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couple - Page 3

  • Trouée dans les nuages – Chi Li

    550104.jpgMariés depuis 15 ans, Jin et Xeng forment un couple harmonieux et enviable. Ils constituent un idéal de la classe moyenne supérieure chinoise. Ils travaillent tous les deux dans un centre de recherche universitaire et font figure de collègues exemplaires. Seule ombre au tableau, l’impossibilité d’avoir un enfant. C’est du moins ce que l’on est porté à croire avant cette invitation à une soirée entre anciens étudiants qui marque le début du feu destructeur.

    Question d’ailleurs, comment se fait-il que cet élément déclencheur soit complètement délaissé par Chi Li ensuite ? On n’en saura pas vraiment plus sur l’origine de cette missive. Elle comportait pourtant une menace délibérément ignorée par Jin de manière incompréhensible. Qui l’a écrite ? Pourquoi ? Comment Xeng a-t-elle été approchée et informée de certains éléments biographiques de Jin ? Cette ellipse est assez regrettable au regard de la dimension tragique des échanges entre les époux mais aussi du dénouement.

    Chi Li a décidé de se concentrer sur les secrets qui pourrissent depuis longtemps dans les racines de ce couple modèle qui, subitement, est plongé dans une tourmente sans issue. Il n’y a rien à dire, sur ce point là, l’auteur chinois va loin, même très loin. C’est glauque, violent, vicieux, extrême et torturé. Les pages dans lesquelles sont concentrées les révélations sur les histoires des deux protagonistes constituent effectivement un coup de poing dans l’estomac du lecteur. C’est une succession d’estocades qui n’en finissent pas de meurtrir Jin et Zeng dans un paroxysme de violence réciproque et destructrice, d’abord psychologique puis à la fin carrément physique.

    Seulement voilà, une fois dépassé le caractère énorme de ces chocs, révélations multiples, on reste un peu sur sa faim. La conclusion du livre semble un peu bâclée, précipitée et par contraste fait apparaître l’entrée en matière encore plus longue qu’elle ne l’est. Alors que le livre est assez court, il y a étonnement des passages peu convaincants comme les sujets de conversation du couple avec leurs collègues. En fait, Trouée dans les nuages rate la mise en scène de la normalité et le maintien des apparences du couple alors que gronde l’orage chaque soir. Avant l’avalanche des révélations, le face à face du couple manque d’un quelque chose malgré le suspens entretenu et la critique en creux de la société chinoise (persistance de mentalités traditionnelles, arrivisme, opposition ville-campagne, omniprésence de l’état). 

    Pas vraiment convaincu.

  • Le déclin de l’occident – Hanif Kureishi

    Le déclin de l'occident.jpgCe recueil d’Hanif Kureishi est constitué de huit nouvelles, la plupart écrites dans les années 2000. Elles portent sur les rapports père-fils, sur les relations dans différents couples,  sur l’action du temps qui passe sur les amitiés, sur des questions politiques aussi. Ces nouvelles ont quelque chose de dense, dans les scènes, les dialogues, d’une normalité juste qui pourrait confiner à la banalité, pourtant on touche avec une certaine habileté à l’intime des couples, des personnages, des histoires. Il y a quelque chose d’essentiel et de vital qui transparaît au fil des pages, les failles, les écueils, les errements, les troubles de personnages confrontés à leur passé, à la violence des rapports et à une modernité pas toujours clémente. J’ai été plus convaincu par le déclin de l’occident qui mérite d’être lu que par intimité, le précédent roman d’Hanif Kureishi, chroniqué sur ce site. Intéressant.

    Pour le détail des nouvelles : 

    1/ Les chiens : Une mère et son fils traversent une zone vague, indéterminée. Ils se font attaquer par des chiens voraces et n’en réchappent sans doute pas. La nouvelle est courte, tendue. L’impuissance de la mère est palpable tout comme la violence de l’attaque des chiens sans que la nouvelle ne soit si marquante, malgré l’ouverture sur une multitude d’interprétations possibles.

    2/ Il y a longtemps hier : Le narrateur retourne sur les lieux de sa jeunesse et comme dans un rêve rencontre son père, pourtant décédé, dans un bar. Après un moment passé ensemble, ils retournent dans leur ancienne demeure où il croise aussi sa mère. Cette nouvelle intéressante aborde la relation père-fils, et la déborde pour revenir sur les relations intimes dans le couple, la répartition des rôles, les ambitions individuelles et communes, l’épreuve du temps, etc. C’est le point commun avec d’autres nouvelles du recueil. Pour le reste, il y a les passages sur Tony Blair, les désillusions liées à sa politique, l’intervention en Irak, qui me semblent moins convaincants, voire qui affaiblissent la nouvelle. Il y a une atmosphère onirique et une réminiscence biographique de la part d’Hanif Kureishi qui portent la nouvelle.

    3/ Unions et décapitations : Référence à peine masquée à l’Irak (ou à l’Afghanistan et lien avec la nouvelle précédente), cette nouvelle est une réussite. Quelque part entre humour noir et tragique, elle donne la parole à un réalisateur obligé de filmer des décapitations pour des terroristes dans un pays qui n’est pas nommé. Il décrit les risques inhérents à sa condition et les réalités techniques et prosaïques de sa tâche auxquelles on ne pense pas. Quelle alternative pour lui, hormis les mariages alors qu’il rêve de l’avenir de réalisateurs qui vivent dans d’autres pays ? Le ton amer, résigné joue dans la mécanique de la nouvelle.

    4/ L’agression : Sans doute la nouvelle la moins intéressante du recueil. Une femme accompagne son fils à l’école et accepte d’être raccompagnée chez elle par une autre mère de famille qui lui est inconnue. Le chemin du retour s’avère être un piège, un monologue aigre de l’inconnue qui en arrive presqu’à retenir la narratrice prisonnière de son babil. Bof.

    5/ Maggie : Nouvelle très réussie. Elle met en scène des retrouvailles entre Max et Maggie. Ils ont vécu ensemble dans leur jeunesse quand ils avaient la vingtaine, avant que Maggie ne choisisse Joe. Trente ans plus tard, Maggie a un service à demander à Max alors qu’elle le revoit comme il lui arrive parfois. En évoquant leur histoire passée, en dessinant leurs trajectoires, en abordant leurs choix de vie, Hanif Kureishi dit le temps qui passe et confronte ces deux personnages à ce qu’ils ont été, ce qu’ils ont voulu et aussi peut-être ce qui aurait pu être. Il y a une lucidité un peu cruelle dans les regards qu’ils se jettent, derrière leurs mots, face à la réalité, alors qu’un certain égoïsme, une forme de culpabilité et des regrets s’élèvent entre eux.

    6/ Phillip : En écho à la nouvelle précédente, mais en moins abouti, il s’agit là aussi de retrouvailles. Cette fois-ci, il s’agit d’un ancien ami éponyme. Mourant, il recontacte Fred le narrateur après plusieurs années de silence et lui demande de venir à son chevet. C’est l’occasion de se souvenir de la relation singulière qu’il a nouée avec cet ancien ami, entre amitié et concubinage, avec au milieu, Fiona, la fille qu’il fréquentait à l’époque. Qu’était vraiment cette amitié, qu’en reste t-il, se demande Fred qui établit un parallèle pas très flatteur entre ce qu’il était (ce qu’il voulait être) et ce qu’il est devenu.

    7/ Le déclin de l’occident : La nouvelle qui donne son titre au recueil est aussi une des plus réussies. Mike a perdu son emploi et il ne sait pas comment l’annoncer à sa femme. Son monde est sur le point de s’effondrer et cela lui inspire un regard impitoyable sur la société contemporaine anglaise qui lui semble se désagréger. Crise financière, 11 septembre, immigration et métamorphose du travail sont au menu d’une nouvelle au sein de laquelle est nichée une sorte de menace qui plane sur les classes moyennes.

    8/ Une histoire horrible : Eric et Jake discutent au bar de tout et de rien et même de Jazz nordique. Jake en arrive pourtant à raconter comment sa femme l’a quitté. Ca a été le début d’un enchaînement, un cercle vicieux de péripéties l’entraînant toujours plus bas. Le malheur de Jake ramène Eric à son propre couple, à une dispute qui a précédé le passage au bar. La menace d’un dérèglement de sa vie, à l’instar de ce qui est arrivé à Jake, le ramène à une meilleure considération de ce qu’il a (son couple, sa famille). Aucun jugement n’est formulé à l’égard d’une forme de couardise d’Eric face à la menace d’une vie qui peut basculer dans le mauvais sens s’il décide de divorcer. 

  • Intimité – Hanif Kureishi

    intimité.jpgAdapté par Patrice Chéreau au cinéma en 2001, Intimité est un roman de Hanif Kureishi qui a suscité une certaine polémique au Royaume-Uni en 1998 au moment de sa sortie. L'histoire racontée dans le livre se confondait avec la vie de l'auteur. De quoi retourne t-il alors ?

    Intimité raconte la dernière soirée d'un homme qui a décidé de quitter brutalement sa femme et ses 2 enfants le lendemain. Pourquoi ? C'est ce qu'il explique à travers un monologue intérieur sans fioritures. Il a des envies d'ailleurs, une autre vie, il désire d'autres femmes, revivre l'amour, son couple s'est délité dans le quotidien, l'ennui, une sorte d'animosité passive, de ressentiment s'est inséré entre lui et sa femme, il se sent étouffé, il a envie de retrouver Nina une de ses aventures etc. Rien de neuf ? Oui, c'est un peu ça.

    Avec Intimité, on nage en territoire ultra connu et éculé, la disparition de l'amour et les écueils du couple. Rien ne vient surprendre vraiment le lecteur. La situation que décrit le livre est banale et racontée sans réelle originalité. Il y a une désagréable impression de déjà lu. C'est même ennuyeux par moments. Hanif Kureishi introduit pourtant des personnages secondaires, deux de ses amis qui offrent des contrepoints diamétralement opposés par rapport à sa situation. Victor a divorcé et mène une vie de vieux célibataire un peu tristounette, parsemée de rencontres de courtes durées, après avoir dynamité sa famille qui lui en veut. Asif lui est un mari qui s'efforce de faire naviguer son couple dans une certaine harmonie et dans l'intérêt de ses différentes composantes. Ce n'est pas inintéressant même si ça peut sembler un peu binaire.

    Hanif Kureishi a un discours assez direct, sans concession. Il n'est pas forcément tendre avec lui-même, ni avec ses proches. Il ne voile pas le pathétique qui déborde de son fiasco conjugal. Heureusement des pépites émergent dans son discours pour révéler l'écrivain et quelques vérités bien senties: « Le soulagement sexuel est l'ultime forme de mysticisme accessible à la plupart des gens », ou «Je sais que l'amour est un sale boulot ; impossible de garder les mains propres. Quand on reste sur la réserve, il ne se passe rien d'intéressant. En même temps, il faut trouver la bonne distance entre les gens. Trop près, ils vous submergent ; trop loin, ils vous abandonnent. Comment les maintenir dans la bonne relation ?», « il est épuisant de détester quelqu'un; haïr revient à s'étouffer soi-même, interminablement », «Si le malheur vous attire, vous ne manquerez jamais d'amis », et j'en passe.

    Ma première rencontre avec Hanif Kureishi ne restera pas dans mes annales. Intimité est une œuvre assez convenue, quelconque par moments, mais qui a le bénéfice de l'intransigeance de l'auteur vis à vis de lui-même et de ses fulgurances d'écrivain.

    Très Moyen.