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amitié - Page 2

  • Art – Yasmina Reza

    Art reza.jpgAprès la grande déception que fut la lecture de trois autres pièces de théâtre de Yasmina Reza, je n’étais guère enthousiaste à l’idée de poursuivre l’exploration de l’œuvre de la dramaturge, fut ce avec Art qui est considéré par certains comme son chef d’œuvre. Pourtant, cette pièce s’avère en fin de compte plutôt meilleure que les autres sans pour autant modifier réellement l’opinion mitigée que j’ai de l’œuvre de l’auteur.

    Art, c’est l’histoire de trois amis qui s’écharpent et questionnent leur amitié et leurs personnalités respectives à cause de l’acquisition de l’un d’entre eux : une toile, entièrement blanche en apparence, achetée à 200 000 francs. Comment Serge a-t-il pu céder à la folie de cet achat ? Alors qu’Yvan se garde d’en penser grand-chose, Marc lui n’hésite pas à attaquer frontalement Serge sur l’indécence de son achat mais également sur sa valeur artistique même. Virulente, l’attaque de Marc blesse intimement Serge et les entraîne dans une joute verbale acerbe et violente qui emporte Yvan et ne les laisse pas indemnes. Voici venue l’heure pour chacun des trois amis de se juger et de se faire des reproches qui ne montrent que trop bien à quel point ils se connaissent et s’observent, se jugent.

    La querelle autour de la valeur de l’art contemporain n’est ici qu’un prétexte même si elle n’est pas anodine. Elle s’intègre parfaitement dans l’univers bourgeois qui est au centre de l’œuvre de Yasmina Reza. C’est un élément moteur de la pièce dont la puissance et l’intérêt restent néanmoins limités car la réflexion autour de l’art contemporain reste d’un niveau assez superficiel et n’est que secondaire.

    Le thème principal de la pièce reste surtout celui de l’amitié autour duquel l’auteur brode une série de questions : de quoi sont vraiment constituées nos amitiés ? Sur quoi tiennent-elles ? Quelles parts d’égoïsme, de manipulation intègrent-elles ? Quelle valeur sociale pour l’amitié ? Autant de questions et bien plus qui sont surtout traitées en mode mineur, sous le mode de la comédie, seulement corrosive par moments, avec une petite mécanique plutôt efficace par séquences mais globalement prévisible.  

    Vraiment pas de quoi crier au génie non plus.

    OK.

  • Amsterdam – Ian Mc Ewan

    ian_mcewan_amsterdam.jpgLa citation de W.H Auden, extraite de La croisée des chemins, en épigraphe d’Amsterdam dit l’essentiel du livre : « Les amis qui furent ici ensemble et s’étreignirent sont partis, chacun vers ses erreurs ». La mort de Molly Lane, critique et gastronomique et photographe qui fréquente la haute société Londonienne, est le point de départ de cette histoire centrée sur l’amitié et les valeurs morales. D’un côté, Clive Linley, musicien reconnu, en charge de composer une symphonie pour le millénaire, de l’autre Vernon Halliday, patron de presse, qui essaie de redresser un vénérable quotidien en train de prendre la poussière. Jusqu’à quoi sont prêts ces deux protagonistes pour arriver chacun à leurs fins ? Que sont-ils prêts à sacrifier sur l’autel de leurs ambitions personnelles ?
    Il est facile pour chacun d’entre nous de travestir nos pires actions avec les habits de la vertu pour garder la face alors que nous piétinons allègrement les valeurs morales que nous prétendons défendre. C’est ce que font Clive et Vernon, chacun sous le regard de l’autre. En fait, ils n’ont en tête que leurs carrières professionnelles et leurs prestiges personnels respectifs quand ils basculent, chacun à leur façon de l’autre côté de la morale. Place à la mesquinerie, à l’égoïsme, au cynisme et à la lâcheté, qui font que ces vieux amis en arrivent à s’interroger sur le sens de leur amitié et à ne plus se reconnaître au point de se dire : « nous savons si peu de choses les uns des autres. Tels des icebergs, nous ne donnons à voir que la surface, d’une apparente clarté à l’usage du monde, d’un moi dont l’essentiel reste immergé. »
    Comme souvent, Ian McEwan fait montre d’un réel sens de l’immersion, en nous plongeant complètement dans le quotidien professionnel de ses deux personnages. Les pages sur la musique avec Clive ont une certaine beauté et sont réussies, portant au passage une réflexion acide sur la création artistique. Celles sur la conduite de la rédaction d’un quotidien avec Vernon sont fouillées et révélatrices des problématiques actuelles du journalisme coincé par l’effritement des ventes et tenté par le spectaculaire et l’indécence au détriment d’un traitement de fond et de la qualité. L’auteur anglais permet ainsi aux questions éthiques auxquelles sont confrontés ses deux personnages de prendre plus de relief.
    Ian McEwan a un savoir-faire évident qui lui permet de mener habilement son intrigue qui monte crescendo vers une conclusion paroxystique. Il déshabille progressivement ses personnages avec intelligence, révélant leur côté obscur qui est l'enjeu central de son livre. Amsterdam pourrait ainsi être une totale réussite n'eut été la fin pour laquelle l'auteur anglais a opté. C'est vraiment dommage car ce dénouement, quoi qu’original, est un peu prévisible, trop scénarisé, voire grotesque. L'impression globale du livre souffre donc de sa dernière partie sans suspens et un peu longuette. Ce n’est néanmoins pas l’essentiel à retenir d'Amsterdam qui a d’autres qualités: une fluidité dans la narration, une écriture limpide et beaucoup d’ironie.

    Moins dense et abouti que Samedi ou Expiation.
    Booker Prize 1998.
    OK.

  • Rêves de garçons – Laura Kasischke

    reves-de-garcons-2561-250-400.jpgC’est l’été de ses dix-sept ans que raconte Kristy Sweetland. Celui qui a marqué la fin d’une époque pour elle, alors qu’à priori il n’avait rien de singulier. Quelque part dans le Midwest américain, elle a séjourné en compagnie de sa meilleure amie dans un camp de vacances pour effectuer un stage de perfectionnement de pom-pom girls. Au menu, vie de groupe encadrée, exercices et grosse chaleur dans un paysage de lacs et arbres forestiers. Et puis surtout une escapade en voiture au cours de laquelle Kristy, Desiree sa meilleure amie et Kristi une autre pom pom girl rencontrée sur place, vont croiser la voiture de deux jeunes hommes.

    Incipit du roman, cette rencontre fortuite entre ces jeunes filles et ces jeunes hommes sert de filigrane jusqu’au dénouement. Qui sont ces deux jeunes hommes qui ont suivi les trois filles qui les ont finalement semés ? Se peut-il qu’ils les aient retrouvées et qu’ils traînent maintenant autour du camp ? Qu’attendent-ils alors au juste ? Quels sont leurs plans ? Se peut-il que les puériles provocations sexuelles des filles lors de cette rencontre leur aient donné des idées ? L’ombre de ces deux jeunes hommes, potentiels agresseurs et poursuivants, permet à Laura Kasischke d’introduire et d’asseoir un climat de tension diffuse, de menace omniprésente, de voyeurisme qui fonde partiellement l’intérêt du livre. Une peur sourde grandit progressivement parmi les principaux protagonistes du roman et installe une atmosphère d’inquiétude qui ne faiblit pas. L’imminence d’une catastrophe est annoncée et habite autant le lecteur que les héroïnes.

    L’ambiance du livre est une réussite qui malheureusement génère également un suspens et une forte attente qui peut être déçue par la conclusion du livre. Disons-le d’emblée, celle-ci n’est pas à la hauteur du roman et l’affaiblit légèrement même si l’essentiel est indéniablement ailleurs. Rêves de garçons n’est pas un thriller, mais bien une plongée dans l’adolescence en général et en particulier dans celle d’une jeune fille de la classe moyenne de l’Amérique ordinaire. Laura Kasischke arrive à restituer avec justesse cette période charnière avec son lot d’interrogations, d’hésitations, d’angoisses.

    Kristy, la narratrice, est une jeune fille qui semble avoir en main les bonnes cartes sans pour autant arriver à se décider sur son jeu. Belle fille, plutôt intelligente, dégourdie, populaire et attachée à des valeurs morales traditionnelles, elle a fait de Desiree, son exact contraire, sa meilleure amie. Laura Kasischke explore ainsi le jeu classique des amitiés adolescentes basées sur l’envie, le désir, l’esprit de bande, la haine commune et une certaine cruauté. Elle analyse en creux du discours et des souvenirs de Kristy, la naissance d’une adulte, précipitée par l’épisode singulier de cet été pas comme les autres. Rêves de garçons est le récit d’une glissade à côté d’une existence programmée.

    L’écriture de Laura Kasischke est fluide, au plus près des sensations, des émotions de son héroïne. Elle arrive à porter l’intensité des expériences et du ressenti de la période adolescente tout en ménageant le suspens et en portant une atmosphère d’inquiétude bien spécifique.

    Pour moi, une première rencontre agréable mais pas renversante avec Laura Kasischke. Il manque malgré tout à Rêves de garçons, un je ne sais quoi pour sortir du lot et marquer le lecteur.