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dictature - Page 2

  • Notre héros défiguré – Yi Munyol

    46669041.jpgSuite à la disgrâce de son père, fonctionnaire ambitieux de Séoul muté à l’intérieur du pays, Han Pyongt’ae  se retrouve à l’âge de douze ans dans l’école d’une province rurale de Corée. Déclassement du père, humiliation également ressentie par le fils qui pense néanmoins pouvoir tirer un quelconque prestige de son passé dans la capitale. Que nenni. Ce que découvre Han Pyongt’ae, c’est un univers aux antipodes de celui qu’il fréquentait à Séoul. Par la faute d’un maître passif, les élèves sont en fait sous la férule du chef de classe, Om Sokdae.  Personnage charismatique, perspicace, doué d’une intelligence politique acérée, Om Sokdae, est l’ombre tutélaire qui plane sur cette classe, sur le livre de Yi Munyol. Il est le héros du titre du roman, une sorte de faux tyran éclairé, rien de moins qu’un big brother comme en connaissent malheureusement tous les peuples soumis à la dictature impitoyable d’un homme.

    C’est donc une formidable parabole que nous livre là Yi Munyol. Il faut voir en effet dans  Notre héros défiguré, une critique de la dictature, des régimes autoritaires et coercitifs et de leurs instigateurs. Une dénonciation qui s’inscrit dans le contexte historique d’une Corée marquée par les règnes plus ou moins féroces d’autocrates (de Synghman Rhee à Chun Doo-hwan en passant par Park Chung Hee). Une dénonciation qui élargit la réflexion sur la responsabilité de chaque individu, citoyen, dans cette situation. La lâcheté, le bénéfice de quelques faveurs, le conformisme de chacun constituent un terreau qui permet à la dictature de perdurer. La trajectoire que Yi Munyol fait suivre à Han Pyongt’ae est à ce titre symbolique : du rôle d’opposant à celui de favori, de la contestation à la résignation, voire à la satisfaction.  

    Ce texte de Yi Munyol a une vocation universelle au-delà de son contexte local.  Et c’est aussi possible grâce à la transposition à l’univers de l’école et de l’adolescence de l’univers dictatorial. Il est remarquable de voir comment l’auteur coréen réussit, à ne pas s’embourber dans le pathos, à s’affranchir de l’histoire tout en autorisant l’empathie nécessaire, en facilitant l’identification à son lecteur, sans transiger sur le dénudement de la mécanique de la dictature. Yi Munyol poursuit sa réflexion sur la chute du tyran et sur la suite de l’histoire. Il nous dit que la tentation du retour en arrière reste présente, que la liberté est un exercice périlleux, que la figure de celui qui nous a dominé est intériorisée, toujours menaçante.

    Notre héros défiguré ne doit pourtant pas être uniquement considéré sous cet aspect politique au point d’occulter les qualités littéraires de l’ouvrage. Difficile de lâcher le livre une fois en main en raison de l’habileté narrative, de la tension des situations qu’imposent Yi Munyol. Il arrive à faire baigner son lecteur dans l’ambiance de la dictature et de la terreur avec talent, à imposer ses personnages, comme l’omniprésent Om Sokdae. Le récit ne cède pas à la réflexion sur la dictature mais ne fait plus qu’un avec elle sous la plume racée de Yi Munyol.

    Brillant. A lire.

  • Un fusil dans la main, un poème dans la poche - Emmanuel Dongala

    fusil-dans-main.jpgL’Afrique a elle aussi rêvé de révolution et de grand soir. De la lutte pour l’indépendance jusqu’aux désillusions des dictateurs et des putschs, elle a espéré les changements qui devaient la relever de la boue et de la misère du colonialisme pour la conduire vers le développement. Mayéla di Mayéla, le héros d'un fusil dans la main et d'un poème dans la poche est en quelque sorte le symbole de cette génération perdue qui a émergé au sortir des indépendances africaines dans les années 60.

    Après des études en Europe, Mayéla di Mayéla part combattre pour l’indépendance du Zimbabwe. C'est un révolutionnaire enflammé qui met en pratique ses idées pour la libération de l'Afrique et la prise du pouvoir. Il voit une autre Afrique, sortie de ces maux interminables qui la ravagent, une Afrique maître de son propre destin, suivant sa propre voie, idéalisée, une Afrique qui n’existe toujours pas. Il parcourt l'Afrique Centrale et traverse différents périples, subissant les affres de la torture et de la prison. Sa quête est récompensée par l'obtention du pouvoir suprême dans son pays après un combat politique acharné.  Mais plus dure est la chute de Mayéla qui trahit ses idéaux de justice et de révolution en se conduisant en despote corrompu comme tant d'autres.

    Un fusil dans la main un poème dans la poche est malheureusement une histoire tragique qui s'est avérée banale au carrefour des indépendances. Il est donc dommage que le livre d'Emmanuel Dongala n'arrive que partiellement à convaincre. En effet à la fin du livre, on se rend compte que beaucoup de sujets ont été évoqués, amenés sur le tapis sans être approfondis, emportés dans une succession un peu brouillonne d'évènements, d'actions, de souvenirs, de personnages. Il y a un certain manque de consistance dans le traitement des sujets, dans les personnages qui nuit à la force de l'ouvrage et laisse apparaître quelques passages vides ou un peu naïfs. Reste que le personnage de Mayéla di Mayéla est attachant dans ses doutes, ses rêves, ses combats. Sa fraîcheur et sa naïveté en rajoutent à la cruelle désillusion de l’histoire.

    Impression très mitigée au final.