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adolescence - Page 4

  • La vie de ma mère - Thierry Jonquet

    la vie de ma mère.jpgPeut-on écrire comme l’on parle ? Voilà une question idiote qui a pourtant souvent été l’objet de polémiques littéraires. La réponse devient évidente après la lecture du livre de Thierry Jonquet. Oui, on peut écrire avec talent comme on parle, et en faire l’une des forces principales de son ouvrage. Une grande partie de la vitalité, du sel, du mordant du livre vient du phrasé parlé du personnage principal, jeune adolescent de la banlieue parisienne qui raconte son histoire.

    La manière dont Thierry Jonquet s’empare de la langue de banlieue, de ses expressions, de ses tournures est impressionnante. C’est plus qu’un artifice ou une performance. Il ne s’agit pas seulement ici pour l’écrivain de rentrer dans la peau d’un adolescent français de banlieue parisienne. La langue est un puissant vecteur de crédibilité et surtout la porte d’entrée vers l’univers mental de ces jeunes qu’on qualifie désormais assez rapidement de sauvageons et leur univers déglingué, parallèle au nôtre, tellement loin alors qu’il est géographiquement si proche. Le héros du livre raconte son histoire avec verve et narre ses péripéties avec sincérité, alternant le rire et le plaisir du lecteur avec la consternation et le tragique.

    Incognito, bien avant d’autres, Thierry Jonquet nous parle d’un monde malade, il nous décrit un univers plutôt glauque, noir et difficile dans lequel la vie avance tant bien que mal. En nous faisant rire, en nous secouant parfois les tripes, il pointe ce que nous ne pouvions pas voir mais qui se pointait à toute vitesse : la montée de la délinquance, de la violence, encore plus chez les mineurs, la percée de l’islamisme, le communautarisme latent, l’échec de l’école, etc. Ce livre est d’autant plus appréciable que cette aventure dans la banlieue est aussi un apprentissage de la vie, des sentiments avec cet adolescent attachant qu’est le héros. Peu importe si l’on devine rapidement le dénouement, impossible de bouder son petit plaisir. Vivant et réussi.

  • Etre sans destin - Imre Kertesz

    Recto_etre_sans_destin.jpgL’expérience du camp de concentration vécue par Imre Kertesz diffère de celle de Primo Levi, pas seulement en raison de parcours ou péripéties différents mais aussi en raison du ton et de l’objectif du livre. Avec Être sans destin, on suit Imre Kertesz depuis la déportation de son père au service du travail obligatoire, puis la sienne, jusqu’à la libération de Buchenwald. Une année durant laquelle il va passer dans différents camps, Auschwitz, Buchenwald et Zeits.

    L’intérêt de ce livre tient à la narration qui reproduit la pensée, la façon d’être d’un jeune homme de quinze ans, une espèce de naïveté, d’insouciance qui se mêle à un détachement, cet état d'esprit que l’on a uniquement à l’adolescence au moment des grands changements, ddu passage à l'âge adulte. L’expérience de la déportation s’inscrit dans une focale un peu plus large qui en fait un iconoclaste roman d’apprentissage - en milieu extrêmement hostile...

    Imre Kertesz ne tient pas impérativement à expliquer ou à décrire la souffrance dans les camps, ce n’est pas son objectif même si c'est une expérience incontournable. Il n'est ainsi pas vraiment prolixe sur la vie dans les camps. Il veut éviter la sentimentalité. Ce qui lui importe, c’est d’insérer de la normalité dans l'entreprise des camps pour essayer de montrer – comme il le fait à la fin du livre au journaliste – que la normalité, peut prendre place dans le camp. C’est juste un autre monde avec d’autres règles à intégrer. Un monde qu’il refuse d’oublier, de sublimer, juste considéré à sa vraie valeur, comme l’expérience la plus formatrice pour lui. Un monde qui fait de la déshumanisation une règle, savamment mise en œuvre.

    On peut avoir la sensation qu'être sans destin est moins dense et moins fort que d'autres livres sur le même thème. C'est surtout qu'il est différent.

    Intéressant.

  • Bonjour tristesse - Françoise Sagan

    bonjour%20tristesse.jpgJe me suis enfin décidé à lire bonjour tristesse après moult tergiversations et je comprends désormais le succès jamais démenti de ce livre. Il y a quelque chose de frais, de jeune dans la façon dont l'auteur écrit, quelque chose qui nous dit immédiatement l'adolescence, la vitalité, la légèreté. Surtout, il y a le charmant petit monstre derrière le livre et dans le personnage principal - selon la formule consacrée de François Mauriac.

    Cécile, la jeune héroïne restitue parfaitement cette période de l'adolescence pleine de doutes, ce moment où l'on prend conscience de soi, de la vie. Sauf qu'elle y ajoute encore plus d'évanescence, d'égoïsme et une cruauté presqu'involontaire due au fait qu'elle voit menacé d'effondrement, un univers qui lui apparait comme sa seule bouée de sauvetage dans cette période folle de l'existence. En effet, elle vit avec son père une relation fusionnelle et festive que vient modifier une dame qu'elle admire par ailleurs. Cette amie de la famille représente un modèle de personnalité bourgeoise de cette époque que Cécile veut exploser par peur. Elle veut échapper à toute contrainte et mener une vie insouciante, folle, légère - propre à rendre fous les personnages de François Mauriac...Toute cette rage de vivre, de se libérer va culminer dans un évènement tragique, laissant derrière elle, des volutes de mélancolie, de nostalgie.

    Le temps qui passe, la tempête qui s'éteint dans le cœur, l'âge adulte qui pointe. Françoise Sagan dynamite les mœurs dominantes de son époque - années cinquante - et sa morale bourgeoise du labeur, de la vie tranquille et maritale, de l'éducation sévère et tout un toutim déjà en sursis avec dans son horizon proche, le cataclysme de mai 68. Le souffle de l'auteur et de son personnage apportent aussi un peu du vent, de l'ambiance et du décor estivaux pour parachever un ouvrage sympathique.

    Facile et plaisant.