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colonialisme - Page 3

  • Cannibale – Didier Daeninckx

    Daeninckx-Didier---Cannibale.jpgCannibale a pour contexte l’exposition coloniale de 1931 à Paris. Cet évènement est désormais en partie tristement célèbre dans la mémoire collective pour la mise en scène de son village de sauvages : des Kanaks transportés de Nouvelle-Calédonie pour jouer des rôles de composition, diffusant des préjugés et une idéologie raciste. Apparemment inspiré d’un fait authentique, le livre de Didier Daeninckx conte l’histoire de Gocéné, un de ces Kanaks. Ce dernier s’évade de l’exposition et part à la recherche de sa promise Minoé qui fait partie d’un ahurissant échange provisoire avec un cirque allemand : quelques Kanaks contre des crocodiles – ceux de l’exposition ayant rendu l’âme.

    C’est le contexte historique du livre, brièvement résumé en quatrième de couverture, qui fait l’intérêt de Cannibale. Surtout pour ceux qui découvrent les zoos humains et l’idéologie raciste qui marque l’époque de l’entre-deux guerres. Pour les autres, le livre souffre de bien de défauts. D’abord, le contexte s’évapore rapidement au profit d’une double course poursuite assez convenue et peu intéressante. Gocéné et son compagnon Badimoin courent après Minoé et les autres Kanak et doivent en même temps échapper à leurs propres poursuivants. Le fond du livre est sacrifié au profit du rythme. Ensuite, l’émotion occupe une place considérable qui concourt également à effacer l’intérêt du livre, dans la mesure où Didier Daeninckx privilégie l’histoire d’amour et les sentiments de Gocéné.

    En fait, le plus gênant dans Cannibale est surtout que le point de vue interne de Gocéné paraît souvent peu convaincant. Dans ses réactions, ses préoccupations, ses pensées, Gocéné n’apparaît pas forcément – au moins par intermittences – comme un Kanak enlevé de Nouvelle-Calédonie au début des années 30 et confronté à un contexte très différent, très dur et forcément perturbant, à Paris. Peut-être manquons-nous simplement d’éléments apportés par Didier Daeninckx pour le croire. C'est en tout cas bien embêtant.

    Cannibale est un livre qui n’arrive pas à tirer pleinement parti de son matériau – contexte historique et intrigue. Il est finalement assez décevant, parfois simpliste et victime de quelques écueils. Vite lu, il peut néanmoins permettre à certains – aux plus jeunes – d’ouvrir des pages sombres de l’histoire de France.

    Bof.  

  • Une vie de boy – Ferdinand Oyono

    une vie de boy.jpgUne vie de boy est un classique de la littérature africaine. Paru peu de temps avant les indépendances en Afrique de l’ouest, il apparaît comme un témoignage de valeur sur la condition noire sous la colonisation, bien que le livre soit un roman. Une vie de boy est composé de deux cahiers qui constituent le journal intime du jeune Toundi. Ce jeune indigène y rapporte ses aventures depuis qu’il a décidé de quitter la demeure familiale rejoindre l’église du père Gilbert et échapper à une correction de son paternel. C’est le point de départ d’une existence qui sera placée sous le signe de la servitude. En effet en rejoignant l’ecclésiaste, Toundi gagne un toit et un couvert et apprend à lire et à écrire mais emprunte aussi la voie du boy – servant – qu’il poursuivra chez le commandant Decazy.

    Etre Boy n’est pas une synécure, c’est un métier difficile – présent aux aurores et service jusqu’à minuit – aux contours flous – l’essentiel est d’être disponible et corvéable à merci – qui est riche en brimades, en humiliations – coups, retenues salariales, insultes…Toundi trime et essaie de donner satisfaction à ses maîtres blancs. Outre la description de la difficile situation du personnel domestique chez le colon blanc, le métier de Boy permet de pouvoir observer de plus près les maîtres. Les portraits effectués par Toundi qui est au contact étroit avec les colons blancs permettent d’en savoir plus sur les opinions de ces derniers sur les noirs,  la colonisation ainsi que sur leurs comportements, les mœurs en vigueur dans le microcosme colonial. Toutes les opinions traversent le journal de Toundi, le mythe du bon sauvage, les clichés racistes, les espoirs d’apport de civilisation façon Jules Ferry entre autres. Tous les comportements sont là aussi. Ceux qui s’adaptent à l’Afrique, vont jusqu’à coucher avec les noirs, ceux qui en profitent, ceux qui ne l’aiment pas et en souffrent.

    Une vie de Boy est un livre parfois drôle, surtout dans sa première partie, avec des anecdotes amusantes, un ton parfois léger et moqueur, des observations justes et piquantes, mais sa tonalité générale est tragique. C’est une dénonciation de la servitude durant la période coloniale, du traitement infligé aux noirs, du racisme, de l’inhumanité qui trouvent illustration dans la trajectoire du personnage principal Toundi. Ce boy efficace et plein de bonne volonté, avide d’apprendre, un peu naïf, est malheureusement confronté à une réalité moins vertueuse que lui. Au fur et à mesure qu’il en apprend sur les colons blancs, sur le commandant et sa femme notamment, ces derniers baissent dans son estime. Ils le lui rendent bien en le traitant chaque jour moins bien, se défaussant sur lui de leurs fautes, de leurs erreurs, l’accablant un peu plus chaque jour. Il paie pour eux.

    L’écriture de Ferdinand Oyono n’est pas révolutionnaire mais permet de coller aux aventures de Toundi et de ressentir les difficultés de sa condition. Il y a une simplicité et une naïveté qui ne paraissent pas feintes et qui rendent l’œuvre touchante. Une vie de Boy vaut le détour.

  • Terre d’ébène - Albert Londres

    terre d'ébène.jpgAlbert Londres décide en 1927 de voir de ses propres yeux, les colonies tant vantées d’Afrique noire. Il part donc pour un périple au cœur de l’empire français. En même temps qu'André Gide et son voyage au congo. Le résultat est une leçon de journalisme original et percutant comme on n'en fait plus vraiment. Albert Londres dénonce avec vigueur les crimes et les aberrations du système colonial. Il donne autant une vision très parlante de la situation des noirs qui souffrent le martyr dans ces contrées que des expatriés et de leurs existences, leurs préoccupations si éloignées de celles des français de métropole.

    Il est d’une lucidité rare sur la situation de cette époque. L’aventure eet la douleur sont au coin de la ligne avec une multitude d’anecdotes sur les maladies, les chantiers, le moteur à bananes. Il se sert intelligemment de son style énergique pour interpeller le lecteur sur la situation dans les colonies, pour le brusquer et éveiller sa conscience. Il est très proche du style oral et passe ainsi plus facilement ses idées. Il est d’une causticité et d’une drôlerie à toute épreuve dans chacune des anecdotes qu'il rapporte. C’est sa façon de convaincre, sa marque de fabrique. Elle ne fait pas oublier pour autant quelques moqueries un peu datées sur les noirs, quelques clichés désormais intolérables et une attitude paternaliste dérangeante.

    Terre d'ébène est un témoignage néanmoins saisissant sur la vie dans les colonies durant l'entre deux guerres.