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afrique - Page 4

  • Les africains, histoire d’un continent – John Iliffe

    9782081220591.jpgAvec cette somme, grande est l’ambition de John Iliffe qui se propose de jeter un regard en arrière sur l’histoire des africains et donc d’embrasser plusieurs millénaires dans une saga qui s’avère être une synthèse originale et un intéressant outil d’introduction et de vulgarisation.

    Le réel intérêt de cet ouvrage est de dessiner des permanences dans l’histoire africaine à partir de problématiques dont l’importance n’a pas toujours l’écho mérité lorsque l’on aborde l’histoire de l’Afrique. A ce titre, l’importance de la question démographique dans l’ouvrage est à relever. Pour John Iliffe, l’histoire de l’Afrique est en partie façonnée par une situation de sous peuplement qui prévaut quasiment jusqu’aux indépendances. La dynamique est la constitution de groupes, de sociétés et de cultures qui arrivent à relever le défi de la survie alimentaire dans un espace étiré et un environnement très hostile de surcroît (maladies endémiques, obstacles naturels). Il y a quelque chose d’ironique dans le fait que l’explosion démographique qui survient après les indépendances constitue une situation inverse et tout autant une entrave au développement du continent et un défi majeur à relever.

    John Iliffe offre donc une relecture thématique de l’histoire du continent. Les évènements historiques sont donc intégrés dans la description des processus de longs cours (mouvements migratoires, changements et transferts technologiques, transition démographique, etc.) qui ont façonné l’Afrique et apporté les réponses à ses problématiques. C’est sans doute là aussi, la principale faiblesse de l’ouvrage, notamment pour les personnes qui n’ont pas une connaissance minimale de l’histoire de l’Afrique. John Iliffe n’est pas centré sur les faits et les évènements et il est assez difficile pour les lecteurs d’arriver à reconstituer un récit évènementiel classique qui donnerait une visibilité plus claire à travers le temps et l’espace de l’histoire du continent. En peu de mots, on est parfois embrouillés et les repères sont parfois flous même si des évènements et des périodes majeures tels l’Egypte antique, les empires précoloniaux, la traite atlantique, la colonisation, l’apartheid, les indépendances, les plans d’ajustement structurel etc. sont bien entendus abordés.

    L’ouvrage de John Iliffe n’en demeure pas moins une porte d’entrée à conseiller à ceux que la trajectoire du continent intéresse. Cartes et frises chronologiques sont quand même recommandées en appoint.

  • La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique – Martin Page

    9782757821640.jpgFrance, Paris, mi-décembre, Fata Okoumi, riche femme d’affaires africaine de passage à Paris, reçoit sur le crane un coup de matraque d’un policier parce qu’elle se refuse à un contrôle d’identité. C’est donc cette bavure qui donne l’occasion au narrateur, Mathias, l’un des gratte-papiers du maire de la rencontrer. L’objectif : un discours repentant prononcé par le maire en son honneur. Seulement rien ne se passe comme prévu car Fata Okoumi émet le désir de faire disparaître Paris…

    Ceux qui connaissent Martin Page, révélé il y a une dizaine d’années avec comment je suis devenu stupide, retrouveront avec plaisir son écriture dans ce livre. On retrouve dès les premières pages cette fantaisie et cette douce folie qui font la singularité du style de cet écrivain. Il raconte à sa façon décalée et imagée une histoire qui comme le révèle le titre n’a rien de bien commun. La magie fonctionne donc dès les premières pages et il y a quelque chose d’assez rêveur dans le livre qui fait qu’on avance allègrement…avant de progressivement s’engluer dans les longueurs.         

    On pourrait passer outre ces moments ennuyeux, quand Martin Page traîne la plume, ronronnant dans une narration qui fait du surplace. Si ce n’est pas le cas, c’est parce que l’idée cachée derrière La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique n’est pas assez brillante, surprenante même si très allégorique. On l’attend bien trop longtemps pour se contenter de cet artifice même si le propos de Martin Page à la suite est bien plus intéressant. Il est d’autant plus regrettable que sa réflexion, sur ce qu’est Paris aujourd’hui, sur les mutations de cette ville, sur sa dimension fantasmagorique, ne surnage qu’au bout du roman et dans sa postface.

    En fait, la disparition de Paris et sa renaissance en Afrique n’arrive pas à donner assez de force aux thèmes qu’il traite. Le racisme ou encore la politique - notamment de la ville -, la réussite, l’amour ne bénéficient pas d’un traitement quelconque ou banal, bien au contraire - Fata Okoumi est ainsi une victime intéressante, tout comme l’est la relation de Mathias avec Dana par exemple- mais restent d’une certaine façon en retrait, faibles, par rapport à l’omniprésence du moi de Mathias.

    Il n’est pas sûr que ce soit le souhait de Martin Page mais le personnage de Mathias relègue tout le reste au second plan. C’est en cela que Martin Page est un écrivain. Il arrive à nous faire partager la difficulté d’être de son personnage qui est un peu anachronique, différent, un handicapé de la vie moderne. C’est aussi en cela qu’il rate son coup car Mathias est un peu l’alter ego des personnages de ses autres romans. Il y a pour ceux qui les connaissent une certaine répétition. Sans doute l’occasion d’écrire une œuvre singulière à partir de prémisses intéressants a-t-elle été aussi manquée à cause de cela.

    Décevant.

  • Le cœur des enfants léopards – Wilfried N’Sondé

    Wilfrid-N-Sonde-Le-coeur-des-enfants-leopards.jpgLe personnage au centre de ce livre est un jeune homme arrivé en bas âge du Congo et qui a grandi dans la banlieue parisienne. Quand commence le livre, il est en garde à vue, ivre, défoncé. Accusé d'un délit qui ne sera révélé que dans les dernières pages, il nie de toutes ses forces, subissant les assauts de violence verbale et physique de la police. Le décor est sombre, dégoûtant, entaché de toutes sortes de fluides corporels, les souvenirs du jeune homme s'en détachent pour raconter son histoire.

    Ce qui fait l'intérêt du cœur des enfants léopards, c'est la vigueur du style de Wilfried N'Sondé, la force avec laquelle il retranscrit la rage au ventre, le cri des entrailles de ce jeune homme frustré, livré aux douleurs physiques mais surtout mentales, celles du souvenir et de sa condition contre lesquelles il n'y a pas de cataplasme. Le récit semble presqu'écrit d'un trait, dans un souffle qui entraîne le lecteur. La musique de la narration est électrique passant d'un souvenir à l'autre avec de nombreux détours par la cellule de garde à vue. Il y a quelque chose de vivant et d'intense dans la langue de Wilfried N'Sondé qui est très imagée et arrive à porter la passion, la violence des sentiments décrits.

    Ce que raconte surtout le cœur des enfants léopards avec une certaine fraîcheur, c'est le premier amour et le terrible chagrin qui accompagne sa perte. Le personnage principal vient de perdre Mireille, celle qui a donc été son premier amour, mais qui est aussi son amie d'enfance, et son meilleur compagnon de jeu. Au milieu de la banlieue parisienne, ces deux adolescents ont mêlé leurs couleurs avec liberté et insouciance sans penser que leurs destins ou plus exactement leurs ambitions seraient inconciliables. C'est parfois beau, brûlant, naïf lorsque Wilfried N'Sondé chante le désir ou à l'inverse les douleurs, la séparation.

    Cette histoire prend place dans un contexte d'exil, de métissage, d'immigration, de chocs de cultures dans une banlieue française à la peine. Le personnage de Wilfried N'Sondé parle à ses aïeux, raconte l'Afrique qui est en lui, invoque des légendes et des souvenirs qui imprègnent le décor de la banlieue de son enfance. Entre mysticisme, anecdotes d'ailleurs, images fortes, il raconte la différence, le racisme, l'assimilation, la difficile mixité sociale et raciale quand on est un jeune issu de l'immigration et des banlieues en France.

    C'est souvent juste, mais parfois un peu convenu - cf. le portrait du policier idéaliste et de sa petite famille par exemple -, quelque fois rapide dans certains enchaînements - cf. la distance avec Mireille. Je pense également par exemple que le personnage de Drissa, meilleur ami du narrateur aurait gagné à être plus développé, présent car il donne un relief particulièrement brutal aux phénomènes d'acculturation, d'anomie et de violence de ces jeunes des banlieues. Peut-être aussi que les références à la culture originelle du narrateur méritaient plus d'étoffe.

    En tout cas le cœur des enfants léopards est un premier roman intense, séduisant par son écriture, touchant, et qui embrasse des problématiques intéressantes sans forcément être original.

    Bon.