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famille - Page 5

  • La liste de mes envies - Grégoire Delacourt

    9782709638180.jpgVous ne connaissez pas Jocelyne ? Jocelyne, c’est cette bonne femme d’Arras qui gagne par hasard au loto un peu plus de 18 millions d’euros. Elle ne joue jamais Jocelyne, non, pas comme ces crétines de sœurs vieilles filles qui ne peuvent se séparer et qui sont ce qui se rapprochent le plus des meilleures amies pour elle.  Après que ces dernières aient lourdement insisté, Jocelyne accepte de jouer une fois, mais alors une seule fois. Et là, paf 18 millions d’euros ! Saloperie de destin. 18 millions d’euros ! Vous vous rendez compte ? Non ? Ben, elle non plus.

    Tout cet argent, ça la trouble, ça la fait douter, Jo, et du coup elle ne dit rien à personne, ne change rien à sa vie. Pourtant ce n’est pas comme si elle n’avait pas une vie de merde,  Jo. Excusez-moi pour la trivialité, mais c’est la vérité. Jo a une sacrée vie de merde. Au mieux dans la moyenne, pour ne pas dire moche, enveloppée pour manier l’euphémisme, elle pourrait filer chez un esthète du bistouri. Oui mais non. On peut la comprendre, pas le physique. Pas assez noble. Alors elle pourrait en faire vraiment quelque chose de sa petite mercerie pourrie qui fonctionne tant bien que mal. Oui mais non. Les investissements directs c’est pour les chinois. Il faut aller à l’essentiel, la famille !

    Pourquoi pas se dit Jocelyne. Aider ses deux enfants qui sont maintenant loin du foyer familial. Oui, éventuellement financer les films de sa fille, qui a l’air, ceci dit, d’une demi-demeurée shootée ou alors sauver la mise de son inconscient de garçon parti se débrouiller dans le sud avec sa copine. Eux peut-être, oui, mais pas Jocelyn. Non, pas son mari (oui, oui il s'appelle Jocelyn...), pas cet ouvrier un peu fruste qui rêve d’argent pour s’offrir une grosse voiture et une femme plus jeune. Non, pas ce salaud qu’elle aime mais qui lui en a fait voir des vertes et des pas mûres, surtout après la mort à la naissance de leur troisième enfant. A tel point qu’elle a failli prendre un amant. Oui, à ce point !

    Il faut comprendre cette pauvre Jocelyne, mais peut-être pas au point d’accepter qu’elle passe son temps à écrire de stupides listes d’envies guimauves au lieu d’aller encaisser son chèque qu’elle garde au fond de sa chaussure comme une imbécile. On en vient presqu’à être heureux que son mari finisse par le lui voler pour vivre ses rêves. Presque, parce que ce crétin n’arrive évidemment à rien faire de correct avec tout cet argent. Et ouais, dure la vie sans Jocelyne pour lui. Dur et cruel le monde pour lui qui ne se heurte qu’au toc, au fade, au vénal et au superficiel. Et oui, que c’est triste pour lui d’être millionnaire. Et s’il rendait l’argent à Jocelyne ? S’il tentait un come-back auprès d’elle ? Et non coco, ce n’est pas aussi facile, il y a une justice sur terre et elle va finir heureuse alors que ton unique lot sera la solitude.

    Tout ça pour dire quoi ? Que l’argent ne fait pas le bonheur évidemment. Et si je me suis permis d’en dire trop sur l’intrigue, d’adopter ce ton moqueur, c’est pour souligner l’assommante morale à deux balles qui est permanente dans ce livre. Tout ça pour ça. Il faut vraiment arriver à supporter tout au long des pages ces personnages caricaturaux, inintéressants et sans aspérités qui n’ont que cette leçon d’une banalité affligeante comme finalité et profondeur. « Si l’argent ne fait pas le bonheur, rendez-le » dixit Jules Renard.

    Il n’y a pas grand-chose à dire sur l’écriture transparente, le style inexistant si ce n’est que Grégoire Delacourt ne se départit à aucun moment d’une tonalité guimauve, sirupeuse et d’une avalanche de bons sentiments qui écoeurent. Tout est prévisible, se voit à des kilomètres dans ce roman peu  subtil qui enfile les clichés avec beaucoup de sérieux.

    Consternant.

  • Un si long voyage – Rohinton Mistry

    amitié,inde,famille,pauvretéUn si long voyage, premier roman de Rohinton Mistry, est construit autour de la figure de Gustad Noble, un des habitants de Khodadad Building dans un quartier populaire de Bombay. Ce personnage charismatique et presque trop bon sert de pivot à l’auteur indo-canadien pour écrire à la fois, un roman familial, la chronique d’un immeuble et de ses habitants et plus généralement celle de l’Inde des années 70.

    Socialement déclassé à l’adolescence suite à la faillite des affaires familiales, Gustad Noble fonde trop d’espoirs sur la réussite scolaire de son fils aîné qui a d’autres ambitions. Ce ne sont pas les soucis de santé de sa dernière qui poussent sa gentille épouse Dilnavaz vers des croyances occultes ou les amours de son cadet avec une fille de voisinage qui vont lui simplifier l’existence. Il faut pourtant s’en sortir, tirer le diable par la queue et vivre tant bien que mal.

    Gustad Noble est un héros à l’ancienne, une figure du bien qui résiste à l’empilement de petites catastrophes avec les moyens du bord, essayant de garder le cœur pur et de faire les bons choix. C’est un personnage moins intéressant dans le cadre familial que dans celui de son immeuble et de son univers à Bombay. En interaction avec plusieurs personnages hauts en couleur (l’idiot Tehmul,  la voisine Miss Kutpitia, l’inspecteur Gulham…), Gustad Noble s’avère être un régulateur et un animateur de la vie de l’immeuble et du quartier.

    Il s’agit ici de profiter de ces petites histoires, ces petits riens, ces aventures de quartier, d’immeuble, du banal quotidien, qui ont une douce saveur et qui dessinent par petites touches, la vie de ces gens. Rohinton Mistry se cale ainsi au plus près de ses personnages, des gens ordinaires pour parler de la vie de l’Inde populaire, de ses croyances, de ses habitudes, etc.

    Pour passer à l’échelon supérieur et évoquer le système politique corrompu d’Indira Gandhi et la guerre d’indépendance du Bangladesh, Rohinton Mistry se servira de l’histoire d’amitié rompue puis renouée de Gustad Noble avec Jimmy Bilimoria, un gradé de l’armée qui l’entraîne dans les coulisses malodorantes du pouvoir. Jusqu’à quel point doit-on faire confiance à un ami ? Que sait-on vraiment d’eux ? Qui sont-ils réellement ? Le livre questionne également la nature du lien d’amitié à travers le personnage du collègue Dinshawji.

    Un si long voyage est un roman sympathique. Pas toujours passionnant, il est tout de même peuplé de personnages attachants, parfois uniformes certes. Longuet et pas toujours fin dans sa chronique de l’Inde - cette histoire avec Jimmy Bilimoria... -, il reste intéressant sur la question de l’amitié et globalement plaisant.

    Sans comparaison avec l’équilibre du monde.

  • Le cas Sneijder – Jean Paul Dubois

    le-cas-sneijder.jpgPaul Sneijder est victime d’un improbable accident d’ascenseur dont il est l’unique survivant. De retour à la vie, Paul jette un regard dur sur son existence. Le portrait qu’il en fait est réellement médiocre. Paul est un gentil raté qui aurait pu avoir une vie acceptable, heureuse si son premier mariage duquel il a eu une fille n’avait capoté pour ne plus laisser de traces, totalement emporté dans de tristes accidents. Au lieu de quoi, nous découvrons comment il a fini par s’exiler au Canada pour suivre l’acariâtre et ambitieuse Anna, sa seconde épouse dont il a eu deux insupportables fils jumeaux qui tiennent essentiellement d’elles.

    Comment un homme, la soixantaine, engoncé dans une existence comme la sienne, loin de chez lui peut-il s’en sortir ? Pathétique, Paul raconte son passé, cherche en vain une explication à ce qui s’est passé dans l’acquisition d’un savoir encyclopédique lié aux ascenseurs. Il faut fuir, pas seulement ses nouvelles crises d’angoisses dans des endroits clos, mais cette existence morne, cette femme castratrice et ces enfants indifférents. Il ne suffit pas de quitter son boulot et de devenir promeneur pour chiens. Il ne suffit pas de ne pas accepter un procès contre la compagnie qui fabrique l’ascenseur qui lui a tant pris. Il ne suffit pas de fermer les yeux sur l’infidélité de sa femme. Il faut que Paul sorte d’une léthargie, d’une lâcheté qui l’a mené là où il est et qui va le conduire dans une effroyable impasse.

    Pas la peine d’en dire plus. Malgré les à-côtés extraordinaires que peut revêtir l’histoire, Jean-Paul Dubois ne fait que raconter l’histoire tristement banale d’un homme échoué, qui a raté sa vie, professionnelle certes, mais sentimentale, familiale, par lâcheté. Oui c’est une histoire banale, mais agréablement banale. Jean-Paul Dubois sait y faire en matière de récit. L’histoire est rondement menée par l’écrivain toulousain d’une écriture légère et juste jusqu’à son dénouement qui est une très bonne porte de sortie. Il se permet des situations assez drôles, un peu absurdes comme il en a l’habitude, le tout dans un climat de mélancolie, de défaite et d’impuissance qui est convaincant et immersif. Paul nous touche même s’il ne restera pas dans notre mémoire, même si on a envie de le secouer parce qu’on a peur de lui ressembler.

    Le cas Sneijder n’a rien d’extraordinaire, mais c’est un livre agréable d’un savoir-faire. Celui de Jean-Paul Dubois.