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amour - Page 5

  • L’été slovène – Clément Benech

    LT-SLO~1.JPGDeux jeunes étudiants amoureux prennent la route pour des vacances d’été en Slovénie. De banales vacances en perspective ? Pas seulement. En réalité, c’est un véritable test amoureux auquel ils se soumettent. La moindre aventure est ici prétexte à une réflexion, à une analyse entre les natures à priori très différentes d’Elena et du narrateur. Chacune des situations mises en scène révèle des réactions plutôt contraires de la part des deux protagonistes. L’enjeu majeur de ce couple semble être la spontanéité et l’esprit d’aventure autour duquel ils s’écharpent gentiment. Mademoiselle aimerait un peu plus de folie de la part de ce jeune homme un peu trop calme, attentionné et réfléchi. Le dénouement paraît ainsi inéluctable.

    Fort heureusement celui-ci n’est pas long à arriver car le moins que l’on puisse dire, c’est qu’un été slovène n’est pas vraiment un livre passionnant. Il faut d’abord passer outre les banalités que ne renierait pas le plus médiocre des guides touristiques sur la Slovénie – pays que j’ai visité. On pourra éventuellement affirmer que ces platitudes collent au basique contexte de voyage des personnages principaux, simples touristes quelque peu désargentés. Argument réutilisable alors pour les aventures résolument sans intérêt qui émaillent ce voyage et qui ne sont prétextes qu’à des mini-crises ridicules pour le jeune couple : en vrac un accident de voiture, un impossible accès à un site touristique majeur, l’intrusion d’éléments extérieurs dans leur intimité…

    Le jeu amoureux entre Elena et le narrateur est bien trop prévisible, plutôt pathétique et enfantin, glissant allègrement vers le mur sans que cela ne semble plus prêter plus à conséquence. L’ensemble est porté par une écriture légère, tournée vers les émotions des deux protagonistes, pas désagréable - pas marquante non plus - mais polluée par un humour qui tombe à plat et des généralités parfois confondantes.  

     

    Aucun intérêt.

    Pour quelques heures à la plage peut-être…

  • Décompression – Juli Zeh

    decompression-1393223-616x0.jpgC’est à Lanzarote, sauvage, chaude et aride île espagnole, que Sven a décidé de s’enfuir il y a quinze ans déjà. Loin de l’Allemagne, son pays d’origine, loin du destin auquel le programmaient de brillantes études en droit. Il est devenu un moniteur de plongée qui à l’aube de ses quarante ans mène une vie paisible et retirée aux côtés de sa compagne et amie d’enfance Antje. A l’écart, loin d’une société hypocrite, conflictuelle, centrée sur les apparences et les jugements selon lui. Loin des personnes telles que celles qui vont être ses clients exclusifs pendant deux semaines et qui vont venir effondrer son paradis : Théo et Lola.

    Ce couple de berlinois représente exactement ce que Sven a fui. Ce sont des people, « des gens du monde ». Théo est l’écrivain prometteur d’un seul livre qui se retrouve en panne d’inspiration prolongée et Lola est une gosse de riches, l’actrice pistonnée d’un soap qui veut enfin s’affirmer en obtenant le rôle de Lotta Hasse, une illustre plongeuse sous-marine – d’où la location des services de Sven. Ils sont de parfaites illustrations de la société du spectacle et permettent à Juli Zeh de formuler en creux une critique acerbe et virulente de certaines dérives de nos sociétés contemporaines : hyper individualisme, égotisme, carriérisme, superficialité, consumérisme, cynisme.

    La romancière allemande ne tombe pas dans la facilité d’une simple opposition entre ses différents personnages et écrit un livre d'une grande finesse psychologique. Elle ne laisse pas entièrement le mauvais rôle au couple Théo-Lola. Assez rapidement, il s’avère qu’en dépit des années et de l’éloignement, par l’entremise de Théo et Lola, Sven se trouve fasciné et attiré par ce monde qu’il a fui. Le couple lui sert également de miroir et permet de déceler des fissures dans le paradis qu’il s’est construit et dans son discours sur la société contemporaine. En fait, Juli Zeh compose plutôt un trio en équilibre précaire au-dessus du gouffre. Ces personnages jouent un drame dont ils n’ont que trop pleinement conscience, chacun étant à la croisée des chemins, avec sous leurs yeux, la possibilité d’une autre voie, peut-être plus heureuse, loin d’un passé qui les hante.

    Décompression est un roman dense, avec une atmosphère nerveuse, traversée par des éclairs de violence liés à l’étrange danse amoureuse à laquelle se livre le trio de personnages. Lola et Théo forment un couple quasiment malade, mêlant haine, amour, séduction, manipulation, violence, entraîné dans une logique perverse et sado-masochiste. Quant à Sven, il se retrouve brusquement confronté à la passion dévastatrice pour la première fois de sa vie. Cette folie douce qui l’arrache progressivement à son existence antérieure est étroitement liée au physique dévastateur de la voluptueuse Lola – ce qui n’est pas anodin vis-à-vis de la critique de la société des apparences…

    Le jeu amoureux qui se dessine entre Lola et Sven se retrouve par ailleurs au cœur de la construction narrative du roman qui alterne les points de vue des deux protagonistes, la confession de Sven, narrateur principal et le journal intime de Lola. Se dégagent ainsi deux visions contradictoires qui achèvent de donner à cette histoire son caractère dérangeant, ambigu et qui participent à une certaine dimension policière qui prend tout son sens dans le final réussi.

    Juli Zeh déroule avec maîtrise une intrigue tendue, en s’appuyant sur des personnages fouillés, une écriture sans fioritures et l'univers de la plongée sous-marine. Sa langue sait être juste, à même de soutenir le rythme haletant du livre et de pouvoir distiller ce parfum d’ambiguïté et d’érotisme qui finit par habiter le lecteur.

    A découvrir. Très bon.