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colonisation - Page 5

  • Terre d’ébène - Albert Londres

    terre d'ébène.jpgAlbert Londres décide en 1927 de voir de ses propres yeux, les colonies tant vantées d’Afrique noire. Il part donc pour un périple au cœur de l’empire français. En même temps qu'André Gide et son voyage au congo. Le résultat est une leçon de journalisme original et percutant comme on n'en fait plus vraiment. Albert Londres dénonce avec vigueur les crimes et les aberrations du système colonial. Il donne autant une vision très parlante de la situation des noirs qui souffrent le martyr dans ces contrées que des expatriés et de leurs existences, leurs préoccupations si éloignées de celles des français de métropole.

    Il est d’une lucidité rare sur la situation de cette époque. L’aventure eet la douleur sont au coin de la ligne avec une multitude d’anecdotes sur les maladies, les chantiers, le moteur à bananes. Il se sert intelligemment de son style énergique pour interpeller le lecteur sur la situation dans les colonies, pour le brusquer et éveiller sa conscience. Il est très proche du style oral et passe ainsi plus facilement ses idées. Il est d’une causticité et d’une drôlerie à toute épreuve dans chacune des anecdotes qu'il rapporte. C’est sa façon de convaincre, sa marque de fabrique. Elle ne fait pas oublier pour autant quelques moqueries un peu datées sur les noirs, quelques clichés désormais intolérables et une attitude paternaliste dérangeante.

    Terre d'ébène est un témoignage néanmoins saisissant sur la vie dans les colonies durant l'entre deux guerres.


     

     

  • Le vieux negre et la médaille - Ferdinand Oyono

    vieux negre et la médaille.jpgLe vieux Meka a renié ses ancêtres et sa culture pour se convertir au catholicisme. Il a donné ses terres, s'est appauvri pour cette chère église. Il est même allé jusqu'à donner ses fils à une folle guerre au-delà de son imagination, qui les a emportés. Heureusement pour tout ca, il aura la reconnaissance des blancs, des colons materialisée sous la forme d'une médaille.

    C'est par ce jeu du ridicule et même de l'absurde que Ferdinand Oyono dénonce la colonisation et ses faux bons sentiments, son mépris, son manque de respect du noir, de l'indigène avili, humilié et exploité. Ce qu il y a de dramatique, c'est la grandeur que confère cet honneur, cette médaille à Meka et aux yeux des autres indigènes jusque hors de sa propre contrée. Le complexe d'infériorité des indigènes est ainsi démontré. C'est le blanc qui détermine la valeur des êtres avec un simple bout de metal.

    Ferdinand Oyono retranscrit à merveille le traitement infantile de ces blancs qui transpirent les sentiments indignes même dans ce qu'ils veulent comme des gestes de reconnaissance et d amitié. Le jeu sur le comique de situation offre un éclairage sombre sur la période coloniale sans faire dans le mélodrame et accentue la dénonciation de cette période tragique par le jeu des contraires. Et que dire de la lucidité qui brusquement va saisir la femme de Meka puis ce dernier devant l'absurde de cette médaille, de toute l'aventure de la colonisation, du joug qu ils subissent ?

    Les personnages en pleurent, puis en rient de tout ca, pour finir par révéler quelque chose de profondément marquant: l'impuissance de ces gens, de leur monde devant une nouvelle donne de leur histoire, le blanc et le progrès technique. Il y a une vérité à laquelle ils ne peuvent échapper. Ils sont vaincus et rien ne pourra les guérir de cette tristesse du perdant, de l'opprimé, de celui qui voit mourir en lui quelque chose qui est peut-être lui ? Rien, pas même la lucidité, l'humour ou le ridicule que, quelque part, ils essaient de renvoyer à ces gens qui leur ont tout pris.

    Sans doute, jusqu'à leur âme.

  • Le monde s'effondre - Chinua Achebe

    le monde s'effondre.jpgL'arrivee des occidentaux en Afrique a provoque l'effondrement d'un monde. C'est tout un univers qui a perdu sa coherence, son ame et une partie de sa richesse dans ce clash de l'histoire. Chinua Achebe localise cet effondrement dans un petit village nigerian et l'illustre en parallele avec l'histoire personnelle de l'un de ses habitants: Okonkwo, heros littéraire marquant.

    Durant la premiere partie du livre (les deux-tiers), l'auteur fait naitre le monde de ce village, ses croyances, ses rites, ses us et coutumes, son passé. Le lecteur est baigné dans cette culture différente qu'il appréhende en compagnie d'Okwonko, cet homme au destin lié à celui du village. Un héros qui s'arrache à la boue de son destin pour accéder a la richesse, au pouvoir, à la reconnaissance. Okwonko est comme son monde, cohérent, viril, fort, riche, intense. Ils vont chuter ensemble, lézardés tout au long du livre avant le choc fatal avec l'occident. Le blanc est effectivement la bombe qui va tout faire exploser. Plus de place pour les coutumes, pour la continuité avec les ancêtres, ici commence un nouveau chemin, une nouvelle histoire à laquelle Okwonko ne veut pas prendre part. Il est le symbole de la resistance de la tradition face a la modernité, de la réaction de ce monde ancien face à l'aventure de l'acculturation. Comment tout peut-il foutre le camp ainsi, aussi facilement ?

    Le livre est d'une force et d'un caractère égal à celui de son personnage principal, il est riche d'aventures et de culture traditionnelle - quelque chose de très précieux. La vitalité de la langue, la vigueur du style, naissent des personnages et de l'essence de la vie de ce village. Tout un savoir perdu et des interrogations legitimes qui hantent l'Afrique subsaharienne hantent, animent aussi le livre. L'effondrement du monde décrit par Chinua Achebe est d'autant plus brutal, plus choquant que ce monde est arrogant, fort, vivant. C'est une faillite qui est à l'origine d'une tristesse qui d'abord latente, explose a la fin du livre. C'est toujours triste un monde qui meurt.