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imposture - Page 2

  • Tartuffe - Molière

    Tartuffe_Moli%C3%A8re_02.jpgCe n’est pas ma pièce préférée de Molière, entre autres en raison d’une fin un peu précipitée, mais cela reste quand même un classique qui a réussi à faire entrer le nom du personnage éponyme dans la langue pour désigner les hypocrites et les imposteurs. En fait, ce que j’aime dans cette pièce est ce qui est le propre et l’essence même de l’œuvre de molière. C’est un moraliste qui fait de l’humour. Il choisit un défaut de caractère, l’exagère et nous montre la vilénie de la nature humaine, dans son commerce quotidien avec autrui. Il nous fait indirectement la morale, avec le rire, le sourire et le bonheur d’une langue riche, brillante et prodigue en tours de force – merci les contraintes classiques. Un petit moment sympathique donc avec ce cher Tartuffe, faux dévot, vrai truand et hypocrite qui se joue d’Orgon pour obtenir des faveurs au plus grand dam de l’entourage de ce dernier.

  • Lila, Lila - Martin Suter

    lila lila.jpgQue peut-il arriver d'extraordinaire à David Kern, serveur de 23 ans qui travaille dans un bar branché ? Acheter un vieux meuble chez un brocanteur et tomber amoureux de Marie, une cliente qui lui semble inaccessible. En effet, dans l'un des tiroirs du meuble, se trouve un manuscrit écrit par un homme qui a décidé de se suicider. David y voit seulement l'occasion de briller devant Marie et se fait passer pour l'auteur. Mais voilà que la machine s'emballe. Le livre est un chef d'oeuvre et rapidement il se retrouve comblé au-delà de toutes ses attentes. Le succès littéraire et Marie sont à lui.

    Martin Suter aborde un de ses thèmes favoris, l'identité, à partir de cette imposture. Qui sommes nous vraiment, jusqu'à quel point nos actes se confondent avec, définisssent ou trahissent ce que nous sommes, pouvons nous être totalement autres, qui voulons nous être ou paraître ? Quels sont les motifs profonds de mes actes ? Le mensonge initial de David Kern ouvre un abîme  sous ses pieds et fatalement, il se trouve confronté à toutes ces questions. Il est bien facile d'épouser le mensonge et de finir par le prendre pour la réalité mais le voile peut se déchirer à tout moment.

    Comment David Kern va t-il s'en sortir pour préserver ce qu'il a si miraculeusement acquis ? Là est le suspens sans cesse ménagé et renouvellé par Martin Suter qui possède un réel savoir faire en la matière. Il arrive à déguiser ses romans sous les oripeaux du polar. Il place des coups surprenants, déjouant les attentes du lecteur, aggripant ce dernier dans une certaine tension psychologique. Voici ainsi apparaître un clochard alcoolique qui prend assez aisément le contrôle de David Kern. Qui est-il, que veut-il, vers quoi pousse t-il le jeune homme, quelle place pour lui dans l'univers du jeune auteur ? 

    Car David Kern est piégé par le succès littéraire qui n'était pas forcément prévu dans son programme. Il est maintenant embarqué dans le milieu littéraire dont Martin Suter livre une description pas forcément très reluisante. Ses charges à peine voilées contre la société Suisse font place à un regard critique sur la cuisine des livres, les mécanismes, les luttes qui régissent ce milieu atypique. C'est piquant et moqueur envers les éditeurs, les auteurs, les libraires et même le public.

    Lila, Lila est un livre qui dépasse la simple critique du monde littéraire et les thèmes classiques autour de l'identité de Martin Suter. Si c'est le meilleur roman de Martin Suter, c'est parce qu'il arrive en plus à écrire une histoire d'amour forte en évitant l'affligeante banalité, l'eau de rose et les clichés. Il faut garder à l'esprit durant toute la lecture que David Kern fait tout ça pour Marie. Et se rendre compte du mélange explosif fait par l'auteur entre amour et imposture. De qui l'on tombe vraiment amoureux ? Qu'est ce qu'on aime chez l'autre ? Quel autre dans la mesure où le jeu de séduction implique un jeu subtil et dangereux de masques ?

    Il y a quelque chose de profond et de juste, de douloureusement lucide aussi dans les pages sur les interrogations de David Kern au sujet de ce qu'il vit avec Marie. L'aime-t-elle vraiment pour ce qu'il est ou pour tout ce qui lui est tombé dessus avec ce manuscrit ? Très bon livre.

     

     

  • Le cavalier suédois - Léo Perutz

    cavalier-suedois.jpgPeut-être le roman le plus connu de Léo Perutz et qui est à recommander pour ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur tchèque et qui ne sont pas encore sous son charme. Le cadre de l'intrigue est la Silésie au XVIIIème siècle. Christian, noble chevalier suédois naif et empreint d’illusions, est obligé de fuir l’armée pour avoir défendu d’un soufflet, l’honneur de son roi adoré devant l’outrage d’un de ses généraux. Sa cavale l’amène à rencontrer un voleur dont il bénéficie de l’entraide et qui accepte d’aller voir son oncle pour lui prendre de l’argent et des vêtements à son nom. Quelle occasion pour le voleur qui échafaude un projet fou pour échapper à sa destinée...

    Il ne faut pas en dire plus, sinon que commence un jeu de faux semblants qui fait la part belle aux thèmes les plus chers à Léo Perutz. Le questionnement sur l'identité et les apparences est implicite, omniprésent en arrière plan des aventures qui s’enchaînent, captivent le lecteur, le conduisent habilement vers un dénouement bluffant. Ainsi est lancée une machine infernale qui dévoile progressivement ses rouages. Comme toujours chez Léo Perutz, la maîtrise de la construction romanesque et la richesse de l’intrigue sont savamment couplées au suspens et à une certaine érudition historique pour le plus grand bonheur du lecteur.

    Les habitués de l'écrivain tchèque ne seront pas surpris par le caractère implacable du destin, de la fatalité qui pousse le personnage principal vers une fin imprévisible mais inéluctable, en faisant un pion pris au piège de ses désirs et de ses sentiments, de ses aventures, de ses actes qui finissent par avoir raison de lui et de son projet fou. Excellent.