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adultère - Page 2

  • Sukkwann Island – David Vann

    vann.jpgPrix Médicis étranger, prix des lecteurs de l’Express, prix de la maison du livre de Rodez et mille éloges, Sukkwan Island a fait cet automne un petit boucan qui a fini par me titiller les oreilles. Qu’y a-t-il donc dans le livre de David Vann ? L’histoire de Jim, un homme brisé, qui décide de se ressourcer, de se donner une nouvelle chance en s’exilant un an sur une île perdue quelque part en Alaska. Il n’y aura que lui, son fils Roy, qui a accepté à contre cœur de le suivre,  ses démons et mère nature.

    La première partie du livre permet de comprendre pourquoi Sukkwann Island a été édité chez Gallmeister et pourquoi il est classé dans la catégorie Nature Writing. Pour l’essentiel, il s’agit de suivre les péripéties de Jim et de Roy en pleine Robinsonnade. Où l’on découvre que cette folle aventure a été un peu mal préparée, et que surtout Jim n’est pas vraiment au point sur pas mal de choses pour la survie du duo. Et alors ? Rien de bien folichon à ce stade, Sukkwann Island suit son rythme. Les aventures plutôt foireuses s’enchaînent pour le duo et progressivement on découvre le mal être de Jim. C’est un homme à femmes qui a raté ses 2 mariages et qui s’accroche désespérément à Rhoda, la dernière femme de sa vie à qui il a fait subir ses infidélités.

    C’est la partie la plus intéressante du livre mais elle souffre d’un manque de réflexion et d’analyse. Finalement on reste à la lisière de ce qui tourmente tant Jim et jusqu’à la fin du livre on n’ira pas plus loin. Certes dans cette première partie, on est plutôt placés du côté de Roy, mais le livre pêche aussi sur la profondeur psychologique de l’adolescent. On manque l’occasion d’épaissir leurs histoires, d’avoir une essence plus forte qui densifierait la suite du livre et apporterait plus de matière à un évènement bouleversant qui se trouve à la charnière des deux parties du livre. On s’attarde surtout en fait sur les détails de la survie du duo sans que cela soit passionnant non plus ou empreint de cette force sauvage et de la pensée naturiste de certains romans classés dans cette catégorie de nature writing.

    La vérité est que j’ai surtout été déçu par la deuxième partie du livre qui accentue mon impression d’inaboutissement. Quand commence la deuxième partie, tout dérape. Je n’en dis pas plus pour le suspens et la surprise assez brutale au cœur du livre. La narration est du côté de Jim et on s’embarque avec lui dans un moment de folie qui dure. A ce moment là, David Vann trempe sa plume dans le glauque. Le début de la deuxième partie du livre n’est pas tant dur, noir que glauque et parfois faux. On est sûr que David Vann tient quelque chose, mais il n’arrive pas vraiment à le saisir ou à le faire ressentir. Pourtant, Sukkwann Island devient un cauchemar qui se prolonge dans ce qui était la vie de Jim bien avant son projet un peu fou.

    Le livre s’étire avec un peu de maladresse vers sa fin. Il y a des passages ratés comme la rencontre avec son ancienne femme, ceux à Ketchikan, malgré des accents de détresse et de perte qui peuvent toucher, des potentialités qui laissent un vrai goût de déception. Le dénouement est un peu prévisible et à la limite de la facilité et clôt un livre finalement quelconque, pour ne pas dire raté.

    Bof, bof...

  • Le fusil de chasse – Yasushi Inoué

    9782253059011-G.JPGLe narrateur a écrit un poème pour la revue de chasse d’un de ses amis d’enfance qu’il a retrouvé. Une œuvre qu’il juge après parution, peu appropriée pour les lecteurs de la revue. Au lieu de recevoir les lettres de protestation auxquelles il s’attend, il est surtout contacté par un homme qui dit être celui que décrit le poème. Il fait suivre au narrateur dans la foulée 3 lettres qui expliquent une histoire singulière. A l’image de son introduction, le livre de Yasushi Inoué est sobre, mystérieux. La tragédie est omniprésente dans un climat empreint d’une force mélancolique intense.  

    Le fusil de chasse parle de l’amour, de la trahison, du chagrin avec beaucoup d’originalité, à travers ces 3 lettres. La première vient de Shoko, la fille de la cousine de la femme du chasseur. Cette jeune fille a découvert que sa mère était l’amant du chasseur à la lecture des carnets intimes de cette dernière. Elle développe un point de vue moral et sévère sur l’amour, le mariage et la confiance. Elle est profondément peinée, touchée de ce qu'elle découvre. La deuxième lettre provient de Midori, la femme du chasseur. Contrairement à ce que croit Shoko, cette dernière a découvert assez tôt la liaison de son mari avec sa cousine. Sa lettre parle de chute et de perte, de solitude, de vengeance, de sa tentative pour réagir de manière appropriée à la blessure que constitue la relation adultère de son mari. D’une certaine façon, Midori n’arrive jamais à se remettre de cette blessure et cherche jusqu’au bout, la conduite idéale à tenir, le positionnement adéquat. La dernière lettre vient de Saïko, l’amante du chasseur, la mère de Shoko et la cousine de Midori, qui est donc mourante. Elle dit dans cette lettre testament, le bonheur qu’a été son aventure avec le chasseur. Bonheur entaché durant des années par la torture du péché de cette relation. Elle explique la révélation sur sa propre personne, son propre vécu alors qu'approche sa fin.

    Yasushi Inoue fait preuve d’une grande maîtrise avec ce roman épistolier. Sa construction originale permet d’établir un jeu complexe de miroirs et de destins articulés autour de moments pivots. Comme des signes qui marquent autant les personnages que le lecteur, ouvrant à chaque fois un abîme dont on ne fait qu’entrevoir la profondeur. Lorsqu'un soir le chasseur tient en joue, au bout de son fusil, sa femme Midori. Lorsque Saïko a devant elle le spectacle de ce bateau qui brûle alors qu’elle souhaite mettre fin à sa relation avec le chasseur. Lorsque Midori dit à Saïko qu’elle est au courant de sa liaison avec son mari, reconnaissant le châle que cette dernière portait le jour où elle les a surpris pour la première fois.

    Il n’y a pas de lyrisme débordant dans le fusil de chasse, pas de dramaturgie tape à l’œil et pourtant il est impossible de ne pas être saisi par le tourbillon de ce ménage à trois. La violence des sentiments est maîtrisée et contenue dans le cadre feutré du roman, dans l’élégance économe et racée du style de Yasushi Inoue. 3 femmes, un homme et une histoire finalement cruelle pour tous les protagonistes. Encore que, on a le point de vue des 3 femmes et celui du chasseur, Yosuke ? Et bien, il est dans le poème écrit par Yasushi Inoue qu’il faut relire. Aimer ou être aimé se demande aussi Saïko dans sa lettre ? Et que reste t-il à la fin écrit Yasushi Inoué dans son livre ?

    Il faut lire entre les lignes, laisser chaque phrase, chaque situation distiller son essence pour apprécier au mieux le fusil de chasse qui est un livre très singulier. Il s’inscrit alors durablement dans la mémoire du lecteur. Dense, mystérieux, original dans sa construction. Une pépite. Prix Akutagawa 1950.

  • Un cœur de trop - Brina Svit

    svit.jpgUn coeur de trop est-il une simple histoire d’adultère comme les autres ainsi que le pourrait laisser deviner le titre ? Non. Un cœur de trop est un récit un peu plus fort qu'une banale bluette ou une autofiction fadasse à l'eau de rose, loin des platitudes incolores germanopratines.

    Lorsque le père de Lila Server meurt, il lui lègue une maison près du lac de Bled en Slovénie, son pays d'origine et un manuscrit: un coeur de trop. Alors qu'elle n'est censée effectuer qu'un bref voyage de funérailles, Lila va rester plus longtemps que prévu en Slovénie car s’y cache une histoire plus forte qui va l’attirer de nouveau vers son pays, vers son passé. Dans le legs de son père se trouve effectivement une vérité difficile mais en même temps un souffle de vie plus fort. Elle redécouvre son père et réveille en elle l'élan de la passion qui avec énergie et force l'éloigne de la vie parisienne rangée qui l'attend auprès de Pierre son mari et de ses enfants.

    Avec intelligence, Brina Svit établit un parallèle entre l'histoire du manuscrit du père de Lila et la vie de cette dernière. Elle évoque le mystère des aventures, le désir de vivre, de ressentir l’inconnu, à travers un récit plein d’allant, de rythme et de complicité avec le lecteur. Elle parle d'amour et d'amitié en creusant l'histoire entre Lila et son mari Pierre, qu'elle a arraché à une de ses amies vingt ans plus tôt.

    Un coeur de trop est également un récit sur le rapport à l’exil, à la double culture et au recul qui en résulte. Lila Server s'est détachée d'une culture qu'elle retrouve finalement dans des circonstances particulières. Partir, rester, à quoi s'accrocher, renouer, recommencer. Le questionnement sur sa relation à son pays, la Slovénie, est présent. Le style vivant, direct, ne cesse d’interpeller le lecteur. Un coeur de trop est une lecture simple et rythmée qui tire son épingle du jeu grâce à un certain exotisme et à la profondeur du personnage principal, sans oublier qu'un dénouement surprenant lui confère un intérêt supplémentaire.