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mariage - Page 2

  • Née de la côte d’Adam – Nurrudin Farah

    Née de la côte d'adam.gifNée de la côte d’adam est le premier roman de l’auteur somalien Nurrudin Farah. Il conte l’histoire d’Ebla, jeune fille qui s’enfuit de son village de la Somalie profonde pour échapper à un mariage avec un vieillard qui a été arrangé par son grand-père contre deux chameaux. Direction donc la ville et la maison d’un cousin pour cette fille de la campagne qui se retrouve très vite confrontée à de multiples difficultés.
    L’histoire d’Ebla, c’est un condensé de maux qui frappent les femmes et qui subsistent encore dans l’Afrique moderne. Cette dernière, illettrée, découvrant la ville, est exploitée à plus d’un titre lors de son périple. Pour se rendre utile à la ville, chez son cousin, Ebla n’a d’autre choix que de faire office de servante. Très vite, elle se retrouve à nouveau confrontée à une dépossession d’elle-même et de son corps puisqu’à nouveau promise à un autre par son cousin. La solution est-elle toujours dans la fuite ? Peut-être pas pour la jeune femme qui continue de prendre son destin en main du mieux qu’elle peut mais en s’offrant à celui qu’elle souhaite.
    C’est un portrait de femme complexe que nous livre Nurrudin Farah. Le roman étant situé à la veille de l’indépendance de la Somalie, l’attitude de la jeune Ebla est réellement audacieuse. Loin de se laisser faire, cette dernière n’hésite pas à partir ou à prendre un amant quand elle le juge nécessaire, hors toute considération amoureuse. Elle est forte et ne recherche pas forcément le soutien et l’approbation des autres et pourtant ne semble néanmoins pas envisager de possibilités loin des hommes qui constituent son horizon principal. Comme une fatalité.
    Née de la côte d’Adam est un livre dont l’intérêt principal réside dans cette critique du statut et du traitement de la femme dans la société somalienne. L’impact de ce regard lucide sur l’asservissement de la femme, jugée inférieure de l’homme est néanmoins fortement tempéré par les défauts du livre de Nurrudin Farah. Née de la côte d’Adam est plutôt ennuyeux. Il est d’abord desservi par une narration qui manque de souffle malgré les multiples aventures que vit Ebla. Nurrudin Farah a opté pour un ton monocorde et pour des dialogues très succincts, pauvres en contenu, qui affadissent son propos. Tout le mérite que l’on peut reconnaître à l’engagement du livre ne peut escamoter par exemple la faiblesse des personnages secondaires qui ont peu de relief et ne sont pas vraiment exploités (ex : la voisine du cousin d’Ebla, le mari et l’amant qu’elle se choisit…) ou encore les dénouements un peu abrupts que Nurrudin Farah apporte à plusieurs situations que vit Ebla.

    Le genre de livre qu’on aimerait adorer mais qu’on a du mal à finir et dont on garde un souvenir lointain et mitigé. Quelconque au final.

  • La boîte noire – Amos Oz

    Aoz.gifAprès 7 ans de silence suite à leur divorce tumultueux, Alec et Ilana reprennent contact à l’initiative de cette dernière au motif de l’instabilité de leur fils unique Boaz. Débute donc un échange de lettres et de télégrammes qui va ouvrir la boîte noire de leur mariage raté et libérer les démons qui rongent encore ces deux anciens partenaires alors même qu’ils sont désormais confrontés à d’autres difficultés et qu’ils ne sont plus seuls dans leur joute. Outre leur fils Boaz devenu une sorte d’adolescent rebelle, récalcitrant avec des aspirations de hippie, se mêlent à la partie, pour l’essentiel, Michel Sommo, le nouveau concubin d’Ilana avec qui elle a une petite fille d’environ 3 ans et Manfred, l’ami d’enfance et l’administrateur légal des biens d’Alec. A travers ces échanges épistolaires, Amos Oz arrive à faire vivre des personnages complexes et fascinants qui s’inscrivent dans des trajectoires opposées à celles qui sont les leurs au début de la boîte noire. Progressivement, ces personnages se dévoilent, livrent leurs failles et montrent une réelle complexité et richesse qui font d’eux une des réussites de ce roman.

    Voici donc Alec un ancien militaire intransigeant qui est en fait un intellectuel de renommée internationale, un homme riche qui se trouve être plutôt ascétique, un homme fort en apparence, dur et taciturne mais qui est brisé par la maladie et par Ilana. L’ancienne femme d’Alec est volage, presqu’une nymphomane, qui en fait n’a jamais cessé d’aimer son mari, d’essayer de vivre avec lui, puis de le faire revenir alors même qu’elle s’engonce finalement dans une vie de famille étroite, convenue et financièrement difficile auprès de Michel. Ce dernier est un modeste instituteur, un pied-noir passé de l’Algérie à la France avant d’atterrir en Israël.  Partisan d’un grand Israël par le rachat de territoires aux Arabes et l’implantation de colonies juives en Galilée, Michel cède à des pratiques douteuses pour avoir de l’argent qui va plus le corrompre que servir sa cause comme initialement prévu. La faute sans doute un peu à Manfred, l’avocat et ami d’enfance d’Alec qui s’il lui est fidèle et dévoué, semble également habité par des sentiments moins nobles quand il s’agit d’argent , mais qui est indispensable notamment pour retrouver à chaque fois Boaz. Il faut dire que ce jeune homme imposant, qui semble manquer de repères, ne cesse de se retrouver régulièrement dans les emmerdes. Il n’est pourtant pas l’abruti déscolarisé et nourri de rancœur qu’il semble être au premier abord.

    Tous ces personnages se retrouvent plongés dans un jeu d’affrontements permanents qui mêle amour, haine,  rejet, violence, aigreur, érotisme, jalousie, envie, regrets et remords. Ils se livrent donc à une valse à plusieurs, faite d’hésitations, de retours en arrières, de pas de côté, de chocs, voire de chutes. C’est une danse complexe qui n’est pas toujours magistralement orchestrée par Amos Oz. C’est parfois long et quelque peu tarabiscoté avec également par moments – surtout vers la fin – des lettres à rallonge qui n’apportent pas grand-chose et qui montrent des personnages – et/ou Amos Oz – qui se regardent écrire – surtout Ilana. L’écrivain israélien n’évite pas non plus quelques écueils du roman épistolaire. Ainsi, entre deux lettres, il y a des pans de l’histoire, des évènements, des interactions entre les personnages qui ne sont perçus que de manière trop furtive. C’est un peu frustrant surtout lorsqu’il s’agit de l’histoire d’Ilana et d’Alec qui est tout de même centrale dans le livre. On peut parfois avoir le sentiment de manquer certaines choses essentielles alors que les lettres ne cessent de se rallonger.

    Finalement le roman d’Amos Oz en dit aussi un peu – pas beaucoup non plus – sur Israël. Par l’intermédiaire du personnage de Michel Sommo surtout, ses références bibliques, ses idées sur le grand Israël et les arabes, mais pas uniquement. Aussi par le biais de Boaz pour qui tout ça n’a pas vraiment de sens, par le biais de Rachel, la sœur d’Ilana qui vit dans un Kibboutz, par Alec qui est passé par l’armée, etc.

    La boîte noire, livre intéressant mais pas vraiment renversant, a eu le prix Fémina en 1988

  • L’étrangère – Sandor Marai

    9782253166733.jpgL’histoire de la chute de Viktor Askenazi. Victime d’un mal être difficile à cerner, à la recherche d’un absolu qui ne dit pas son nom, Viktor Askenazi court à sa perte. Et ça lui a pris comme cela, à 47 ans. Il a fait fi des conventions bourgeoises de son milieu, a lâché Anna sa femme, sa fille et sa carrière de professeur, pour suivre Elise, une danseuse rencontrée inopinément. Comme pour jeter à terre, pour bafouer, renier ce qu’il a été jusque-là, un homme conservateur, compassé et convenu. Peine perdue. Le monde découvert auprès de son amante, la vie différente, moins conventionnelle qui s’offre à lui ne le comble pas plus que cela et il s’en va de nouveau. La vie est ailleurs ?

    Le personnage du livre de Sandor Marai est intrigant. C’est un être perdu qui vogue un peu au hasard, perdu dans une quête intérieure devenue obsessionnelle et paroxystique suite à la rupture des amarres avec sa vie antérieure. C’est plus qu’une sorte de crise de la  cinquantaine ou une déprime qu’affronte Viktor Askenazi. Brutalement expulsé hors de sa vie selon son propre désir et ses choix, puis de l’alternative qu’il s’est construite, il se lance dans une désordonnée quête de sens et de vérité. Mais où est le bonheur, où est la vérité ? Ni le mariage, ni l’aventure extraconjugale, ni la paternité, pas plus que son métier ne semblent remplir le vide que ressent Viktor et répondre à son besoin fondamental. Dans son élan, Viktor, catholique, interpelle la religion et Dieu lui-même. Progressivement, il se coupe du monde et devient – ou en tout cas est perçu comme – étranger quand sa chute s’achève dans une tragédie.

    Le livre de Sandor Marai a une construction singulière. Il a une longue ouverture qui ne fait véritablement écho qu’au dernier tiers du livre. La partie centrale, la plus longue, contient les confessions de Viktor, un peu confuses et lestées par tout ce qui tourne autour du voyage qui le mène vers Dubrovnik et la fin de sa chute. Ce qui reste du livre, c’est surtout l’errance et les interrogations de Viktor Askenazi, son intense mal-être qui dépasse une histoire somme toute assez banale et des moments de flottement. Je ne m’étends pas sur le rapprochement qui peut être fait avec l’étranger d’Albert Camus (l’étrangère est paru bien avant).

    Inégal mais intéressant avec des passages forts.