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immigration - Page 7

  • L’étranger – L’homme qui rentre au pays – Alfred Schütz

    31M4JYT338L__SS500_.jpgCe livre est composé de deux essais qui représentent deux faces d’une même problématique : l’intégration de l’individu dans une société. Alors que L’étranger se penche sur la situation d’un immigrant en terre inconnue, L’homme qui rentre au pays traite du retour au pays natal. Ecrits à la fin de la seconde guerre mondiale les deux essais peuvent être lus à la lumière de l’expérience personnelle du sociologue Alfred Schütz qui a fui sa Vienne natale et l’Hydre nazie pour s’installer aux Etats-Unis en 1940.

    A travers l’étranger, Alfred Schütz plonge au cœur d’une problématique vitale pour nos sociétés à l’heure des migrations et des immigrations, du cosmopolitisme, du multiculturalisme et du mondialisme. Le mérite du court essai du sociologue autrichien est de schématiser les processus complexes d’intégration, d’assimilation à l’œuvre pour l’immigrant, mais plus généralement aussi pour tous ceux qui désirent pénétrer un groupe social spécifique. Toute la difficulté tient au fait que la culture est nature pour celui qui la possède. Il n’y fait plus attention, alors que l’étranger doit d’abord se défaire du point de vue extérieur que lui fait avoir sa propre culture et puis faire nature de la culture d’autrui. L’homme qui rentre au pays explique plutôt comment la culture, le « chez soi » d’un homme peut lui devenir étranger. Alfred Schütz prend régulièrement l’exemple du retour du vétéran de guerre au foyer pour souligner la logique propre au retour. Le détachement de sa culture, l’anomie qui peut résulter de l’assimilation d’une autre culture ou de l’éloignement de la sienne sont explicités. L’homme qui rentre au pays n’est plus le même, sa culture non plus. Un processus de réintégration est nécessaire pour qu’il cesse d’être un étranger et pour que tout lui redevienne naturel au sein de sa propre culture.

    Si ces deux courts essais n’ont rien de révolutionnaire dans leurs propos aujourd’hui, c’est que, nous sommes bien souvent confrontés à ces deux situations en permanence soit parce que nous sommes fréquemment en contact avec des étrangers ou des hommes qui rentrent au pays, soit parce que nous sommes ces deux archétypes. En permanence. Ces idées sont devenues des évidences, développées dans de nombreuses œuvres littéraires depuis. Le livre d’Alfred Schütz a le mérite de clarifier de manière concise, précise les problématiques inhérentes à ces situations. En peu de phrases, la complexité et l’ambiguïté de l’aventure intérieure de l’étranger ou de l’homme qui rentre au pays sont explorées.

  • La petite fille de monsieur Linh – Philippe Claudel

    linh.jpgMonsieur Linh est un réfugié asiatique. Ce vieil homme a fui son pays ravagé par la guerre pour une terre d’accueil occidentale. C’est un voyage douloureux que l’exil pour un homme qui a tragiquement perdu toute sa famille. Il ne lui reste plus que sa petite fille, un nourrisson auquel il s’accroche pour avoir la force de vivre et de supporter le dépaysement et le déracinement qui accompagne son aventure.

    Dans son livre, Philippe Claudel traite le thème de l’exil et du choc des cultures du côté des sentiments. Ce qui peut apparaître touchant par moments mais est surtout à la limite du guimauve et du sentimental la plupart du temps. L’écriture intimiste, le point de vue interne et la tonalité de la narration créent une atmosphère chargée de pathos qui est assez rapidement pénible pour qui n’est pas amateur de grands sentiments à la louche.

    A vrai dire, le livre est assez convenu sur les sujets qu’il traite et est même souvent dans le cliché. Il n’y a pas de véritable réflexion autour de ce que vit Monsieur Linh, seulement de l’émotion assez facile. La complexité de la situation de réfugié est éludée au profit de souvenirs idéalisés de Monsieur Linh, de sa culture, de sa famille et du passé. Le choc des cultures n’est pas réellement exploité ou tangible dans les situations. Philippe Claudel se contente du plus basique et du plus évident pour tous.

    Certains peuvent apprécier l’histoire d’amitié entre Monsieur Linh et cet homme qui a perdu sa femme. Mais là encore c’est très prévisible, assez facile, rapide et une fois de plus gorgé d’une sentimentalité de roman à l’eau de rose. Philippe Claudel n’échappe pas non plus à un dénouement tragique qui est couplé à une surprise qui est un des piliers du livre. Je ne la dévoile pas, mais elle peut se deviner plus ou moins rapidement. Alors le livre perd encore plus d’intérêt et devient interminable. C’est dommage quand on voit toute la peine que se donne Philippe Claudel pour son effet de manche.

    Lecture difficile pour moi. Même en été, dans un hamac, la tête vide. Je dois avoir un cœur de pierre.

  • Un amant de fortune - Nadine Gordimer

    un amant de fortune.jpgJulie est une fille blanche issue d'une famille fortunée d’Afrique du Sud. Elle vit en rébellion contre son milieu d’origine et baigne dans un environnement bohême, désirant avoir un style de vie original. Quand elle s’éprend d’Abdou, un garagiste noir et clandestin - double peine même dans l'Afrique du Sud après la fin de l'apartheid -, elle ne sait pas vraiment dans quoi elle s'embarque. En effet l'histoire devient rapidement folle lorsqu’Abdou est expulsé et que Julie décide de le suivre. Au moment où Julie prend cette décision, difficile de dire, de savoir à quel point elle est vraiment amoureuse d'Abdou. Elle semble plutôt partir sur un coup de tête, un coup de folie. Peut-être voit-elle là l'occasion dont elle a toujours rêvé de bouleverser son univers ? Et Abdou là-dedans ?

    Un amant de fortune est un roman sur le choc des cultures. Il ne s'agit pas ici uniquement de différence de couleur de peau, même si cela joue et plus particulièrement quand il s'agit d'Afrique du Sud. Tellement de choses opposent les deux personnages principaux, plus que l’argent, la couleur, il y a véritablement deux mondes entre eux: leurs cultures.  Les questions d'intégration et d’identité et leurs corollaires, l'exil, l'immigration, l'assimilation sont au coeur de l'oeuvre. Elles sont tout d’abord exploitées sous l’angle d’Abdou que nous connaissons si bien, puis, plus largement sous celui de Julie. C'est une perspective qui est rarement abordée en littérature, l'intégration, l'immigration, l'assimilation de l'homme blanc vers d'autres cultures. L’occidental semble toujours débarrassé des questions d’intégration, son monde est partout, son aisance financière semble éluder la question, l'intégration, c'est toujours pour les autres. Pas selon Nadine Gordimer. Comment Julie peut-elle vivre dans le monde d'Abdou ? Au prix de quels sacrifices ? Pourquoi veut-elle y vivre ? Et si au-delà des mondes, les êtres n'étaient seulement séparés que par leurs rêves, leurs ambitions, leurs désirs profonds ?

    Il est aussi question dans ce livre de fuite, fuite de soi, fuite vers l'ailleurs. Derrière les mots et les aventures, la quête de sens et de soi est brûlante. Nadine Gordimer se sert de cette histoire d’amour peu conventionnelle, des différences entre les personnages et leurs expériences d’émigration pour aborder des situations sociales, identitaires complexes induites par le monde moderne de la mixité. A coup de chapitres courts et tendus, elle explore sous tous les angles ces problématiques, donnant une épaisseur rare à ses personnages, complexes, contrastés, une acuité tranchante à ses réflexions. Le roman est intelligent, envoûtant et surtout très juste.