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misère - Page 4

  • Tortilla Flat - John Steinbeck

    tortilla%20flatsmall.jpgA Monterrey, en Californie, durant l’entre-deux guerres, une grande histoire d’amitié, simple et touchante. Celle de Danny et de ses comparses Pilon, Pablo, Big Joe, le pirate et compagnie. Cette gentille bande de hères sans attaches mène une vie faite de vagabondages, totalement libre, rythmée par la quête perpétuelle d’un peu d’argent pour pouvoir s’offrir de quoi boire du vin et profiter un peu de la vie. Seulement quand Danny hérite par un heureux hasard de deux maisons, assez rapidement, s’organise une espèce de vie en communauté autour d’un idéal simple d’hospitalité, de convivialité, de fraternité, d’oisiveté et d’un peu de roublardise. Les aventures comico-tragiques liées à ce nouveau statut, à cette nouvelle vie, s’enchaînent, essentiellement liées aux questions matérielles. Comment avoir assez d'argent pour pouvoir se payer un festin et un peu de vin, ou passer la nuit sous un toit, etc.

    Tortilla Flat n’est pas le chef d’œuvre de John Steinbeck, mais un livre qui peut-être agréable à lire en raison des personnages attachants, de l’accumulation d’anecdotes plus ou moins drôles ou du ton moqueur et malicieux, des vrais moments de bonheur et de tristesse qui l'émaillent. La réelle valeur du livre tient pourtant dans la question que pose indirectement l’auteur à travers l’histoire de cette bande d’amis : dans quelle mesure les idéaux purs peuvent-ils résister aux questions matérielles ? Ce qui est en jeu dans Tortilla Flat, c’est une amitié indéfectible, un amour simple de la vie, des autres, un idéal de liberté et d’existence qui unissent cette bande d’iconoclastes un peu anarchistes qui doivent faire face aux instincts primaires, aux besoins vitaux de chacun, aux coups durs de toutes sortes, ainsi qu’à l'agressivité d'une société matérialiste, très éloignée d’eux, dans ses ambitions et son fonctionnement.

  • L’étourdissement - Joel Egloff

    etourdissement.jpgCe livre de Joël Egloff sent la pauvreté, la misère, le vide, la galère, la routine. Il pue avec son décor pourri et pathétique, ses personnages ridicules et risibles, ses péripéties pittoresques, son monde étriqué. Il suffit d’imaginer, un personnage principal qui travaille dans un abattoir, situé trop près d’un aéroport et qui vit avec sa grand-mère, l’arrière-plan étant occupé par une déchetterie, un climat brumeux, des souvenirs crasseux. On dirait le Nord ? Peu importent les aventures de ce héros misérable. Peu importent les histoires qu’il raconte, les souvenirs qu’il jette ci et là, les réflexions et l’envie. Tout ceci est anecdotique par rapport à sa voix. L’étourdissement, c’est une voix de la France d’en très, très bas qui traverse les étages en dessous pour nous atteindre et nous jeter à sa façon, dans son langage, dans son style, son phrasé, son univers, une réalité peu glorieuse, la classe défavorisée. Ce qui importe dans ce livre, c’est cet humour qui nous arrache rires et sourires en même temps que des grimaces de réprobation et des instants d’éclats intérieurs et de tristesse. C’est un tour de force certain que d’arriver à reproduire à travers les dialogues et les monologues intérieurs de son personnage principal, un véritable morceau de pauvreté, de vie cabossée. Une tranche de vie de malheur, de routine, de désespoir et de fatalité bien restituée dans son contexte ainsi que dans l’intériorité du personnage. Réussi.

  • Les vagabonds de la faim - Tom Kromer

    tom kromer.jpgMoins connu que dans la dèche à Paris et à Londres ou les raisins de la colère, ce livre se situe pourtant dans la même période historique difficile qui a été le théâtre d'une crise économique mondiale génératrice d'une pauvreté inouie: l'entre deux-guerres. Les vagabonds de la paix ou encore les stiffs, ce sont les hères de la grande dépression aux états-unis. Des clochards dont le quotidien se limite à la quête de la subsistance et d'un endroit où dormir. Aucune autre perspective pour eux, il n'y a pas de travail, l'horizon est bouché.

    L'auteur qui a été de ce peuple des misérables n'est pas tendre avec lui-même et ses compagnons de condition. Ses mots font mal, empreints d'une insupportable lucidité. Il passe en revue dans chaque chapitre, une situation de cette vie au-delà de l'inimaginable: l'hébergement dans les missions, la mort violente d'un stiff, la lutte pour prendre le train vers l'ouest plus chaud et prometteur, l'attrait de la délinquance, de la violence, la prostitution. Ces pages ne nous épargnent rien. L'auteur nous livre les combines pour survivre et aussi l'indifférence, le mépris, le regard d'autrui, autant d'observations à mettre aux côtés de celles d'Orwell.

    Ici et là, quelques anecdotes lâchées comme des bombes dans nos consciences. Cette époque là était impitoyable, on le ressent aussi. Plus que le témoignage d'un phénomène massif et d'une époque rude. Un livre dur.