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écriture - Page 5

  • U.S.A - Dos Passos

    usa_d2945.jpgMon enthousiasme est sans bornes lorsque je parle de U.S.A. Mes mots peuvent être hésitants alors que je veux transmettre ma passion concernant cette trilogie (42eme parallele; 1919 ou l'an premier du siecle; la grosse galette). U.S.A est un des livres que j'admire le plus, un cataclysme dans ma vie de lecteur. Une oeuvre d'une telle ambition doit retrouver la place qui est la sienne dans la Weltlitteratur. A l'heure où beaucoup d'auteurs se plaisent à s'affirmer comme écrivains sans prétention - traduisez sans ambitions littéraires, mais financières ou autres oui -, U.S.A mérite un panégyrique. John Dos Passos, dans une folie laborieuse et avec inspiration, a décidé de capturer - rien de moins que cela - les trente premières annees du vingtième siecle aux Etats-Unis. Folie réservée aux plus grands, Balzac, Zola ne la renieraient pas. Avaler, emprisonner et restituer trente ans de réalité dans une volumineuse trilogie!!!? Le pire est qu'il y arrive...

    Avant de poursuivre, je veux m'étendre sur la méthode qui a autorisé ce tour de force. John Dos Passos réussit son pari en créant un projet narratif original et une technique littéraire inédite. U.S.A appréhende le pays éponyme selon trois focales différentes dans leurs visées et dans leur fonctionnement. La première est une tentative osée de capter la grande histoire et d'en faire le bruit de fond, l'arrière-plan du livre. John Dos Passos y arrive par un collage atypique de titres, d'articles de journaux, de chansons populaires, de messages publicitaires. La seconde focale plus classique est une narration romanesque qui utilise un angle normal en sautant d'un personnage à l'autre pour offrir un grand courant de consciences. C'est le coeur du roman. Enfin, la troisieme focale est un point de vue intime, plus étroit, plus autobiographique, sur la vie de l'auteur durant la période historique où est située le roman. Cette technique, déroutante au premier abord, est agrémentée de portraits de personnages célèbres de l'époque. Vu ainsi, on pourrait être rebuté, penser à une mécanique pénible, sauf qu'il y a un miracle de l'écriture, de la technique qui fonctionnent jusqu'à ce que le chef d'oeuvre se révèle.

    On suit plus d'une dizaine de personnages qui représentent chacun - dans leur personnalité et leur évolution - une facette de la réalité de l'Amérique qui est décrite: du marin vagabond, au boursicoteur flambeur en s'attardant sur un soldat, un syndicaliste, un publicitaire ou encore un artiste. On les prend, on les abandonne en route, pour les retrouver plus tard, les voyant se rencontrer, s'influencer, se défier, se faner, s'élever, déchoir, s'aimer, former un tableau vivant et mouvant, pertinent de la société américaine de cette époque - et plus généralement des moeurs humaines. Ce tableau et ses personnages, ô miracle de la technique littéraire, se fondent dans une histoire commune qui elle-même s'engonce dans l'histoire avec la majuscule dont ils rendent un aspect particulier en retour d'une épaisseur rare. Déja impressionné, le lecteur découvre aussi que les personnages du roman, leurs idées et leurs trajectoires peuvent être mis en relation avec les portraits des personnalités célebres de cette époque qui émaillent le livre.

    La mécanique est implacable, le génie présent. Je ne ressens même pas la nécessité de dire qu'il y a à l'interieur de cette création, l'amour, l'amitié, la haine, la rivalité, la grandeur, la décadence, la bassesse, la réussite, la misère, l'ambition et tous ces grands mots présents en minuscules dans nos existences et qui nous font palpiter. A la fin de ces louanges que j'assume pleinement, je ne peux que me demander comment a t-on pu laisser tomber un silence relatif (en France) sur une oeuvre d'une telle ampleur, d'une telle créativité et inventivité ? Chaque fois que je parle de U.S.A, je pousse un cri qui est une invitation à gravir cette montagne, une fois au sommet, le paysage, les idées et les sentiments n'ont que peu d'egaux.

    Magistral.

  • Un guide aveugle et fou - Ahmed Dich

    guide aveugle et fou.jpgC’est l’histoire d’un jeune maghrébin qui vit en France et qui décide de devenir écrivain envers et contre tout. Je vous laisse imaginer la montagne de difficultés que cela peut représenter. Seulement, obsédé par son désir de réussir son rêve, Ahmed Dich ne lâche rien et accepte d'aller de galère en galère. Il raconte la misère du quotidien de l'apprenti écrivain qu'il est, les petits boulots pour vivre, les anecdotes - celle avec Lucchini vaut son pesant de cacahuètes - pour percer dans un milieu difficile et hostile.

    Le guide aveugle et fou du titre, c'est l'écriture, la littérature, qui conduit l'existence d'Ahmed Dich. Ce livre est un témoignage brut qui possède une force d'attraction étonnante. Il y a une telle fraîcheur de ton, une telle naïveté ou innocence - comme vous voulez - dans la foi en l'écriture et en l'amour que c'en est vraiment touchant. Ahmed Dich apparaît dans son récit comme un personnage entier, habité par sa vocation et entraîné dans une série d'aventures qui font d'un guide aveugle et fou, aussi un roman d'apprentissage.

    Un apprentissage douloureux qui connaît son paroxysme au moment où la passion amoureuse d'Ahmed Dich pour Jenny, celle qu'il considère comme la femme de sa vie, se heurte d'une certaine façon à sa vocation. Tout lâcher, tout abandonner, tout subir pour ce guide aveugle et fou qu’est la littérature ? Jusqu'à sacrifier Jenny, l'amour, la vie normale ? Un guide aveugle et fou est plus qu'un banal récit de galères et d’ambition. Un livre simple, sincère et brut, vibrant de passion pour l'écriture.

  • Tante Julia et le scribouillard - Mario Vargas Llosa

    tante julia.jpgTante julia est une jeune divorcée, la mi-trentaine, qui revient au pérou pour se trouver un mari après des années en Bolivie. Peut-elle imaginer que ce sera le jeune Varguitas, son neveu par alliance de 18 ans, qui ne gagne même pas encore sa vie et rêve de devenir écrivain ? Rien, rien ne résiste à cet amour fou qui nait progressivement puis explose en faisant fi des conventions, des différences d'âge, de personnalités, de centres d'interêt, des difficultés financières et des pressions sociales et familiales. Ce n'est pas seulement beau et pur comme un roman à l'eau de rose, c'est fort, intelligent et subtil comme un petit chef d'oeuvre.

    Mario Vargas Llosa se joue des clichés avec cette histoire d'amour impossible qui croît dans le secret, puis contre les difficultés, les oppositions, avant de fleurir dans une escapade folle de rebondissements, des péripéties qui la consacrent et clament une victoire du romanesque, de l'épique sur l'attendu, le préjugé, la fade normalité. Autour de ces deux tourtereaux gravitent des personnages consistants qui les aident à faire survivre leur amour mais qui donnent aussi une couleur très locale au roman.

    Le roman se contenterait de tout ça qu'il serait bon, mais il est excellent parce que Mario Vargas Llosa fait de Varguitas, un ambitieux de l'écriture. Il peut ainsi aborder les thèmes chers à tout écrivain: la vocation, la peur de l'echec, la vie d'artiste et ses mille misères financières et la reconnaissance arttistique. Surtout, il arrive à mettre en contact Varguitas et son ambition de l'écriture avec un personnage unique: Pedro Camacho, auteur de génie de feuilletons radios qui enchantaient l'amerique latine de cette époque. Pedro Camacho est en quelque sorte une caricature de l'ambition littéraire totale, absolue, de la postérité, de la pérennité de l'oeuvre et du succès. Il permet de poser certaines questions sur l'art et l'écriture et de jouer d'une certaine opposition avec Varguitas.

    Mario Vargas Llosa devient tout simplement brillant lorsque tout au long du roman, il décide d'intercaler des chapitres qui sont des exemples de ces feuilletons radios typiques d'amerique du sud et qui sont écrits par Pedro Camacho. Mario Vargas Llosa les parodie un peu tout en soulignant l'importance du phénomène. La fin de l'auteur Pedro Camacho et la lente désagrégation de ses feuilletons au fur et à mesure des chapitres est un pic d'inventivité et une métaphore sur la mort, la valeur d'une oeuvre, la vie d'un artiste, l'obsession d'un certain absolu. Que dire de plus de cette oeuvre qui très vite nous emporte sur ses longues phrases souples ? Que c'est un miracle de narration dans lequel la langue riche et habile ondule, oscille entre la suggestion, la légèreté et l'exagération, l'emphase pour notre plus grand plaisir.

    Brillant.