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écriture - Page 7

  • Lila, Lila - Martin Suter

    lila lila.jpgQue peut-il arriver d'extraordinaire à David Kern, serveur de 23 ans qui travaille dans un bar branché ? Acheter un vieux meuble chez un brocanteur et tomber amoureux de Marie, une cliente qui lui semble inaccessible. En effet, dans l'un des tiroirs du meuble, se trouve un manuscrit écrit par un homme qui a décidé de se suicider. David y voit seulement l'occasion de briller devant Marie et se fait passer pour l'auteur. Mais voilà que la machine s'emballe. Le livre est un chef d'oeuvre et rapidement il se retrouve comblé au-delà de toutes ses attentes. Le succès littéraire et Marie sont à lui.

    Martin Suter aborde un de ses thèmes favoris, l'identité, à partir de cette imposture. Qui sommes nous vraiment, jusqu'à quel point nos actes se confondent avec, définisssent ou trahissent ce que nous sommes, pouvons nous être totalement autres, qui voulons nous être ou paraître ? Quels sont les motifs profonds de mes actes ? Le mensonge initial de David Kern ouvre un abîme  sous ses pieds et fatalement, il se trouve confronté à toutes ces questions. Il est bien facile d'épouser le mensonge et de finir par le prendre pour la réalité mais le voile peut se déchirer à tout moment.

    Comment David Kern va t-il s'en sortir pour préserver ce qu'il a si miraculeusement acquis ? Là est le suspens sans cesse ménagé et renouvellé par Martin Suter qui possède un réel savoir faire en la matière. Il arrive à déguiser ses romans sous les oripeaux du polar. Il place des coups surprenants, déjouant les attentes du lecteur, aggripant ce dernier dans une certaine tension psychologique. Voici ainsi apparaître un clochard alcoolique qui prend assez aisément le contrôle de David Kern. Qui est-il, que veut-il, vers quoi pousse t-il le jeune homme, quelle place pour lui dans l'univers du jeune auteur ? 

    Car David Kern est piégé par le succès littéraire qui n'était pas forcément prévu dans son programme. Il est maintenant embarqué dans le milieu littéraire dont Martin Suter livre une description pas forcément très reluisante. Ses charges à peine voilées contre la société Suisse font place à un regard critique sur la cuisine des livres, les mécanismes, les luttes qui régissent ce milieu atypique. C'est piquant et moqueur envers les éditeurs, les auteurs, les libraires et même le public.

    Lila, Lila est un livre qui dépasse la simple critique du monde littéraire et les thèmes classiques autour de l'identité de Martin Suter. Si c'est le meilleur roman de Martin Suter, c'est parce qu'il arrive en plus à écrire une histoire d'amour forte en évitant l'affligeante banalité, l'eau de rose et les clichés. Il faut garder à l'esprit durant toute la lecture que David Kern fait tout ça pour Marie. Et se rendre compte du mélange explosif fait par l'auteur entre amour et imposture. De qui l'on tombe vraiment amoureux ? Qu'est ce qu'on aime chez l'autre ? Quel autre dans la mesure où le jeu de séduction implique un jeu subtil et dangereux de masques ?

    Il y a quelque chose de profond et de juste, de douloureusement lucide aussi dans les pages sur les interrogations de David Kern au sujet de ce qu'il vit avec Marie. L'aime-t-elle vraiment pour ce qu'il est ou pour tout ce qui lui est tombé dessus avec ce manuscrit ? Très bon livre.

     

     

  • Les testaments trahis - Milan Kundera

    TT.jpgA chaque fois que Milan Kundera livre un essai, c'est tout un art du roman, une vision de la littérature qui est exposée. Et c'est peu de dire qu'elle est exigeante. Milan Kundera trace avec une certaine raideur, un ton péremptoire qui peuvent en agacer quelques-uns, le canevas du roman dans ce qu'il a de spécifique, d'unique, depuis Rabelais. C'est cette aptitude au comique, à la liberté pour déchirer le voile du réel et explorer toutes ses possibilités. Ce cheminement en compagnie de l'auteur tchèque nous mènent vers des combats dont il est coutmier.

    Il faut lire Milan Kundera sur la traduction littéraire pour peut-être saisir la profondeur de l'enjeu. Il faut le lire sur l'interprétation kitchissime qui est faite de certaines oeuvres, notamment celle de Kafka, et découvrir par là-même ses lectures enrichissantes de ces oeuvres. Dans chaque livre quelle que soit sa nature, Milan Kundera entre en empoignade violente avec la modernité, comme un aigri pourront dire quelques récalcitrants, comme un penseur à l'esprit perspicace et acéré oserai-je. Il suffit de se reporter aux passages sur la vie privée entre autres. Dans les testaments trahis, Milan Kundera s'attarde plus que de coutume sur la liberté de tout auteur par rapport à son existence et son oeuvre qu'il offre en patûre à la postérité, au public, aux critiques, au monde. C'est cette thématique qui est au centre de l'ouvrage et qui sert de fil conducteur à l'ensemble des neufs chapitres. 

    Dans les testaments trahis Milan Kundera fait une large place à la musique, art dans lequel il n'est pas profane. Aussi faut-il entendre toutes ces problématiques dans un sens très large. Difficile de résumer la richesse de ces essais. On ne peut que signaler une fois de plus à quel point lire Milan Kundera est un challenge excitant pour les passionnés de littérature et de musique. Et ceci même s'il peut être irritant dans ses assertions à la hache, même si on peut refuter son approche de l'oeuvre de George Orwell, du rock etc.

    Stimulant.

  • Le rideau - Milan Kundera

    rideau.jpgMilan Kundera propose un véritable cours de littérature en sept parties. Avis aux amateurs, laissez-vous entraîner dans une leçon peu académique et peu orthodoxe. Le maître-mot ici est la passion de l’art du roman. Milan Kundera s’adresse à tous ceux qui ont la chose littéraire dans les viscères, ceux pour qui elle n’est pas un simple divertissement ou un passe-temps. Il les invite dans un cheminement personnel par lequel il leur fait découvrir sa lecture, des chefs d'oeuvre et de la nature de cet art particulier qu’est le roman.

    Il essaie de définir ce qu’est le roman, pourquoi il est si spécifique, dans la littérature d’abord et par rapport aux autres arts. Il veut comprendre le roman et l’introduit dans une perspective historique d’abord puis géographique ensuite. L’idée est de saisir les évolutions de cet art dont les buts peuvent se résumer au fait de chercher à aller dans l’âme des choses. Mais qui sont donc ces gens qui cherchent le sens dans la chose écrite ? Comment conçoivent-ils leur quête, leur travail, leur recherche? Il s’agit d’explorer toutes les problématiques, tous les enjeux face auxquels se trouvent l’art du roman et ceux qui le produisent. Quelles sont les menaces qui pèsent sur lui, ses faiblesses inhérentes, mais aussi ses potentienlaités infinies ?

    C’est une réflexion intelligente, érudite et pertinente qui ne néglige pas le plaisir de lecture, ni les références. C’est un appel à la découverte, à la connaissance et l’amour de cet art singulier qui se pare des oripeaux de la docte leçon. C’est aussi une façon de comprendre l’œuvre de cet auteur majeur qu’est Milan Kundera, de découvrir ses influences, de percevoir sa lecture, de l’histoire des arts, du son art et du monde moderne. La réflexion n’est jamais faible comme toujours et l’exigeance d’airain. On n’est pas obligé d’être en totale adhésion, seulement de reconnaître une réflexion vigoureuse et vivifiante qui ne saurait laisser indifférent le lecteur. Quand l’analyse et la compréhension de la littérature (du roman plus particulièrement) atteint le niveau de la littérature, force est de reconnaître le coup de maître.

    Pour aller plus loin, la critique (de Guy Scarpetta) parue dans le monde diplomatique:

    http://www.monde-diplomatique.fr/2005/04/SCARPETTA/12064