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misère - Page 5

  • Le requiem des innocents - Louis Calaferte

    requieminnocents.jpgUne enfance misérable passée dans un bidonville en bordure de Lyon. Voilà ce que raconte Louis Calaferte. La pauvreté dans tout ce qu'elle a de plus vil, de cruel et parfois d'insoutenable, sans embellissement, sans idéologie pour l'enrober. Ici, il n'y a pas de place pour le misérabilisme mais pour le combat, c'est la jungle.

    C'est peut-être paradoxal mais ce livre est beau de saleté, de crasse, touchant de violence, de méchanceté, vrai d'horreur et de misère. Louis Calaferte est sans concession avec son monde, avec lui même et ses jeunes camarades. Sous nos yeux médusés, il déroule une faune hétéroclite. Les portraits sont des pépites qui font battre le livre d'un amour fou de ces gens de rien.

    Le livre est dur et mouvant à la fois, empreint d'un univers de la fange presque disparu - ou en tout cas voilé - sous nos latitudes occidentales aujourd'hui. Pour ceux qui pourraient oublier l'existence de ce genre de monde, pour ceux qui essaierait de travestir, d'embellir ce genre de vies, pour ceux qui aiment la littérature tendue, nerveuse et émouvante au bord du gouffre, il y a ce livre. 

  • Kathy - Patrice Juiff

    kathy.jpgVoici une de ces histoires horribles que le Nord de la France semble pouvoir enfanter régulièrement dans son contexte de chômage, de pauvreté, de rudesse climatique, de détresse humaine. L’histoire, inspirée d’un fait divers réel, est celle de Kathy, une orpheline abandonnée par ses parents à l’âge de 3 ans, qui décide de les retrouver alors qu’elle n’est pas encore sortie de l’adolescence. C’est donc ainsi que Kathy va découvrir et intégrer une famille peu attirante, qui vit à l’écart du monde, survit de divers trafics plus ou moins légaux et s’épanouit dans la violence, l’alcoolisme et le sadisme dans un décor mêlant nature, crasse et déchets de toute sorte.

    Kathy fantasme sa famille, elle est prête à tout pour en être un membre véritable et oublier son ancienne vie. Cela est-il possible ? Oui, une fois délestée de son pécule qui la place au-dessus d’eux, une fois prête à s’abaisser à leur niveau, à accepter un univers de cruauté, de souffrance, de géhenne. Car, très vite le voile fin, le leurre ridicule du bonheur minuscule tombe, et voici la vraie nature de ces êtres du bout de l’humain avec le père violent, le frère incestueux, le beau-frère psychopathe, la sœur hypocrite et jalouse, la seconde sœur mère mourante, la mère martyr. Le cauchemar arrive avec violence après la fausse idylle. La cruauté est diffuse avant d’exploser.

    Cette histoire donne un autre visage aux thèmes classiques autour de l’orphelin : de la recherche d’identité, du comble du vide affectif aux interrogations et retrouvailles, à la spécificité des liens filiaux. Il est cependant dommage que l’essentiel du livre soit aisé à deviner et qu'il traîne en longueur là où il devrait être bref et vice-versa. L’équilibre entre la période idyllique et la suite n’est pas optimal. Il est tout aussi dommage que les relations de Kathy avec sa famille d’adoption restent superficiels, les questionnements d’orpheline de Kathy méritaient certainement plus de place et de développement, plus de profondeur. L’histoire demeure quand même assez effrayante et plutôt empreinte d’émotion.

    Pas de quoi s'extasier...

  • Dernières nouvelles du bourbier - Alexandre Ikonnikov

    ikonnikov.jpgLa nouvelle est un art tellement difficile que je ne peux modérer mon enthousiasme devant ce recueil. Alexandre Ikonnikov a réussi à éviter les écueils de ces récits courts. Les siens sont drôles, vivants et bénéficient – fait appréciable – de chutes réussies. En plus du plaisir de lecture et d’un savoir faire manifeste, le livre a une profondeur mélancolique, ironique et drôle à la fois.

    C’est un portrait sans concession de la Russie moderne. Chaque nouvelle est une prise de conscience de ses démons présents, passés et de son état de délabrement au tournant des années 2000. Cette grande étendue croule sous la vodka, le passé, la tristesse…La drôlerie amère d'Alexandre Ikonnikov la restitue avec un talent considérable.

    Irrésistible.