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mariage - Page 4

  • Sur la plage de Chesil – Ian McEwan

    17.jpgFlorence et Edward s'aiment. Le bonheur leur semble promis lorsque nous les retrouvons le soir de leur mariage, au moment du repas précédant la nuit de noces. Seulement, il se trouve que les tourtereaux ont réservé leur première expérience charnelle pour cette nuit singulière. Lentement, avec un art fin et délicat, Ian Mc Ewan raconte l'appréhension, les doutes, les hésitations, les interrogations des deux protagonistes de cette tragi comédie dont le pinacle est un fiasco édifiant.

    Ian Mc Ewan écrit un livre original sur le sexe. Plaçant ses personnages dans l'Angleterre pré soixante-huitarde, il dit les dégâts que pouvait occasionner la chape de plomb d'avant la révolution des mœurs. Au-delà du contexte historique, l'auteur britannique aborde avec intelligence et sensibilité, comme c'est si peu souvent le cas, les failles qui béent sous la trinité du sexe, de l'amour et du couple. Le drame qui se noue si près de la plage du Chesil dit comment les sentiments, l'attirance, l'amour, la colère, la frustration, la peur, etc. ne se démêlent pas vraiment de la sexualité, en abordant aussi bien le spectre de la frigidité, l'éjaculation précoce, le manque d'expérience, l'insatisfaction ou encore la misère sexuelle.

    La puissance du roman est contenue mais prégnante pour le lecteur. La mécanique du livre est certes classique mais efficace, reposant sur une structure simple : l'alternance de points de vue qui de flashbacks en flashbacks nous aident à comprendre les histoires respectives de Florence et Edward et leur histoire commune. Dépassant le sexe, Ian Mc Ewan explique les tenants et les aboutissants qui ont mené au fiasco de cette nuit de noces, à cet échec. C'est comme si l'auteur britannique nous disait, voilà comment ils en sont arrivés, là, regardez les prémisses de leur échec étaient là, visibles.

    Les portraits, les biographies de Florence et d'Edward montrent le talent d'un écrivain qui sait donner de l'épaisseur à ses personnages, pour qu'une force et un intérêt supplémentaires nourrisent les thèmes traités. En effet le contexte familial dramatique d'Edward, la vocation artistique de Florence, les différences de classes entre eux confèrent une certaine densité à l'ensemble. Tout comme la finesse de l'analyse psychologique menée par Ian Mc Ewan. Le final du livre est empreint d'une mélancolie et marqué du sceau de l'échec. Il projette une lumière encore plus terrible et dérangeante sur le drame de la plage de Chesil.

    J'ai aimé.

  • Sous l’orage - Seydou Badian

    badian.jpgBenfa a décidé de marier sa fille Kany à Famagan, un riche marchand polygame de la ville. Seulement voilà, Kany n’est qu’une adolescente et elle a reçu de l’instruction. Elle ne veut pas abandonner ses études et n’a pas envie d’être mariée contre son gré et de cohabiter avec plusieurs autres épouses. Pire, elle aime Samou, un jeune homme de son âge. Le clash est inévitable entre Kany qui est soutenue par son jeune frère, lui aussi instruit, Birama et Benfa, leur père, qui a Sibiri son aîné de son côté. Mama Tènè, la mère de Kany se retrouve entre deux feux, sans pouvoir faire grand-chose.

    Sous l’orage déroule de manière classique avec des thèmes qui sont incontournables dans la littérature africaine à la charnière des indépendances. Le choc de la tradition et de la modernité, noué autour de l’école et opposant les générations met en lumière des enjeux cruciaux, des questions auxquelles l’Afrique Subsaharienne cherche toujours d'une certaine façon la réponse de nos jours. Comment faire survivre les cultures ancestrales, les coutumes face à la modernité cannibale ? Quelle est leur place dans un monde en rupture avec tout ce qui a été ? Comment prendre en main son destin sans copier bêtement l’occident ?

    L’originalité de Sous l’orage est de cristalliser tous ces thèmes autour du mariage forcé de Kany. La question de la liberté amoureuse devient centrale et le livre, les personnages s’articulent autour d’elle. Pour le reste le style est très classique et presque scolaire, les personnages ont parfois un aspect unidimensionnel et la fin est un peu précipitée. Pour ceux qui ne sont pas familiers de la littérature africaine, sous l’orage peut-être une bonne porte d’entrée, pour les autres, le livre paraîtra manquer de souffle, d’originalité au regard des nombreux autres classiques qui abordent les mêmes sujets.