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famille - Page 6

  • Un si long voyage – Rohinton Mistry

    amitié,inde,famille,pauvretéUn si long voyage, premier roman de Rohinton Mistry, est construit autour de la figure de Gustad Noble, un des habitants de Khodadad Building dans un quartier populaire de Bombay. Ce personnage charismatique et presque trop bon sert de pivot à l’auteur indo-canadien pour écrire à la fois, un roman familial, la chronique d’un immeuble et de ses habitants et plus généralement celle de l’Inde des années 70.

    Socialement déclassé à l’adolescence suite à la faillite des affaires familiales, Gustad Noble fonde trop d’espoirs sur la réussite scolaire de son fils aîné qui a d’autres ambitions. Ce ne sont pas les soucis de santé de sa dernière qui poussent sa gentille épouse Dilnavaz vers des croyances occultes ou les amours de son cadet avec une fille de voisinage qui vont lui simplifier l’existence. Il faut pourtant s’en sortir, tirer le diable par la queue et vivre tant bien que mal.

    Gustad Noble est un héros à l’ancienne, une figure du bien qui résiste à l’empilement de petites catastrophes avec les moyens du bord, essayant de garder le cœur pur et de faire les bons choix. C’est un personnage moins intéressant dans le cadre familial que dans celui de son immeuble et de son univers à Bombay. En interaction avec plusieurs personnages hauts en couleur (l’idiot Tehmul,  la voisine Miss Kutpitia, l’inspecteur Gulham…), Gustad Noble s’avère être un régulateur et un animateur de la vie de l’immeuble et du quartier.

    Il s’agit ici de profiter de ces petites histoires, ces petits riens, ces aventures de quartier, d’immeuble, du banal quotidien, qui ont une douce saveur et qui dessinent par petites touches, la vie de ces gens. Rohinton Mistry se cale ainsi au plus près de ses personnages, des gens ordinaires pour parler de la vie de l’Inde populaire, de ses croyances, de ses habitudes, etc.

    Pour passer à l’échelon supérieur et évoquer le système politique corrompu d’Indira Gandhi et la guerre d’indépendance du Bangladesh, Rohinton Mistry se servira de l’histoire d’amitié rompue puis renouée de Gustad Noble avec Jimmy Bilimoria, un gradé de l’armée qui l’entraîne dans les coulisses malodorantes du pouvoir. Jusqu’à quel point doit-on faire confiance à un ami ? Que sait-on vraiment d’eux ? Qui sont-ils réellement ? Le livre questionne également la nature du lien d’amitié à travers le personnage du collègue Dinshawji.

    Un si long voyage est un roman sympathique. Pas toujours passionnant, il est tout de même peuplé de personnages attachants, parfois uniformes certes. Longuet et pas toujours fin dans sa chronique de l’Inde - cette histoire avec Jimmy Bilimoria... -, il reste intéressant sur la question de l’amitié et globalement plaisant.

    Sans comparaison avec l’équilibre du monde.

  • Le cas Sneijder – Jean Paul Dubois

    le-cas-sneijder.jpgPaul Sneijder est victime d’un improbable accident d’ascenseur dont il est l’unique survivant. De retour à la vie, Paul jette un regard dur sur son existence. Le portrait qu’il en fait est réellement médiocre. Paul est un gentil raté qui aurait pu avoir une vie acceptable, heureuse si son premier mariage duquel il a eu une fille n’avait capoté pour ne plus laisser de traces, totalement emporté dans de tristes accidents. Au lieu de quoi, nous découvrons comment il a fini par s’exiler au Canada pour suivre l’acariâtre et ambitieuse Anna, sa seconde épouse dont il a eu deux insupportables fils jumeaux qui tiennent essentiellement d’elles.

    Comment un homme, la soixantaine, engoncé dans une existence comme la sienne, loin de chez lui peut-il s’en sortir ? Pathétique, Paul raconte son passé, cherche en vain une explication à ce qui s’est passé dans l’acquisition d’un savoir encyclopédique lié aux ascenseurs. Il faut fuir, pas seulement ses nouvelles crises d’angoisses dans des endroits clos, mais cette existence morne, cette femme castratrice et ces enfants indifférents. Il ne suffit pas de quitter son boulot et de devenir promeneur pour chiens. Il ne suffit pas de ne pas accepter un procès contre la compagnie qui fabrique l’ascenseur qui lui a tant pris. Il ne suffit pas de fermer les yeux sur l’infidélité de sa femme. Il faut que Paul sorte d’une léthargie, d’une lâcheté qui l’a mené là où il est et qui va le conduire dans une effroyable impasse.

    Pas la peine d’en dire plus. Malgré les à-côtés extraordinaires que peut revêtir l’histoire, Jean-Paul Dubois ne fait que raconter l’histoire tristement banale d’un homme échoué, qui a raté sa vie, professionnelle certes, mais sentimentale, familiale, par lâcheté. Oui c’est une histoire banale, mais agréablement banale. Jean-Paul Dubois sait y faire en matière de récit. L’histoire est rondement menée par l’écrivain toulousain d’une écriture légère et juste jusqu’à son dénouement qui est une très bonne porte de sortie. Il se permet des situations assez drôles, un peu absurdes comme il en a l’habitude, le tout dans un climat de mélancolie, de défaite et d’impuissance qui est convaincant et immersif. Paul nous touche même s’il ne restera pas dans notre mémoire, même si on a envie de le secouer parce qu’on a peur de lui ressembler.

    Le cas Sneijder n’a rien d’extraordinaire, mais c’est un livre agréable d’un savoir-faire. Celui de Jean-Paul Dubois.

  • Loin de mon père – Véronique Tadjo

    pere-f1956.jpgNina doit retourner en Côte d’Ivoire, son père est décédé. Il ne s’agit pas seulement de funérailles, mais de retrouvailles. Avec son pays meurtri par la guerre, avec sa famille paternelle qui a décidé de tout gérer à sa façon, avec le fantôme de son père, pas vraiment conforme à l’image qu’elle se faisait de lui, avec elle-même, face à sa culture, à son passé.

    Tout au long du livre, le portrait de son père que se faisait Nina se fissure pour finalement voler en éclats et apparaître comme mensonger. Nina découvre que son père n’était pas celui qu’il croyait maintenant qu’il n’est plus là pour couvrir ses secrets. A chaque fois que Nina tombe sur un de ces secrets, qu’ils soient familiaux, financiers, professionnels, c’est comme un coup de massue dont elle a du mal  à s’en remettre. Véronique Tadjo ramène ainsi le lecteur à des interrogations profondes auxquelles chacun doit faire face. Qui sont vraiment nos parents ? Qui sont ces êtres que nous chérissons tant et que nous croyons si bien connaître ? Quel regard avons-nous le droit de jeter sur leurs existences ? Il y a toujours quelque chose de pourri dans le royaume de la famille…

    Les choses sont d’autant moins faciles pour Nina qu’elle est dans une problématique identitaire complexe. Ce qu’elle découvre sur son père la ramène forcément à sa mère disparue et à sa différence en tant que blanche vivant en Côte d’Ivoire. Il est ici question d’intégration, mais aussi de distanciation et de retour. Des questions qui touchent particulièrement une Nina métisse et vivant à l’étranger. Revenue au pays, la tentation de rester émerge, tout comme celle de ne plus complètement être chez soi. Aux prises avec sa famille paternelle, mais pas seulement, également avec un ancien amant ou des amis, elle réalise la difficulté du retour, la distance qu’elle a désormais avec ce monde, ses us et coutumes, ses logiques. Et si la solution, c’était l’éloignement définitif comme sa sœur Gabrielle ?

    Il y a une tonalité un peu mélancolique, un peu triste qui sied au contexte du livre. Au-delà des funérailles et des interrogations qui tenaillent Nina, il y a ces impressions sur un pays qui était encore en situation de partition et de guerre larvée à l’époque. Nina revient dans une Côte d’Ivoire qu’elle décrit abîmée, à genoux, en proie à la corruption, à l’insécurité etc. Un pays que parfois elle ne reconnaît pas par rapport aux images qu’elle a dans la tête.

    Véronique Tadjo n’utilise pas d’artifices littéraires dans Loin de mon père – à peine des carnets de son père insérés, les mails échangés entre Nina et Gabrielle. Le récit est simple, sans fioritures, la langue effacée, ordinaire, l’ensemble est touchant, juste, avec de fortes interrogations. Loin de mon père est un bon livre même si on est tout de même un cran en dessous du formidable Reine Pokou, et d’à l’ombre d’Imana.

    J’aime bien les livres de Véronique Tadjo.