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amitié - Page 3

  • L’écologie en bas de chez moi – Iegor Gran

    drôle,humour,écologie,amitiéJ’étais resté sur une bonne impression et quelques rires après la lecture d’ONG! d’Iegor Gran, il y a quelques années de cela, alors c’est avec un à priori positif que je me suis lancé dans l’écologie en bas de chez moi.

    Il a suffi d’une affiche placardée sur le tableau d’affichage de son immeuble l’invitant à regarder le documentaire de Yann-Arthus Bertrand, Home, pour faire sortir Iegor Gran de sa retenue et se lancer dans une croisade, non pas contre l’écologie, mais contre les idées reçues sur l’écologie, ses contradictions idéologiques, sa récupération politique, commerciale, sa veine apocalyptique et anti-culturelle. Souvenons-nous déjà que dans ONG, l’une des associations tournées en ridicule par leur guéguerre était une association écolo, la foulée verte…

    Iegor Gran n’y va pas de main morte dans son réquisitoire. Il démonte les idoles et les raisonnements faciles à coups de démonstrations et de notes de bas de pages qui prouvent qu’il y a du travail de recherche derrière chacun de ses arguments. Il faut lire ses passages sur le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), sa critique des ouvrages de différentes figures écologiques incontournables (Al Gore, Nicolas Hulot…), entre autres pour se convaincre d’une certaine justesse de son propos et de son regard.

    Ce livre aurait pu être pénible, lourd s’il avait été écrit par quelqu’un d’autre qu’Iegor Gran. Celui-ci arrive à articuler son argumentation autour de situations concrètes, bassement quotidiennes et d’observations simples qui allègent l’ensemble. Par ailleurs, il intègre son propos à un récit autofictionnel marqué par la rupture d’une amitié et permet au livre de ne pas être unidimensionnel. Et puis surtout, il écrit dans un style direct - avec une verve quasi-pamphlétaire - qui est réjouissant tant il ne lésine pas sur l’humour, grinçant de préférence, l’exagération, l’ironie et le cynisme. Il y a à chaque page ou note de fin de page, un amour de la punchline ravageuse qui doit être savouré.

    Moins drôle et enlevé qu’ONG, l’écologie en bas de chez moi est en fait un plaidoyer pour la culture et l’histoire de l’évolution de l’humanité, qui ne doit pas nous faire nier l’intérêt et la pertinence d’une réflexion et d’une action écologique débarrassées de certains écueils actuels.  

    Note : A mettre en relation avec 2 essais: Le fanatisme de l’Apocalypse de Pascal Bruckner ou Le nouvel ordre écologique de Luc Ferry.

  • Le sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

    le-sermon-sur-la-chute-de-rome-roman-acte-sud-jerome-ferrar.jpgAoût 410, Rome est tombée entre les mains d’Alaric le roi des Wisigoth. Rome l’éternelle n’est plus. L’abasourdissement qui suit cette fin est tel qu’il menace l’Eglise à laquelle Rome et l’Empire se sont donnés et force Saint Augustin, l’évêque d’Hippone, à sortir de son silence pour livrer un de ses sermons les plus fameux. Jérome Ferrari lui prête sa voix: « Tu pleures parce que Rome a été livrée aux flammes ? Dieu a-t-Il jamais promis que le monde serait éternel ? Les murs de Carthage sont tombés, le feu de Baal s’est éteint, et les guerriers de Massinissa qui ont abattu les remparts de Citta ont disparu à leur tour, comme s’écoule le sable. Cela tu le savais, mais tu croyais que Rome ne tomberait pas. Rome n’a-t-elle pas été bâtie par des hommes comme toi ? Depuis quand crois-tu que les hommes ont le pouvoir de bâtir des choses éternelles ? L’homme bâtit sur du sable. Si tu veux étreindre ce qu’il a bâtit, tu n’étreins que le vent. Tes mains sont vides, et ton cœur affligé. Et si tu aimes le monde, tu périras avec lui ».

    Il n’y a pas leçon plus pure et plus dure que celle-ci sur la fragilité des choses, des entreprises humaines. Et c’est dans un audacieux parallèle que Jérôme Ferrari fait d’un bar, sa Rome. Ce bar, c’est celui de Matthieu et Libéro, deux amis d’enfance, qui abandonnent leurs études de philosophie à Paris pour devenir les tenanciers d’un bar qui se veut un monde, là-bas en Corse. Ce bar, c’est une utopie, un monde comme un autre, destiné à s’effondrer, même si à un moment, il est au firmament, même si à un moment sa lumière est aveuglante et qu'il semble éternel. Il en va ainsi des grandes choses, comme des petites, des grandes utopies politiques, des empires, comme des amours, de l’enfance, des maisons ou même des bars, et j'en passe. Et c’est une excellente façon de le démontrer que de raconter l’histoire d’une chose aussi triviale qu’un bar. Tôt ou tard, le monde s’effondre (Chinua Achebe) et Jérôme Ferrari l’illustre doublement à travers l’histoire du grand-père de Matthieu, dont les rêves de grandeur sont emportés par la chute d’un autre empire, celui dela France des colonies. Là encore le parallèle avec l’histoire de Matthieu et Libéro, évident, n’en est pas moins fort et convaincant.

    Il ne faut cependant pas limiter le livre de Jérôme Ferrari à cette question de la fragilité des choses humaines et à comment naissent et meurent les mondes. L’auteur Corse part de ce point pour couvrir un champ de questions plus vaste. Matthieu et Libéro construisent certes un monde avec leur bar, mais à partir de rêves et de trajectoires différents. Matthieu n’est qu’originaire de Corse et n’y a passé que ses étés, alors que Libéro y a vécu toute sa vie et n’est parti en métropole que pour ses études universitaires. Derrière le départ des deux jeunes gens pour la Corse se cachent deux approches différentes du thème de l’exil. Celui qu’on peut ressentir loin de chez soi comme Libéro ou encore celui qu’on peut ressentir en rêvant à un eldorado qui n’est pas son chez soi, mais un ailleurs rêvé. Peuvent-ils vraiment construire ensemble un monde durable en partant de points aussi distants ? Complexe, le livre de Jérôme Ferrari tisse sa toile autour de l’exil à travers l’histoire du grand-père de Matthieu parti de Corse pour les colonies mais également à travers l’histoire de sa sœur Aurélie, archéologue partie en Algérie pour des fouilles à…Hippone.

    Il ne s’agit pas uniquement d’une boucle artificielle. C’est un des éléments qui montrent la construction narrative simple mais efficace du livre de Jérôme Ferrari. Il s’appuie finalement sur peu de personnages qui agissent pourtant comme des catalyseurs de thèmes forts, puissants qui prennent toute leur mesure dans un jeu de parallèles entre les histoires de chacun d’entre eux. Le sermon sur la chute de Rome est de toutes les façons un livre d’une grande richesse qui évoque aussi le racisme, la responsabilité ou les relations filiales avec beaucoup d’intelligence, de finesse et de brio. Je ne peux donc que recommander cette excellente lecture en revenant sur un dernier point que les critiques que j’ai pu entendre dans les média n’ont pas souvent soulevé : le style de Jérôme Ferrari. Le sermon sur la chute de Rome est un véritable plaisir pour le lecteur. Les phrases de l’écrivain corse sont amples, souples et transportent le lecteur dans le souffle d’une voix hypnotisante et véritablement entraînante.

    Brillant.

  • Un si long voyage – Rohinton Mistry

    amitié,inde,famille,pauvretéUn si long voyage, premier roman de Rohinton Mistry, est construit autour de la figure de Gustad Noble, un des habitants de Khodadad Building dans un quartier populaire de Bombay. Ce personnage charismatique et presque trop bon sert de pivot à l’auteur indo-canadien pour écrire à la fois, un roman familial, la chronique d’un immeuble et de ses habitants et plus généralement celle de l’Inde des années 70.

    Socialement déclassé à l’adolescence suite à la faillite des affaires familiales, Gustad Noble fonde trop d’espoirs sur la réussite scolaire de son fils aîné qui a d’autres ambitions. Ce ne sont pas les soucis de santé de sa dernière qui poussent sa gentille épouse Dilnavaz vers des croyances occultes ou les amours de son cadet avec une fille de voisinage qui vont lui simplifier l’existence. Il faut pourtant s’en sortir, tirer le diable par la queue et vivre tant bien que mal.

    Gustad Noble est un héros à l’ancienne, une figure du bien qui résiste à l’empilement de petites catastrophes avec les moyens du bord, essayant de garder le cœur pur et de faire les bons choix. C’est un personnage moins intéressant dans le cadre familial que dans celui de son immeuble et de son univers à Bombay. En interaction avec plusieurs personnages hauts en couleur (l’idiot Tehmul,  la voisine Miss Kutpitia, l’inspecteur Gulham…), Gustad Noble s’avère être un régulateur et un animateur de la vie de l’immeuble et du quartier.

    Il s’agit ici de profiter de ces petites histoires, ces petits riens, ces aventures de quartier, d’immeuble, du banal quotidien, qui ont une douce saveur et qui dessinent par petites touches, la vie de ces gens. Rohinton Mistry se cale ainsi au plus près de ses personnages, des gens ordinaires pour parler de la vie de l’Inde populaire, de ses croyances, de ses habitudes, etc.

    Pour passer à l’échelon supérieur et évoquer le système politique corrompu d’Indira Gandhi et la guerre d’indépendance du Bangladesh, Rohinton Mistry se servira de l’histoire d’amitié rompue puis renouée de Gustad Noble avec Jimmy Bilimoria, un gradé de l’armée qui l’entraîne dans les coulisses malodorantes du pouvoir. Jusqu’à quel point doit-on faire confiance à un ami ? Que sait-on vraiment d’eux ? Qui sont-ils réellement ? Le livre questionne également la nature du lien d’amitié à travers le personnage du collègue Dinshawji.

    Un si long voyage est un roman sympathique. Pas toujours passionnant, il est tout de même peuplé de personnages attachants, parfois uniformes certes. Longuet et pas toujours fin dans sa chronique de l’Inde - cette histoire avec Jimmy Bilimoria... -, il reste intéressant sur la question de l’amitié et globalement plaisant.

    Sans comparaison avec l’équilibre du monde.