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juif - Page 2

  • La tour d’Ezra – Arthur Koestler

    9782264018397FS.gifEn 1926, Arthur Koestler, juif hongrois, part en Palestine vivre une expérience en tant qu’ouvrier agricole dans une de ces petites communautés qui préfigurent la naissance de l’état d’Israel en 1948. C’est de cette expérience qu’il se sert pour écrire, la tour d’Ezra, paru en 1946.

    La tour d’Ezra, c’est l’histoire d’une de ces colonies pionnières, plus que celle des personnages, présentés comme secondaires par l’auteur lui-même en introduction du livre. Et c’est assurément pourquoi il est passionnant de lire La tour d’Ezra. Alors que la seconde guerre mondiale se profile à l’horizon, une utopie est en train de prendre forme au Moyen-Orient. Comment se sont formées des colonies comme la tour d’Ezra ? Comment fonctionnent-elles ? Quelles sont les forces qui les animent, celles qui les menacent ? Quel est le contexte environnant ?

    On suit donc l’histoire de la colonie pendant un an, depuis sa fondation en 1938 jusqu’à ce qu’elle puisse réussir à parrainer d’autres pionniers un peu plus d’un an après. Son unique problématique est sa survie. C’est la dynamique qui sous tend le livre. Arthur Koestler nous raconte comment ces colonies sont rendues possibles avec l’achat des terres les moins prisées des arabes par l’intermédiaire du fonds national juif. L’implantation de ces dernières doit être ensuite préparée pendant plusieurs mois avec la sélection et la formation des pionniers. C’est une aventure qui possède un certain caractère épique. En effet, la colonie doit être bâtie assez rapidement avec l’aide de parrains de colonies plus anciennes et elles doivent assez rapidement faire face à l’hostilité de ses voisins arabes.

    Arthur Koestler arrive à nous intéresser encore plus en inscrivant l’histoire de cette colonie dans la roue de la grande histoire. A travers les péripéties de la colonie de la tour d’Ezra, il ouvre un champ de réflexions politiques, historiques et philosophiques liées à la question juive. Cette dernière est au centre du livre. Il faut dire que le contexte est celui de la préparation dela Shoahavec des camps de concentration déjà actifs en Allemagne et un antisémitisme pluriséculaire exacerbé dans toute l’Europe. L’existence d’un état Hébreu en Palestine cristallise en même temps tous les espoirs, semblant enfin pouvoir se concrétiser dans la filiation des théories d’Herzl, de la déclaration de Balfour, malgré les réticences de l’administration coloniale britannique et des arabes.

    Mais qu’est ce qu’être juif ? Quel sens à l’épopée singulière et plurimillénaire de ce peuple ? Quelle destinée doit-il se choisir à ce carrefour si important ?  Quels moyens pour cela ? Ce sont des questionnements qui ont encore plus de force à travers les personnages d’Arthur Koestler, en lisant le journal de Joseph, mais aussi en suivant les histoires des habitants de la colonie. Ce sont des êtres déjà marqués individuellement par « les choses à oublier » qui se sont passées en Europe, qui portent donc en eux l’enthousiasme de la libération ainsi que celui de la fondation de l’utopie rurale et sociale de la communauté agricole dela Tourd’Ezra. Un enthousiasme difficile à préserver devant les difficultés pour pérenniser leur utopie face aux dissensions internes, aux drames personnels et à la tentation terroriste, sans compter la menace extérieure bien entendu.

    Arthur Koestler n’est pas uniquement le formidable témoin d’une aventure singulière, c’est surtout un romancier vigoureux qui sait exploiter un contexte historique unique pour accoucher d’une œuvre singulière. La tour d’Ezra marque le lecteur avec des personnages forts, une dimension tragique omniprésente dans cette aventure exceptionnelle et la richesse de sa réflexion, de ses interrogations sur la judéité et Israël. Un roman à découvrir.

    (Re) lisons Arthur Koestler !

  • Un juif pour l’exemple – Jacques Chessex

    jacques-chessex-un-juif-pour-l-exemple.jpgL’histoire que raconte Jacques Chessex se déroule en 1942 à Payerne, dans le canton de Vaud, en Suisse. C’est un fait divers qui l’a marqué alors qu’il était enfant. On a tué un juif pour l’exemple. En effet, Arthur Bloch, commerçant en bestiaux, a été la victime d’un crime atroce, qui est l’écho de l’horreur nazie et de la deuxième guerre mondiale dans la faussement neutre et paisible Suisse.

    Après le vampire de Ropraz, Jacques Chessex continue de ferrailler avec la mémoire de son canton pour en exhumer des histoires terribles. Comme s’il avait envie de troubler l’image paisible qu’on peut naïvement en avoir ou en donner. Peut-être pour tendre à ses concitoyens et à tous un miroir qui en dit finalement long sur l'infini de la bêtise humaine, en général.

    Le style est épuré, les phrases acérées et tranchantes. Jacques Chessex débarrasse également son récit de toutes fioritures. Il en fait une mécanique percutante, simple et directe qui donne un côté implacable au crime. Il y a une violence qui sourdre d’une langue et d’un texte pourtant économes en effets. A chaque fois, il suffit de quelques mots pour dire l’essentiel. L’écrivain Suisse vise juste.

    Il plante d’abord le décor. A l’intérieur, un contexte économique dégradé, le chômage etc. A l’extérieur, le IIIe Reich et son idéologie nauséabonde, en branle pour sa marche triomphante. Ensuite, viennent les protagonistes. Rien que du typique malheureusement. Un pasteur dévoyé représentant de la légation nazie, caution intellectuelle et morale, et de pauvres hères rongés par la frustration qui sert d’alibi à la haine pluriséculaire du juif.

    Voici Fernand Ischi, le garagiste Gauleiter et sa clique qui conçoivent et mettent à exécution leur horrible péché sous nos yeux. Un juif pour l’exemple, donc. Plongée dans les méandres du mal en gestation, puis à l’œuvre. Et toutes les questions que l’on ne peut éviter de se poser, assénées par Jacques Chessex. Noir lyrisme par moments. Où était Dieu ? Pourquoi ? Regrets ? Culpabilité ? Rédemption ? Un livre simple, taillé dans le dur. Petite réussite. 

  • Badenheim 1939 – Aharon Applefeld

    B39.jpgBadenheim ? Une station thermale autrichienne qui attend que son festival de musique vienne ensoleiller son printemps. En attendant, une allégresse quelque peu surréelle règne et les habitants de la ville défilent entre la pâtisserie, l'hôtel, la piscine et les habitations. Badenheim tel que décrite et montrée par Aharon Applefeld, c'est un petit monde, une petite bourgeoisie avec ses tracas, ses manières et son insouciance. Seulement, on est en 1939, et tout ce petit monde, juifs pour la plupart, découvre l'existence d'un mystérieux "service sanitaire". C'est une ombre inquiétante, omniprésente, mais en même temps discrète, dont les desseins et le pouvoir se dévoilent progressivement. Il s'agit de recenser tous les juifs et de les retenir à Badenheim avant de les mener en Pologne.

    Le lecteur sait de quoi il retourne. Nul besoin de génie :1939, juifs, Pologne, Autriche. L'histoire tape à la porte de Badenheim avec dans sa besace le second conflit mondial et surtout la Shoah. Ce qui attend les personnages de Badenheim, c'est la déportation. Et pourtant, ces derniers ne perçoivent pas l'horreur qui les attend. Leur plus grande préoccupation, c'est ce satané festival. Petit à petit l'ambiance joviale et printanière s'estompe et la réalité essaie de reprendre ses droits. Badenheim devient un ghetto en attendant le départ pour la Pologne et le service sanitaire a toutes les prérogatives. Les habitants de Badenheim continuent néanmoins de rêver à un retour aux sources dans une Pologne fantasmée, un peu idyllique. Badenheim ne veut pas ouvrir les yeux et s'étourdit comme elle peut, détourne les yeux, s'excite sur le superflu, mais elle finit par être gagnée par l'abattement et rattrapée par la réalité.

    La situation d'ignorance et de déni de la réalité mise en scène par Aharon Applefeld est troublante. Il y a vraiment quelque chose de délirant dans ces personnages qui ne voient pas l'horreur fondre sur eux et qui dansent encore quand il est déjà trop tard. La lente métamorphose de l'atmosphère de Badenheim est une réussite et l'approche de la déportation est très originale. Il faut néanmoins déplorer des longueurs, certains développements autour des personnages sont vraiment superflus, plus qu'anecdotiques et des redondances, des répétitions - l'organisation du festival, l'attente des musiciens, etc.- alourdissent souvent l'ensemble. Il est dommage que parfois l'on se retrouve si loin du coeur et de l'originalité du livre, avec un certain ennui, une relative impatience.