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famille - Page 5

  • Le cas Sneijder – Jean Paul Dubois

    le-cas-sneijder.jpgPaul Sneijder est victime d’un improbable accident d’ascenseur dont il est l’unique survivant. De retour à la vie, Paul jette un regard dur sur son existence. Le portrait qu’il en fait est réellement médiocre. Paul est un gentil raté qui aurait pu avoir une vie acceptable, heureuse si son premier mariage duquel il a eu une fille n’avait capoté pour ne plus laisser de traces, totalement emporté dans de tristes accidents. Au lieu de quoi, nous découvrons comment il a fini par s’exiler au Canada pour suivre l’acariâtre et ambitieuse Anna, sa seconde épouse dont il a eu deux insupportables fils jumeaux qui tiennent essentiellement d’elles.

    Comment un homme, la soixantaine, engoncé dans une existence comme la sienne, loin de chez lui peut-il s’en sortir ? Pathétique, Paul raconte son passé, cherche en vain une explication à ce qui s’est passé dans l’acquisition d’un savoir encyclopédique lié aux ascenseurs. Il faut fuir, pas seulement ses nouvelles crises d’angoisses dans des endroits clos, mais cette existence morne, cette femme castratrice et ces enfants indifférents. Il ne suffit pas de quitter son boulot et de devenir promeneur pour chiens. Il ne suffit pas de ne pas accepter un procès contre la compagnie qui fabrique l’ascenseur qui lui a tant pris. Il ne suffit pas de fermer les yeux sur l’infidélité de sa femme. Il faut que Paul sorte d’une léthargie, d’une lâcheté qui l’a mené là où il est et qui va le conduire dans une effroyable impasse.

    Pas la peine d’en dire plus. Malgré les à-côtés extraordinaires que peut revêtir l’histoire, Jean-Paul Dubois ne fait que raconter l’histoire tristement banale d’un homme échoué, qui a raté sa vie, professionnelle certes, mais sentimentale, familiale, par lâcheté. Oui c’est une histoire banale, mais agréablement banale. Jean-Paul Dubois sait y faire en matière de récit. L’histoire est rondement menée par l’écrivain toulousain d’une écriture légère et juste jusqu’à son dénouement qui est une très bonne porte de sortie. Il se permet des situations assez drôles, un peu absurdes comme il en a l’habitude, le tout dans un climat de mélancolie, de défaite et d’impuissance qui est convaincant et immersif. Paul nous touche même s’il ne restera pas dans notre mémoire, même si on a envie de le secouer parce qu’on a peur de lui ressembler.

    Le cas Sneijder n’a rien d’extraordinaire, mais c’est un livre agréable d’un savoir-faire. Celui de Jean-Paul Dubois.

  • Loin de mon père – Véronique Tadjo

    pere-f1956.jpgNina doit retourner en Côte d’Ivoire, son père est décédé. Il ne s’agit pas seulement de funérailles, mais de retrouvailles. Avec son pays meurtri par la guerre, avec sa famille paternelle qui a décidé de tout gérer à sa façon, avec le fantôme de son père, pas vraiment conforme à l’image qu’elle se faisait de lui, avec elle-même, face à sa culture, à son passé.

    Tout au long du livre, le portrait de son père que se faisait Nina se fissure pour finalement voler en éclats et apparaître comme mensonger. Nina découvre que son père n’était pas celui qu’il croyait maintenant qu’il n’est plus là pour couvrir ses secrets. A chaque fois que Nina tombe sur un de ces secrets, qu’ils soient familiaux, financiers, professionnels, c’est comme un coup de massue dont elle a du mal  à s’en remettre. Véronique Tadjo ramène ainsi le lecteur à des interrogations profondes auxquelles chacun doit faire face. Qui sont vraiment nos parents ? Qui sont ces êtres que nous chérissons tant et que nous croyons si bien connaître ? Quel regard avons-nous le droit de jeter sur leurs existences ? Il y a toujours quelque chose de pourri dans le royaume de la famille…

    Les choses sont d’autant moins faciles pour Nina qu’elle est dans une problématique identitaire complexe. Ce qu’elle découvre sur son père la ramène forcément à sa mère disparue et à sa différence en tant que blanche vivant en Côte d’Ivoire. Il est ici question d’intégration, mais aussi de distanciation et de retour. Des questions qui touchent particulièrement une Nina métisse et vivant à l’étranger. Revenue au pays, la tentation de rester émerge, tout comme celle de ne plus complètement être chez soi. Aux prises avec sa famille paternelle, mais pas seulement, également avec un ancien amant ou des amis, elle réalise la difficulté du retour, la distance qu’elle a désormais avec ce monde, ses us et coutumes, ses logiques. Et si la solution, c’était l’éloignement définitif comme sa sœur Gabrielle ?

    Il y a une tonalité un peu mélancolique, un peu triste qui sied au contexte du livre. Au-delà des funérailles et des interrogations qui tenaillent Nina, il y a ces impressions sur un pays qui était encore en situation de partition et de guerre larvée à l’époque. Nina revient dans une Côte d’Ivoire qu’elle décrit abîmée, à genoux, en proie à la corruption, à l’insécurité etc. Un pays que parfois elle ne reconnaît pas par rapport aux images qu’elle a dans la tête.

    Véronique Tadjo n’utilise pas d’artifices littéraires dans Loin de mon père – à peine des carnets de son père insérés, les mails échangés entre Nina et Gabrielle. Le récit est simple, sans fioritures, la langue effacée, ordinaire, l’ensemble est touchant, juste, avec de fortes interrogations. Loin de mon père est un bon livre même si on est tout de même un cran en dessous du formidable Reine Pokou, et d’à l’ombre d’Imana.

    J’aime bien les livres de Véronique Tadjo.

  • L’épaisseur des âmes - Colm Toibin

    418tAlzR3oL._SS400_.jpgLe titre original du livre de Colm Toibin, Mothers and Sons en dit plus que celui choisi pour la traduction, le néanmoins très beau l’épaisseur des âmes. Il s’agit dans ce livre donc de 9 nouvelles à travers lesquelles Colm Toibin aborde les relations mère-fils mais pas uniquement. Ce recueil de nouvelles dit aussi quelque chose de l’Irlande et surtout il le dit d’une manière singulière. C’est l’écriture de Colm Toibin qui fait la force de ce recueil. Ce sont les silences, la nécessité de lire l’essentiel entre les lignes, le non-dit, qui en font sa spécificité. Quelque chose de dense, d’intense mais de voilé, de couvert semble courir dans les situations décrites par l’auteur irlandais, dans les rapports entre ces mères et ses fils - et pour extrapoler sur ces terres d’Irlande. Le manque, le deuil, l’incompréhension, la colère et le désir, la culpabilité sont présents entre ces personnages. Ces neuf nouvelles sont plutôt inégales mais peuvent inciter à découvrir l’œuvre de cet écrivain. Pour le détail :

     

    L’usage de la raison: Un caïd se retrouve avec des tableaux impossibles à vendre après un casse réussi. La situation est d’autant plus embarrassante que sa mère, alcoolique, ne sait pas tenir sa langue. La mort du frère du caïd semble s’interposer entre eux. Nouvelle intéressante mais qui manque de quelque chose dans la relation mère-fils justement. Le personnage a quelque chose de celui du film de John Boorman, Le général. 

    Une chanson: Cette nouvelle a quelque chose de fascinant. Brève, mais intense, elle raconte les retrouvailles accidentelles entre une mère et un fils dans un pub. Ils ne se connaissent pas mais partagent un lien qui se matérialise à travers la musique. 

    Le ticket gagnant: C’est une nouvelle assez longue et très riche qui aborde les pérégrinations d’une veuve, mère de trois enfants, pour sauver le commerce criblé de dettes dont elle a hérité à la mort de son mari. Cette mère a un rêve mais découvre qu’il est en contradiction avec l’évolution de son fils. Choc des ambitions, survivance du mari dans le fils, relation de mère célibataire avec son fils au programme. Complexe. 

    Famous Blue Raincoat: Cette nouvelle a un air des 60-70’ et est l’une de mes préférées du recueil. Comment les agissements innocents d’un fils réveillent les souvenirs douloureux de sa mère. Elle a été une autre femme dans le passé, jeune, et surtout confrontée au succès et à un drame intime qui lui est lié. Un morceau de ce qu’elle est refait inopinément irruption dans sa vie mais a un sens trop lourd pour sereinement s’intégrer à cette relation mère-fils. Beau. 

    Un prêtre dans la famille: Une relation mère-fils vue sous un double prisme particulier. Le fils est un prêtre et il est accusé d’un crime. Avoir un prêtre dans la famille c’est quelque chose de noble, mais c’est aussi partager ce fils avec tous. Et si c'est un criminel ? Cette nouvelle est ma préférée du recueil. Intense. 

    Trois amis: Un homme qui vient de perdre sa mère est rejoint par des amis qui ne semblent pas nécessairement avoir leur place aux funérailles et qui surtout l’invitent à une nuit de débauche quelques jours plus tard. Comme pour oublier. Deuil de la mère par le fils ? Pas seulement, les relations entre ces hommes interpellent. La nouvelle ne me semble pas totalement aboutie. 

    Un job d’été: Une mère s’interroge sur les relations privilégiées développées entre son fils et sa grand-mère au fil du temps. L’adolescence du jeune homme, la mort peut-être imminente de la vieille femme viennent tout bouleverser et introduire des tensions entre mère et fils. Je suis passé à côté de cette nouvelle qui ne m’a pas inspiré grand chose. 

    Un long hiver: Deuxième nouvelle longue et riche du recueil avec « un ticket gagnant ». Elle se déroule hors d’Irlande, en Espagne. Un jeune homme de retour de l’armée est confronté aux difficultés de sa mère et à ce qui lui a été caché en son absence. A l’issue d’une dispute, sa mère disparaît alors que dehors c’est la tempête de neige dans la montagne. Nouvelle intéressante et qui porte sur plusieurs thèmes.