde. La tentation soliste, égoïste est là, comme celle de la petite communauté, l’asservissement de la masse des faibles – les aveugles –est possible, comme leur prise en charge, la refondation des valeurs peut-être faite, comme leur travestissement ou leur renversement. Au fil de leurs aventures, Bill et Josella vont affronter tous ces types de situations qui trouveront parfaite illustration à travers le caractère et les actes des personnages secondaires.

    John Wyndham fait coïncider une menace plus grande encore avec cette catastrophe : les triffides. Ce sont des plantes carnivores et mobiles nées d’expérimentations russes (contexte de guerre froide oblige !) qui ont proliféré en raison de leur exploitation économique (outrances du capitalisme!). Elles profitent de l’effondrement de la civilisation pour se développer et s’attaquer aux hommes dont la quasi-totalité sont des proies faciles : les aveugles. La menace de l’extinction de l’espèce est un défi supplémentaire qui renforce, l’ambiance pesante de déclin, de faillite de la civilisation et de l’homme, l’urgence de la refondation du monde. Le jour des triffides est écrit à la première personne, dans le style du journal d’un survivant narrant les évènements. Le point de vue interne permet de vivre les évènements de l’intérieur et de leur donner plus d’intensité. Le lecteur est amené à partager les angoisses, les craintes, les espoirs mais aussi les défaillances, les tentations de Bill Masen.

    Le jour des triffides est une œuvre symbolique des romans catastrophes de l’après-guerre. Divertissant, il est marqué par un contexte historique menaçant. Il interpelle sur la place et la survie de l’homme, son action sur la nature, et laisse ouverte la porte à la possibilité d’une autre société. Bien.

  • Sa majesté des mouches - William Golding

    sa majesté des mouches.jpgSur une île perdue, les survivants d’un crash d’avion dont on ne saura pas grand-chose, sont uniquement des enfants. Livrés à eux-mêmes, ils doivent s’organiser pour survivre. Très vite, des choix sont à faire concernant leur avenir et leur vie sur l’île et des alternatives se dessinent plus ou moins clairement. S’accrocher à l’espoir d’être secourus et focaliser tous les efforts sur la survie ou se laisser aller à vivre sur cette île et profiter de l’absence des adultes pour créer autre chose ?

    Sa majesté des mouches est une réflexion sur la nature humaine et sur la civilisation, sur la société, sur les instincts primaires, violents inhérents à la nature humaine et sur la relation politique et sociale à autrui. Créer cette situation artificielle avec ces enfants perdus sur une île est le moyen pour William Golding de développer l’opposition entre la barbarie et la société, et la relative fragilité de la frontière entre le mal et le bien. Cette situation lui permet de pousser aux extrêmes cette opposition et cette fragilité. Sur cette petite île, l’expérience créée par William Golding débouche sur la création – attendue - de deux clans qui ne peuvent concilier leur vues sur les priorités, les affectations aux tâches, les règles communes, la gestion des conflits, etc. D’un côté, la civilisation essaiera de perdurer, alors que de l’autre la sauvagerie et la loi de la jungle s’imposeront. Progressivement, la peur, la tension et les instincts vont exacerber cette situation jusqu’à la tragédie.

    William Golding est un fin conteur des turpitudes de l’être humain aux prises avec autrui et la construction d’une société. Le mal est toujours là, tentation facile, séduisante, qui prend appui sur nos faiblesses intimes, psychiques ou physiques et qui grandit, s’impose par le jeu des ambitions et des besoins, loin de la raison qui ne demande qu’à céder, à tout moment. Les thèmes liés à la création d’une société comme le sens, la place du sacré, de la violence, des rites ou le désir mimétique traversent cette œuvre intéressante et captivante.

    Bien.