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racisme - Page 2

  • L’homme illustré – Ray Bradbury

    l-homme-illustre.jpgL’homme illustré est un exemple de bonne science-fiction des années 50. L’ouvrage est construit comme bon nombre d’autres de l’époque. Un recueil de nouvelles compilées et reliées entre elles par un fil conducteur relativement ténu. En l’occurrence, les dix-huit nouvelles indépendantes du recueil s’articulent autour de la rencontre entre le narrateur et le fameux homme illustré éponyme dont le corps tatoué n’est rien d’autre que le réceptacle de toutes ces histoires. Originale et plutôt inspirée, l’histoire de cet homme maudit, réceptacle de visions mystérieusement animées du futur peut être également perçue comme une lointaine ébauche des hommes-livres de Fahrenheit 451.

    La plupart de ces nouvelles sont assez datées, portant en elles des interrogations, des espoirs et des craintes de l’époque de leur rédaction, sans pour autant être totalement dépassées. Il y est en effet surtout question d’apocalypse et de fin du monde avec une inquiétude du feu nucléaire aujourd’hui moins palpable qu’à l’époque du rideau de fer. A travers chacun de ses récits, Ray Bradbury se lance aussi dans une critique toujours actuelle de la guerre mais aussi de la censure, une dénonciation du racisme et déjà de la société de consommation et du futile. Le tout étant souvent tourné vers les étoiles et plongé dans une ambiance omniprésente de conquête spatiale qui est aussi le reflet des fifties.

    Que les amateurs de hard science-fiction passent leur chemin. Ils pourraient être crispés ici par le côté naïf et complètement déconnecté de toute réalité scientifique de Ray Bradbury. Dans l’homme illustré, les fusées sont légion, conduites comme de simples voitures, les autres planètes du système solaire sont facilement atteignables et habitées, habitables par d’autres créatures ou des humains sans mention d’une quelconque terraformation. Tant pis si tout cela est un peu kitsch, l’essentiel est en effet ailleurs, dans l’humanité et la poésie que Ray Bradbury insuffle à chaque récit. Tous les grossiers artifices de cette science-fiction à papa ne servent qu’à dessiner quasiment à chaque fois des perspectives humanistes d’une force remarquable. Ces textes sont souvent touchants, portant derrière leur fantaisie apparente un regard perspicace sur des questions de société et tout simplement sur les hommes.

    Dans un ensemble malgré tout inégal, mentions spéciales donc à la brousse, aux automates qui font preuve d’une certaine intuition et sagacité vis-à-vis de la technologie (réalité virtuelle et robotique), aux superbes comme on se retrouve et kaléidoscope qui évoquent avec beaucoup de sensibilité le racisme et la condition humaine, à la grand-route et à la pluie, témoins convaincants d’une littérature  et des thèmes de cette époque.

    Un bon recueil pour découvrir Ray Bradbury avant de se tourner vers les chroniques martiennes et surtout vers l’incontournable Fahrenheit 451.

  • Home – Toni Morrison

    noir,ségrégation,racisme,pauvreté,guerre,Corée,violenceLes années 50, aux USA. Frank, un soldat noir de retour de la guerre de Corée (1950-53), prend le chemin de la Géorgie, dans son Sud natal. Il part retrouver le seul être vivant qui lui importe vraiment, sa sœur Cee, gravement malade et mourante. C’est un pauvre hère que nous suivons dans l’Amérique raciste de ces années post deuxième guerre mondiale. La fin de la ségrégation est encore quelques années devant et de retour du front, Frank remarque que rien n’a changé pour lui et les noirs de ce pays: un quotidien de misère, de violence, un environnement étriqué, marqué par les discriminations.

    C’est un portrait tout en subtilité de cette Amérique que fait Toni Morrison. Il n’y a pas d’argumentation frontale, pas de mise en lumière exacerbée concernant les travers de l’Amérique ségrégationniste de la guerre froide. Ce n’est pourtant pas qu’un paysage en arrière-plan du périple de Frank. Il faut simplement faire attention aux détails (s’assoir à l’arrière du bus, aller dans des hôtels ou restaurants réservés aux noirs, ne même pas pouvoir avoir des chaussures normales, etc.) qui révèlent cette Amérique profondément inique et la condition des noirs de l’époque.

    Pour ceux qui ne seraient pas touchés par ces détails sur le racisme ordinaire de cette époque, il y a tout simplement le parcours de Cee, marqué par la solitude, l’échec, la précarité, le déracinement et conclut par le drame – presqu’une fatalité - qui finit par la frapper. Il y a aussi les souvenirs d’enfance de cette dernière et de son frère. Surtout un souvenir en particulier, celui qui sert d’incipit au récit et qui le clôt également dans une boucle narrative symbolique et réussie. Il inscrit les deux personnages dans un mouvement vers la rédemption, la conjuration des démons et la reconquête de la dignité.  

    Le roman de Toni Morrison est une oeuvre hantée. L’ombre du mal est toujours présente en filigrane, avançant masquée sous les traits de ce bon docteur chez qui Cee est engagée, sous ceux de cette petite coréenne que Frank voit évoluer parmi les décombres. Ce roman est un cauchemar impitoyable qui habite ses personnages, Frank et Cee, qui ont été baladés d’un malheur à l’autre, et qui sont maintenant au bord du précipice, traumatisés, mais finalement debout. Une œuvre épurée, acérée  qui touche par sa justesse et sa sobriété.

    Bien.

  • Le terroriste noir – Tierno Monénembo

    56275520_10942753.jpgJe ne connaissais pas Addi Bâ Mamadou avant d’ouvrir le livre de Tierno Monénembo. Voilà pourtant une histoire qui vaut son pesant de cacahuètes. Né en Guinée pendant la Grande Guerre, l’homme a été un des fameux tirailleurs « sénégalais » qui ont participé à la seconde guerre mondiale dans les rangs de l’armée française. Mieux, il a été une figure de la résistance française dans les Vosges et est mort fusillé par les allemands en 1943. Un leader résistant noir en France ? Pendant la seconde guerre mondiale ? Dans les Vosges ? Au point que trois villes aient donné son nom à certaines de leurs rues ? Incroyable ? Oui, tellement qu’il n’a reçu la médaille de la résistance à titre posthume qu’en 2003.

    Comment cet homme a-t-il pu se faire accepter dans cette région ? Comment y a t-il vécu ? Comment a t-il fini dans la résistance ? Voilà ce que s’attache à raconter Tierno Monénembo. C’est une véritable entreprise de mise en lumière, de reconnaissance qu’entreprend l’écrivain guinéen par l’intermédiaire de la voix de Germaine Tergoresse qui a connu le héros durant ces années de maquis alors qu’elle n’avait que 17 ans. Cette vieille dame raconte donc l’histoire du « schwarze terrorist »  comme l’appelaient les allemands, la fascination dont il était l'objet durant ces années-là dans ces contrées. Elle raconte aussi l'histoire de son petit village, avec ses inimitiés, ses habitudes, ses personnages hauts en couleur. C’est pittoresque, un peu folklorique et à la fin un peu longuet, tournant un peu trop autour du pot: la sorte de jeu installé entre Addi Bâ, véritable "mascotte" et les habitants de la région, quelque part entre le racisme ordinaire et son contraire.

    Si Tierno Monénembo arrive à créer une voix avec sa narratrice, la bonhomie de cette dernière en vient rapidement à bout des quelques moments de truculence et le récit est parfois étiré. Surtout qu’il semble allègrement hagiographique, versant un peu dans le portrait béat et c’est vraiment dommage. A part quelques allusions à son rapport aux femmes, Addi Bâ n’est pas loin d’être présenté comme un saint adoré et adulé par les habitants de cette région. C’est un peu lassant même si c’est souvent la manière dont sont traités les héros. Justement j’en attendais plus de Tierno Monénembo: une meilleure exploitation de cette histoire avec un réel potentiel.

    Bof.