Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

amour - Page 2

  • Hedda Gabler – Henrik Ibsen

    Hedda Gabler by Henrik Ibsen.jpgIl suffit de lire Hedda Gabler pour comprendre pourquoi Henrik Ibsen est adulé des passionnés de théâtre. Ecrite en 1890, cette pièce qui fait partie des chefs d’œuvres du dramaturge norvégien est étonnamment moderne et conserve un réel pouvoir d’attraction.

    Hedda Gabler, fille d’un illustre général, a épousé le médiocre Jorgen Tesman, un obscur aspirant au poste de professeur d’université plutôt qu’Ejlert Lovborg son ancien amant plutôt porté sur la bouteille. Elle s’ennuie avec Jorgen alors qu’il se dit que ce fêtard d’Eljert est sur le point de publier un chef d’œuvre, aidé par Théa, une ancienne camarade de pension sans grand relief d’Hedda. Voici que cette dernière, jalouse, ne rêve plus que de détacher Eljert de Théa et finit par précipiter la chute de son ancien amant et la sienne par la même occasion.

    La pièce est construite autour de cette figure féminine centrale autour de laquelle gravite tous les autres personnages. Hedda est fascinante. C’est une bombe à retardement qui finit par exploser et emporter presque tout dans son cadre, consommée par la jalousie, l’envie et l’ennui. Devant la faillite de ses rêves inassouvis de luxe et de grandeur, se sentant piégée dans un quotidien morne, elle se révèle manipulatrice, rusée et fatale pour ceux qui entravent ses désirs. C’est un personnage tragique qui souffre d’une profonde désillusion.

    Bien que courte – en quatre actes – la pièce est dynamique et expose avec beaucoup de force les tensions entre les différents personnages sans pour autant tout céder à l’action, à des effets de scène ou sacrifier la psychologie des personnages. Alors qu’Henrik Ibsen n’abuse pas de longues tirades, ces derniers arrivent à être développés, contrastés - Hedda aime t-elle vraiment Eljert ? - et à se révéler comme les symptômes d’une société malade.

    A lire. Même pour ceux qui lisent peu de pièces de théâtre comme moi.

  • Rosa Candida - Audur Ava Ólafsdóttir

    Ce livre a fait un peu de bruit il y a quelques années et alors que je viens de le terminer, je me demande encore pourquoi ? Audur Ava Olafsdottir nous fait suivre les aventures d’Arnljotur alias Lobbi, un jeune Islandais qui quitte son pays pour rejoindre un monastère étranger afin d’en faire revivre la mythique roseraie actuellement abandonnée. L’horticulture, c’est la passion de Lobbi, celle qu’il partageait avec sa mère récemment décédée dans un accident de voiture. Alors forcément, ce voyage a quelque chose de spécial, comme une tentative de renouer avec la disparue et de laisser son passé derrière lui. Seulement voilà, ce ne sont pas seulement son père et son frère jumeau handicapé que Lobbi quitte, mais aussi sa petite fille Flora Sol, née il y a à peine quelques mois suite à un petit quart d’heure de plaisir avec son amie Anna qui l’élève seule.

    rosa_candida-2.(3).jpgSi cette intrigue a de la matière à exploiter à priori, il est bien triste de voir ce qu’en fait la romancière islandaise. Le voyage initiatique de Lobbi se révèle d’une grande pauvreté. Les pérégrinations de ce dernier en pays étranger ne présentent aucun intérêt et le potentiel d’un choc culturel est mis de côté. Cela pourrait ne pas être gênant si le voyage jusqu’au monastère n’occupait pas la moitié du livre, ni si la suite arrivait à donner le change. Sauf qu’une fois arrivé au monastère, la reprise en main du jardin et le sujet de l’horticulture s’avèrent creux et sont rapidement évacués pour laisser place à l’histoire entre Lobbi, Anna et leur fille. Là encore, rien ne fonctionne vraiment, tant une grande partie de l’ensemble est prévisible. On se retrouve donc avec des thèmes qui sont en réalité peu ou mal exploités et qui ne sont pas aidés par la narration.

    La romancière islandaise n’a cesse d’enchaîner les scènes insignifiantes, de peu d’intérêt tout au long du livre. La noyade sous un flot de détails et de micro-évènements est vraiment proche. Un grand ennui frappe ainsi le lecteur qui est assommé par la répétition ou par le caractère interminable de certains moments, comme les appels de Lobbi à son père ou l’évocation des recettes de cuisine. C’est long et narré sur un ton candide, faussement poétique, qui n’aide pas le livre en lui donnant un côté parfois guimauve et artificiel qui contamine même les personnages. A part Lobbi qui arrive plus ou moins à sortir son épingle du jeu, les personnages secondaires sont parfois unidimensionnels et échouent à gagner en épaisseur ou en aspérités.   

    Enfin, il y a quelque chose de religieux qui ne dit pas clairement son nom dans ce livre. Ce n’est pas seulement la présence du monastère et des moines ou les visites de Lobbi et Flora Sol à l’église. C’est quelque chose de plus général, une atmosphère spirituelle omniprésente qui essaie de rajouter du mystère et de la profondeur à Rosa Candida mais qui finit surtout par être gênante. 

    Aucun intérêt.

  • L’autre moitié du soleil – Chimamanda Ngozi Adichie

    L'autre motié du soleil.jpgL’autre moitié du soleil est un roman formidable. Un autre de plus de Chimamanda Ngozi Adichie après l’excellent Americanah et son recueil de nouvelles Autour de ton cou que j’ai récemment découverts. De facture classique, cette fiction de plus de 600 pages est en réalité un tour de force qui met en valeur la maîtrise narrative et le talent de l’écrivaine nigériane.

    L’autre moitié du soleil est avant tout la chronique d’une guerre qui s’est lentement effacée de la mémoire collective en dépit de son grand retentissement à la fin des années 60 : la guerre du Biafra. Les terrifiantes images du conflit, notamment celles des enfants affamés, avaient pourtant choqué l’opinion publique mondiale. Le Biafra, une des régions d’un Nigéria à peine indépendant, a fait sécession et tenté l’aventure de l’indépendance avant de chuter après quelques années d’une atroce guerre civile. La chronique de ce conflit est faite avec beaucoup de justesse et de lucidité, depuis ses prémisses jusqu’à son dénouement. C’est un récit efficace qui lève le voile sur la tragédie d’une guerre qui vient pulvériser les destinées de chacun des personnages du livre. Aucun ne sort vraiment indemne de ce conflit. Tous sont transformés par la succession d’épreuves confinant à l’horrible qu’ils traversent.

    L’autre moitié du soleil n’est pourtant pas qu’un livre sur la guerre du Biafra. C’est aussi un roman sur l’amour et le mariage. La relation entre la magnifique mais très conventionnelle Olanna issue de la bourgeoisie et le brillant mais fougueux professeur d’université Odenigbo, les deux personnages principaux, est au cœur du livre. Chimamanda Ngozi Adichie déroule lentement une histoire d’amour belle mais douloureuse, finalement chaotique, frappée de plein fouet par la guerre. Les turpitudes de l’amour, qui prennent un relief particulier dans ce contexte, sont également développées à travers la relation amoureuse complexe entre Kainene, la rebelle jumelle d’Olanna et Richard, un apprenti romancier britannique. Loin d’affaiblir le roman, ces histoires d’amour l’enrichissent, l’épaississent, lui offrant de nombreuses possibilités narratives et contribuant à maintenir son souffle sur la longueur. De l’amour en temps de guerre…

    L’autre moitié du soleil est donc logiquement un livre sur le Nigéria de cette époque – et indirectement sur celui d’aujourd’hui. Au-delà de la guerre du Biafra, il aborde directement les conflits ethniques et religieux qui minent le pays – composé principalement d’Igbos, de Yorubas et d’Haoussas -, les espoirs et les désillusions qui ont suivi l’indépendance, les questionnements identitaires postcoloniaux, l’omniprésence de la corruption ou encore les pratiques d’une classe bourgeoise affairiste, très éloignée d’un milieu universitaire plutôt idéaliste et de la majorité désargentée de la population. C’est un roman de la désillusion. Sur le Biafra et sur le Nigéria.

    Le talent de Chimamanda Ngozi Adichie tient à sa capacité à happer et à captiver le lecteur tout au long de son roman. La lecture de l’autre moitié du soleil est une expérience de totale immersion dans une fiction extrêmement bien structurée qui ne cesse de développer des intrigues riches et profondes, sans cesse renouvelées. Le lecteur est emporté par l’atmosphère et l’énergie du roman, placé au plus près des personnages. Ces derniers ne peuvent que le marquer durablement tant Chimamanda Ngozi Adichie arrive à les incarner, les construisant patiemment, les épaississant, les faisant évoluer jusqu’à la fin du roman. Ces destins attachants sont décrits avec beaucoup de justesse à travers une écriture pleine de sensibilité, avec le désir constant que le réalisme recherché et le tragique conté n’emportent pas toute la poésie et le lyrisme. 

     Plus que fortement recommandé.