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écriture - Page 6

  • Tante Julia et le scribouillard - Mario Vargas Llosa

    tante julia.jpgTante julia est une jeune divorcée, la mi-trentaine, qui revient au pérou pour se trouver un mari après des années en Bolivie. Peut-elle imaginer que ce sera le jeune Varguitas, son neveu par alliance de 18 ans, qui ne gagne même pas encore sa vie et rêve de devenir écrivain ? Rien, rien ne résiste à cet amour fou qui nait progressivement puis explose en faisant fi des conventions, des différences d'âge, de personnalités, de centres d'interêt, des difficultés financières et des pressions sociales et familiales. Ce n'est pas seulement beau et pur comme un roman à l'eau de rose, c'est fort, intelligent et subtil comme un petit chef d'oeuvre.

    Mario Vargas Llosa se joue des clichés avec cette histoire d'amour impossible qui croît dans le secret, puis contre les difficultés, les oppositions, avant de fleurir dans une escapade folle de rebondissements, des péripéties qui la consacrent et clament une victoire du romanesque, de l'épique sur l'attendu, le préjugé, la fade normalité. Autour de ces deux tourtereaux gravitent des personnages consistants qui les aident à faire survivre leur amour mais qui donnent aussi une couleur très locale au roman.

    Le roman se contenterait de tout ça qu'il serait bon, mais il est excellent parce que Mario Vargas Llosa fait de Varguitas, un ambitieux de l'écriture. Il peut ainsi aborder les thèmes chers à tout écrivain: la vocation, la peur de l'echec, la vie d'artiste et ses mille misères financières et la reconnaissance arttistique. Surtout, il arrive à mettre en contact Varguitas et son ambition de l'écriture avec un personnage unique: Pedro Camacho, auteur de génie de feuilletons radios qui enchantaient l'amerique latine de cette époque. Pedro Camacho est en quelque sorte une caricature de l'ambition littéraire totale, absolue, de la postérité, de la pérennité de l'oeuvre et du succès. Il permet de poser certaines questions sur l'art et l'écriture et de jouer d'une certaine opposition avec Varguitas.

    Mario Vargas Llosa devient tout simplement brillant lorsque tout au long du roman, il décide d'intercaler des chapitres qui sont des exemples de ces feuilletons radios typiques d'amerique du sud et qui sont écrits par Pedro Camacho. Mario Vargas Llosa les parodie un peu tout en soulignant l'importance du phénomène. La fin de l'auteur Pedro Camacho et la lente désagrégation de ses feuilletons au fur et à mesure des chapitres est un pic d'inventivité et une métaphore sur la mort, la valeur d'une oeuvre, la vie d'un artiste, l'obsession d'un certain absolu. Que dire de plus de cette oeuvre qui très vite nous emporte sur ses longues phrases souples ? Que c'est un miracle de narration dans lequel la langue riche et habile ondule, oscille entre la suggestion, la légèreté et l'exagération, l'emphase pour notre plus grand plaisir.

    Brillant.

  • Mrs Dalloway - Virginia Woolf

    mrs dalloway.jpgUne petite révolution dans la littérature. Pourtant rien de bouleversant dans le contenu de prime abord. Le livre raconte la journée de Mrs Dalloway qui file vers la réception qu’elle organise. Alors pourquoi a t-on peur de Virginia Woolf ? Parce que la forme est unique. Un mode de narration inédit, intéressant, mais très difficile à décrire et à appréhender. C’est un flux sensible de pensées et de sensations qui passe de manière ininterrompue, fluide, d’une conscience à une autre. On avance ainsi dans un magma de personnages qui dégagent leurs pensées, leurs visions, leurs impressions du monde, des autres, dans une ambiance poétique, aigre-douce. Le lecteur est au cœur des pensées, des réflexions, des envies, des doutes ou des souvenirs des personnages que croise Mrs Dalloway. Le livre traite donc ainsi de l’âge, de la société, de la modernité, de la guerre, de la mort, de la folie, et expose les mois  avec finesse, nuance grâce à une langue sensible. Et puis, il y a ce portrait de femme, Mrs Dalloway. A lire.

  • Mao II - Don DeLillo

    mao II.jpgUne œuvre à part. L’empreinte de la foule et de la solitude sur nos existences à notre époque. D'un côté, à l’ère de la surpopulation, les masses omniprésentes, pauvres, anonymes, perdues, indistinctes, grégaires, manipulées. Et de l’autre côté, la solitude extrême de l’écrivain Bill Gray avec son œuvre, la solitude aussi des autres personnages, Scott, Karen et Brita. Solitude présente au sein même des masses et masses qui s'invitent partout, tout le temps. Il y a t-il aujourd’hui une alternative à ces deux extrêmes ?

    Don DeLillo explore cette question à sa façon, obsessionnelle, intime. Il y a toujours de l’errance autour de ses personnages, en quête d’on ne sait quoi, en bute à la modernité, à l’époque. L’histoire et ses grands sabots est elle aussi omniprésente. L’histoire et les masses. Le livre de Don De Lillo est de ceux qui interpellent. Parce qu’il affronte son époque, pousse le lecteur à la réflexion. Parce qu’il est puissant d’une écriture tendue, acérée, au cœur de son temps. Parce qu’il est bizarre aussi, long par moments, un peu fou aussi.

    J’ai plutôt aimé.