Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

afrique - Page 8

  • Comment la France a-t-elle perdu l’Afrique ? - Antoine Glaser et Steven Smith

    steven smith.jpgLa question méritait d’être posée : comment la France a-t-elle pu perdre l’Afrique ? A travers ce livre, Antoine Glaser et Stephen Smith se livrent à une analyse critique de la politique africaine de la France depuis la fin de la seconde guerre mondiale et l’ère des indépendances jusqu’au 11/09/01. Il s’agit de décrypter les idées qui ont présidé à l’établissement de la Françafrique puis à sa déchéance.

    De l’intégration totale à l’empire français, on est passé à une libre association puis à une indépendance fumeuse qui étaient un assujettissement contrôlé et volontaire, puis à une interdépendance, à une subordination d’intérêts plus ou moins communs avant que n’émergent depuis peu les idées de retrait total qui résonnent si souvent dans les médias et celles d’indépendance réelle si souvent dans les rêves des Africains. Pour illustrer cette trajectoire qui va de la phagocytose au rejet quasi-mutuel, Stephen Smith et Antoine Glaser présentent une foule de faits historiques, de coups de force, de putschs, d’évènements politiques, économiques qui servent à faire émerger des hommes au pouvoir ou dans l’ombre. Le regard jeté sur la politique de la France en Afrique, sa logique, ses errances, ses erreurs et ses orientations est pertinent et didactique. Le livre suit un ordre chronologique clair qui le rend accessible et offre une continuité très utile pour comprendre l’évolution de la politique de la France et la mutation des enjeux qui la déterminent.

    Cependant, il faut préciser que le pullulement des histoires et des hommes nuit au livre. On survole parfois certains évènements sans les approfondir et permettre ainsi une réelle compréhension, un approfondissement alors que l’on s’étend sur les hommes, leurs parcours, leurs réseaux qui ne sont pas en définitive l’essentiel. Il en résulte parfois une impression d’empilement d’anecdotes qui est heureusement contrebalancé par la ligne et la direction du livre qui sont très claires. Comment la France a t-elle perdu l'Afrique est intéressant aussi dans la mesure où il ne se contente pas de parler des problèmes du passé mais trace aussi un tableau des difficultés à venir. Une fois encore, le livre est souvent dans le survol, mais c’est déjà un bon point. Il y a une autre chose qui est regrettable, c’est la force relative de la condamnation des bêtises de cette politique africaine de la France par les auteurs. Certes, nous ne sommes pas dans un pamphlet ou un livre à charge, mais les auteurs restent relativement cléments envers des gens qui s’avèrent être des criminels au vu de leurs actes et de leurs conséquences. Ce point est d’autant plus à signaler qu’en revanche Stephen Smith et Antoine Glaser ne sont pas spécialement tendres envers le continent noir et les africains. Il y a un pessimisme général que l’on peut comprendre sans s'en accommoder.

    Ce livre est surtout écrit pour ceux qui aimeraient avoir une première approche claire du sujet. S’il n’apporte pas fondamentalement de nouveautés au niveau des faits et des points de vue, il est un résumé de l’histoire de la politique africaine de la France. Je conseille néanmoins de se pencher sur le Françafrique de François-Xavier Verschave pour plus de polémique, d’agressivité, de profondeur et d’inédit.

  • Verre Cassé - Alain Mabanckou

    verre cassé.jpgVerre cassé est un client assidu du crédit a voyagé, une échoppe perdue quelque part au Congo. Depuis qu’il a parlé de Charles Bukowski à son ami et propriétaire des lieux, ce dernier lui a remis un cahier avec injonction d’écrire, persuadé de tenir en Verre Cassé, un émule congolais de ce vieux Hank.

    Ainsi donc débute ce livre qui se dévore d’une traite avec un plaisir constant. Affaire de style d’abord, car les superlatifs ne peuvent que s’enchaîner devant la crudité, l’originalité d’une langue foisonnante, créative. De néologismes en jeux de mots, en passant par de très nombreux clins d’œil à la littérature, à l’histoire et à un fonds culturel mondial commun (un peu trop ?), Alain Mabanckou crée une façon unique de dire dont les racines sont puisées dans le parler courant de la plupart des pays africains francophones. Il trouve souffle et puissance dans une narration rythmée, survitaminée et entortillée qui ne s’embarrasse pas de grand-chose, à commencer par la ponctuation.

    Le livre apparaît comme un chaos créateur qui livre d’abord toute une galerie de portraits avec des personnages truculents, hauts en couleurs qui débitent leurs histoires rocambolesques. Les anecdotes, plus amusantes les unes que les autres s’enchaînent dans une atmosphère exotique et étonnante créée par le conteur Verre Cassé. Les tribulations des habitués de ce bar iconoclaste dont la création et l’histoire sont aussi contées finissent par céder place à l’histoire personnelle du narrateur qui mélange le drame, la tragédie et le comique dans un pleurer-rire alors que pointent en arrière-plan quelques réflexions générale qui ne gâchent rien au plaisir de lire. Bien au contraire.

    Alain Mabanckou a réussi à créer un véritable personnage, une atmosphère, une langue, des histoires qui fonctionnent parfaitement ensemble, saluons son travail.

    Réussi.

  • Voici le dernier jour du monde - Gaston Paul Effa

    voici venu.jpgPourquoi a t-il fallu que Gaston Paul Effa se perde ainsi à la fin de son roman ? Pourquoi a t-il fallu qu’il choisisse ce faux retournement de situation, cette fausse surprise, ce moment pivot qui transforme son livre en une espèce de roman policier ou d’action raté et bidon ? Pourquoi a t-il fallu qu'il discrédite d'une certaine manière les thèmes qu'il a abordé durant les deux premiers tiers de son livre par cette pirouette un peu inutile ? Peut-être juste pour trouver une chute. Apprendre à finir titrait Laurent Mauvignier...

    Gaston Paul Effa gâche donc une impression plutôt favorable de prime abord. C’est vraiment dommage parce qu’on rentre très vite dans ce roman, emporté par son argument principal, son style. C’est parlé, tout étant travaillé, ciselé pour paraître naturel, facile, fluide. On est dans une oralité conquérante, une faconde plaisante, débordante. Une sorte de représentation d'une oralité africaine spécifique qui est un enjeu stylistique dont Ahmadou Kourouma n'a eu cesse de signaler la difficulté et l'intérêt - en même temps que l'influence de Céline.

    Ce style est une entré gourmande dans l’intrigue qui relate à travers Fabien, l’ami du narrateur, l'Afrique et ses maux interminables. Le retour au pays du narrateur marque le début de la déchéance de son ami. Une multitude de péripéties enchaînées avec verve pour dénoncer pêle-mêle - un peu trop légèrement ou à la va vite - la corruption, le népotisme, le militarisme, les enfants-soldats, la responsabilité et l’abandon de l’occident, le sida, la misère. On a parfois la sensation d'un manque d'approfondissement. On est plus dans le zapping, tout est frôlé, effleuré, rien ne reste, rien ne marque, rien n'est vraiment creusé. Comme si tout était emporté dans le phrasé. Un mauvais tour joué par la virtuosité stylistique ? Du coup, la sensation, de légèreté, de superficialité, emporte dans l'oubli, tous les thèmes et aussi l'histoire un peu rocambolesque.

    Raté. Dommage.