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famille - Page 5

  • Contre son cœur – Hanif Kureishi

    famille,père,inde,pakistan,cricket,autobiographie,écrivain,métissageAvec contre son cœur, Hanif Kureishi s’est lancé dans un projet original. Il écrit en quelque sorte une biographie de son père en partant des manuscrits jamais publiés de ce dernier, des autobiographies à peine déguisées. En fouillant ainsi dans le passé de son père, en approchant aussi près l’intime, le cœur de ce dernier, Hanif Kureishi se lance dans une quête des origines et dans une histoire familiale parfois intéressantes. L’histoire de la famille Kureishi prend en effet racine dans l’Inde britannique pour se ramifier au Pakistan, au Royaume-Uni dans un contexte de chute de l’empire britannique, de conflits religieux et d’exil. Elle contient ses parts d’ombre et son quota de rivalités et de frustrations qui alimentent principalement les œuvres du père d’Hanif Kureishi.

    Souvent tout de même, ces histoires entre les nombreux frères Kureishi se révèlent loin d’être passionnantes, entre amours adolescentes et cricket. Pas plus que celles qui ont trait à la figure imposante du grand-père d’Hanif Kureishi. On aurait aimé qu’une place plus importante, qu’un regard plus aiguisé soient accordés au contexte historique unique dans lequel évolue la famille Kureishi.

    C’est surtout la lecture que fait Hanif Kureishi, à posteriori, le regard qu’il jette sur son propre père à partir de ces éléments qu’il découvre dans les manuscrits qui est vraiment intéressant. L’auteur anglais redécouvre son père, analyse son existence dans un processus de véritable mise à nu. Il questionne avec une lucidité parfois dérangeante, l’existence et les choix de son père. Pourquoi avoir choisi cette insipide vie de classe moyenne de banlieue avec ce poste insignifiant à l’ambassade du Pakistan alors qu’il rêvait d’écriture et d’une certaine façon de la vie de son frère Omar ?

    Hanif Kureishi ne cesse de comparer son père à son frère au détriment du premier. Il souligne d’autant plus le contraste entre ces deux frères, que lui-même est devenu ce que son père souhaitait être. Il a réussi là où son père a échoué. Il ne cesse d’ailleurs tout au long du livre de bousculer son père, de l’abandonner comme sujet, de mettre sa biographie de côté pour parler de lui et faire de contre son cœur une autobiographie à l’ombre de la biographie et des manuscrits de son père.  Ce n’est pas toujours une réussite. Hanif Kureishi a une relative clémence, envers lui-même et son parcours, qu’il n’accorde pas à son père. Et honnêtement si on peut être intéressé par le parcours d’un métis britannico-pakistanais désireux de devenir artiste dans les années 60 et 70 parmi les blancs, les multiples passages sur les œuvres et succès de l’auteur – dont my beautiful laundrette et le buddha de banlieue – sont loin d’être passionnants. Il en est de même pour les passages montrant Hanif Kureishi en train de travailler et de progresser dans l’écriture de ce livre.

    Contre son cœur est un livre qui me laisse au final un sentiment mitigé. Il n’est intéressant que par à-coups, malgré un projet plutôt original. Hanif kureishi semble un peu dilettante alors qu’il a une matière extrêmement riche. Il glisse ci et là sur des thèmes des sujets qui pourraient être plus forts, marquer plus le livre si on dépassait le stade de l’anecdote, du souvenir ou de la vague analyse. Le portrait de Shannoo - son père – finit par être dilué sans que l’on gagne grand-chose au change.

    Décevant.

  • L’origine de la violence – Fabrice Humbert

    lorigine-de-la-violence.jpgA l’occasion d’un voyage au camp de concentration de Buchenwald, un abîme s’ouvre sous les pieds du narrateur : là, sur une photo, un détenu dont la ressemblance avec son père le saisit pour ne plus le quitter. Qui peut bien être cet homme, ce David Wagner ? C’est le début d’une quête des origines qui tente d’apporter une réponse aux maux du présent et du narrateur. Et si c’était là l’origine de cette violence, de cette inquiétude, cette insatisfaction qu’il a en lui ? Un secret de famille, énorme, de ceux qui gangrènent les êtres, les cœurs et les familles jusqu’à la putréfaction totale, quand il n’est plus possible de rien cacher et que tout est déjà perdu.

    Le livre de Fabrice Humbert est assurément ambitieux et plutôt réussi. L’histoire de cette famille est tout simplement saisissante. Elle est riche de personnages atypiques et forts dont les ombres planent sur l’œuvre : une lignée d’hommes marqués par cette histoire qui court sur plusieurs générations. Que de ténèbres, de méandres pour une tragédie familiale progressivement dénouée pour révéler toute sa substance. Fabrice Humbert emprunte des chemins sinueux pour arriver à la vérité qui hante le narrateur, ce nœud gordien dans son passé. Il y a bien quelques longueurs mais c’est raconté avec un certain suspens et une narration parfois enlevée, qui convainquent le lecteur.

    L’ancrage du livre et de cette histoire familiale dans un contexte franco-allemand, avec en point d’orgue la seconde guerre mondiale etla Shoah, donne une richesse supplémentaire à l’ouvrage. Il est néanmoins entendu que le livre de Fabrice Humbert n’apporte pas grand-chose à tous ceux qui prendraient cette perspective historique comme principal angle d’attaque du livre. L’essentiel est ailleurs, même si on se départit difficilement du poids du nazisme et de tous ses corollaires à la lecture.  Même si on peut regretter la relative lourdeur et l’exploitation finalement limitée de l’histoire du narrateur français avec une allemande.

    Avec L’origine de la violence, Fabrice Humbert écrit un livre intelligent, profond qui interpelle sur le poids des héritages familiaux. Car, le plus important, comme l’indique le titre du livre, c’est la compréhension de soi du narrateur à travers la recherche de ses origines et l’exploration intime de cet entrelacs d’histoires uniques, dans le but de dépasser ses propres limites et contradictions, de vaincre peut-être ses démons.

    Intéressant et tortueux. 

  • La liste de mes envies - Grégoire Delacourt

    9782709638180.jpgVous ne connaissez pas Jocelyne ? Jocelyne, c’est cette bonne femme d’Arras qui gagne par hasard au loto un peu plus de 18 millions d’euros. Elle ne joue jamais Jocelyne, non, pas comme ces crétines de sœurs vieilles filles qui ne peuvent se séparer et qui sont ce qui se rapprochent le plus des meilleures amies pour elle.  Après que ces dernières aient lourdement insisté, Jocelyne accepte de jouer une fois, mais alors une seule fois. Et là, paf 18 millions d’euros ! Saloperie de destin. 18 millions d’euros ! Vous vous rendez compte ? Non ? Ben, elle non plus.

    Tout cet argent, ça la trouble, ça la fait douter, Jo, et du coup elle ne dit rien à personne, ne change rien à sa vie. Pourtant ce n’est pas comme si elle n’avait pas une vie de merde,  Jo. Excusez-moi pour la trivialité, mais c’est la vérité. Jo a une sacrée vie de merde. Au mieux dans la moyenne, pour ne pas dire moche, enveloppée pour manier l’euphémisme, elle pourrait filer chez un esthète du bistouri. Oui mais non. On peut la comprendre, pas le physique. Pas assez noble. Alors elle pourrait en faire vraiment quelque chose de sa petite mercerie pourrie qui fonctionne tant bien que mal. Oui mais non. Les investissements directs c’est pour les chinois. Il faut aller à l’essentiel, la famille !

    Pourquoi pas se dit Jocelyne. Aider ses deux enfants qui sont maintenant loin du foyer familial. Oui, éventuellement financer les films de sa fille, qui a l’air, ceci dit, d’une demi-demeurée shootée ou alors sauver la mise de son inconscient de garçon parti se débrouiller dans le sud avec sa copine. Eux peut-être, oui, mais pas Jocelyn. Non, pas son mari (oui, oui il s'appelle Jocelyn...), pas cet ouvrier un peu fruste qui rêve d’argent pour s’offrir une grosse voiture et une femme plus jeune. Non, pas ce salaud qu’elle aime mais qui lui en a fait voir des vertes et des pas mûres, surtout après la mort à la naissance de leur troisième enfant. A tel point qu’elle a failli prendre un amant. Oui, à ce point !

    Il faut comprendre cette pauvre Jocelyne, mais peut-être pas au point d’accepter qu’elle passe son temps à écrire de stupides listes d’envies guimauves au lieu d’aller encaisser son chèque qu’elle garde au fond de sa chaussure comme une imbécile. On en vient presqu’à être heureux que son mari finisse par le lui voler pour vivre ses rêves. Presque, parce que ce crétin n’arrive évidemment à rien faire de correct avec tout cet argent. Et ouais, dure la vie sans Jocelyne pour lui. Dur et cruel le monde pour lui qui ne se heurte qu’au toc, au fade, au vénal et au superficiel. Et oui, que c’est triste pour lui d’être millionnaire. Et s’il rendait l’argent à Jocelyne ? S’il tentait un come-back auprès d’elle ? Et non coco, ce n’est pas aussi facile, il y a une justice sur terre et elle va finir heureuse alors que ton unique lot sera la solitude.

    Tout ça pour dire quoi ? Que l’argent ne fait pas le bonheur évidemment. Et si je me suis permis d’en dire trop sur l’intrigue, d’adopter ce ton moqueur, c’est pour souligner l’assommante morale à deux balles qui est permanente dans ce livre. Tout ça pour ça. Il faut vraiment arriver à supporter tout au long des pages ces personnages caricaturaux, inintéressants et sans aspérités qui n’ont que cette leçon d’une banalité affligeante comme finalité et profondeur. « Si l’argent ne fait pas le bonheur, rendez-le » dixit Jules Renard.

    Il n’y a pas grand-chose à dire sur l’écriture transparente, le style inexistant si ce n’est que Grégoire Delacourt ne se départit à aucun moment d’une tonalité guimauve, sirupeuse et d’une avalanche de bons sentiments qui écoeurent. Tout est prévisible, se voit à des kilomètres dans ce roman peu  subtil qui enfile les clichés avec beaucoup de sérieux.

    Consternant.