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écriture - Page 8

  • Le gène du doute - Nicos Panayatopoulos

    nicos.jpgDans un futur proche, le test zimmermann permet de déceler le gène de l'artiste et met ainsi fin à des siècles de doute. Finies, les hésitations! Grâce aux tests, les auteurs en puissance échappent aux démons intérieurs et aux éternels questionnements. Ils ont la confirmation scientifique de leur vocation et de leur talent. Ceci constitue une révolution qui ne fait pas que bouleverser les donnes économiques et sociales du milieu éditorial, littéraire, mais celles de l'art en général, de la condition d'artiste, de l'audience etc.

    A partir de cette géniale hypothèse de science-fiction, l'auteur grec déroule sous nos yeux un univers artistique effrayant, régi par la certitude. Les conséquences multiples et inattendues de cette nouvelle donne sont explorées à fond et utilisées comme ressorts efficaces pour dessiner une intrigue passionnante, intelligente et surtout un futur cauchemardesque pour ceux qui ont un rêve d'artiste. La réussite du livre est de mettre au coeur de son hypothèse un sujet ambitieux : le doute et l'artiste. Quand devient-on artiste? Comment? Quelle signification au succès ? à l'ignorance du public, au silence critique ? Comment déterminer la valeur réelle d'une oeuvre devant les innombrables subjectivités ? Et l'immortalité dans tout ça ? Pour qui écrit- on ? Pourquoi? Comment faire face à la remise en question de soi-même, du monde qu'impose l'art ? Comment gérer le doute placé au coeur même de la création ?

    Le livre s'intéresse à toutes ces questions en militant pour un doute salvateur. Son héros, James Wright, l'artiste moribond dont la confession constitue l'essentiel du livre, est un homme qui refuse de se soumettre au test zimmermann. Il entre en résistance devant ce nouveau despotisme et est confronté aux pires démons de la création ainsi qu'aux pires dérives du système né du test Zimmermann. Avec ce personnage, l'auteur dénonce donc les dérives de la littérature, du milieu littéraire, avec perspicacité. Tout ça est d'une lucidité attachante. Voici l'artiste cherchant à se comprendre, à se réaliser face à ce monstre redoutable, son meilleur allié et ennemi: le doute.

    Très bon.

  • La littérature sans estomac - Pierre Jourde

    litt sans est.jpgLa littérature à l’estomac, pamphlet littéraire en trois parties, est un véritable pavé jeté dans la mare bien trop tranquille et putride du petit monde littéraire français. L’avant propos est un véritable plaidoyer, brillant, contre les pratiques du milieu littéraire desquelles la littérature ne sort pas gagnante. Pierre Jourde est exhaustif, tout en étant concis et drôle. Il attaque sans pitié et avec justesse, l’absence de travail éditorial, la mollesse des critiques, le copinage permanent, la pléthore de parutions, l’échange de bons services, la dévalorisation de la valeur écrite, la récupération people du livre, l’utilisation du livre dans des stratégies d’image et de pouvoir, la fabrication de faux écrivains, l’éloge systématique etc à Saint germain des prés.

    Ces états généraux du livre laissent ensuite la place à une deuxième partie où Pierre Jourde se propose de faire le travail des critiques et de démolir quelques idoles littéraires contemporaines qui ne méritent pas leurs places au firmament où ils ont été placés. Son glaive s’abat donc sur Philippe Sollers le grand parrain du monde des livres, mais aussi –la liste est longue – sur Frédéric Beigbeder, Camille Laurens, Christine Angot, Jean-Philippe Toussaint ou encore Pascale Roze et j’en passe. Cet exercice jouissif pour les vrais amoureux de la littérature n’est pas de la pure méchanceté puisque Pierre Jourde s’attache à leurs textes pour en montrer la nullité. Il s’intéresse aussi bien au contenu qu’à la forme et montre comment le public est le dupe des marchands de livre qui n’ont plus rien à faire de la littérature.

    Dans la littérature à l’estomac, la critique parle style, narration, intrigue, personnages, et écriture. La moquerie, l’ironie, le sarcasme sont de rigueur pour vilipender les usurpateurs, et c’est un plaisir d’humour et d’érudition. Pierre Jourde profite de la critique de ces écrivains pour s’attaquer à certaines dérives de la littérature française contemporaine, que ce soit le nouveau roman rose déguisé façon Camille Laurens ou encore l’ennuyante écriture minimaliste centré sur le microscopique façon Philippe Delerm, l’égocentrisme asphyxiant d’un Eric Holder. Le lecteur n’est pas obligé d’adhérer aux goûts de Pierre Jourde, mais il est obligé de reconnaître son honnêteté intellectuelle et son travail au plus près du texte et la qualité de son style.

    La troisième partie du livre qui vient faire contrepoids aux deux première est pour Pierre Jourde l’occasion de ne pas seulement démolir et attaquer mais aussi défendre et promouvoir. C’est ainsi qu’il vante notamment les œuvres d’Eric Chevillard et le travail critique de Jean Pierre Richard. Il est juste dommage que cette partie soit la moins convaincante du livre. Il faut croire que le talent de constructeur de Pierre Jourde est inférieur à celui de destructeur. Il est moins brillant dans la promotion d’un auteur, un peu plus ennuyeux. Sa démonstration est moins claire même si son propos demeure toujours aussi ambitieux. La littérature à l’estomac se révèle au final un excellent pamphlet littéraire qui a le courage et le mérite de faire entendre une voix dissonante dans le microcosme germanopratin. Drôle, pertinent, et salutaire. Pour ceux qui en ont marre du succès des mauvais écrivains !!!

  • L'imposture des mots - Yasmina Khadra

    arton1137.jpgC'est le genre de livre difficile à classer, notamment dans l’œuvre d'un romancier. Yasmina Khadra prend la plume pour raconter une période de sa vie. Il prend sa retraite de militaire en Algérie et décide de s'installer en France pour se consacrer à la littérature, maintenant qu'il a tombé le masque. Il est plus facile d'apprécier ce livre quand on est un fan de l'auteur, un connaisseur pas seulement de son œuvre, mais aussi de sa vie.

    Il faut aussi s'intéresser au milieu littéraire ou écrire un peu soi-même. Car dans ce livre, Yasmina Khadra nous parle de sa vocation d'écrivain, de sa difficulté en raison de son ambition mais aussi de son passé. Il est attaqué en raison de son passé de militaire et de ses prises de position en faveur de l'armée algérienne. C'est un auteur en proie au doute devant ses choix de vie, son œuvre en construction. Il affronte ses propres personnages, se débat avec son double, face à la critique et aux coups bas de ce milieu littéraire parisien. Il fait aussi de belles rencontres, essaie d'accompagner sa famille dans une période difficile.

    Je doute vraiment de l'intérêt de cet ouvrage malgré son éclairage sur Yasmina Khadra, cette période décisive pour lui et sa création. Il y a un côté limité pour le lecteur qui ne le connait pas et parfois même simplement un côté gênant. Bien que policé, il ressort du livre un côté mise au point sur la vérité, petits règlements de compte avec le milieu littéraire parisien qui s'ajoute à un portrait trop propre, trop beau de la propre personne de l'écrivain. Ce n'est pas trop mon goût même s'il y a bien sûr des éclair. Cet ouvrage était-il vraiment nécessaire M. Khadra?