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racisme - Page 4

  • Train – Pete Dexter

    Train.jpgLionel Walk Junior est noir et a 18 ans. Il travaille comme caddie pour un club de golf classe et est surnommé Train. Il ne le sait pas, mais sa vie bascule le jour où il rencontre Miller Packard sur un des greens du club. Miller est différent des autres clients du club, peut-être différent tout court. Ce n’est pas vraiment un de ces bourgeois racistes et médiocres qui s’imbibent et parient une fortune sur un swing qu’ils n’ont pas. Surtout, Miller a repéré le talent unique de Train. Que serait-il advenu de ces deux là sans la rencontre providentielle entre Miller Packard et Norah, une belle plante à qui il porte secours alors qu’elle vient d’être sauvagement agressée ?  

    Ce sont les années 50, on est à L.A et je peux vous dire que les anges sont bien loin d’ici parce que l’univers que décrit Pete Dexter est noir, très noir. Avec Train, il nous dit quelque chose de l’Amérique raciste de la période de la ségrégation. Les rapports entre les noirs et les blancs, autour du sexe, de l’argent, de l’art et du travail sont au centre du livre. Il y a quelque chose de dur et d’intense qui sous-tend le livre et qui finit par éclater lors de certains passages dans une violence brute, mais pas uniquement.

    Le livre est construit sur un rythme sinusoïdal qui s’accélère progressivement, d’un calme relatif à un enchaînement de bouleversements, précipitant ainsi Train le personnage principal, d’une tragédie et d’un abîme à une situation relativement plus calme et ainsi de suite. Pete Dexter prend donc d’abord le temps d’installer son trio Miller, Train, Norah et d’imbriquer ensuite leurs histoires à coups de coïncidences savamment arrangées et dignes d’un bon film noir de la grande époque. Il arrive à nous faire (sou) rire et à nous toucher tout en décrivant des situations difficiles et tendues.

    Il faut dire qu’il sait s’y prendre en matière de narration. Les scènes ont quelque chose de visuel et de marquant (une écriture quasiment cinématographique) quand elles ne sont pas tout simplement originales, les dialogues sont maîtrisés et il y a du souffle et de l’intérêt dans la narration, que ce soit du point de vue de Miller, Norah ou Train. C'est aussi que les personnages principaux ou secondaires sont des figures (Plural, Miller) avec ce qu’il faut de pathétique et de vil pour nous les rendre attachants. Avec Train, Pete Dexter écrit un livre noir, imprégné d’une époque pas très ragoûtante et avec comme principal point fort l’ambiance.

    Solide.

  • La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique – Martin Page

    9782757821640.jpgFrance, Paris, mi-décembre, Fata Okoumi, riche femme d’affaires africaine de passage à Paris, reçoit sur le crane un coup de matraque d’un policier parce qu’elle se refuse à un contrôle d’identité. C’est donc cette bavure qui donne l’occasion au narrateur, Mathias, l’un des gratte-papiers du maire de la rencontrer. L’objectif : un discours repentant prononcé par le maire en son honneur. Seulement rien ne se passe comme prévu car Fata Okoumi émet le désir de faire disparaître Paris…

    Ceux qui connaissent Martin Page, révélé il y a une dizaine d’années avec comment je suis devenu stupide, retrouveront avec plaisir son écriture dans ce livre. On retrouve dès les premières pages cette fantaisie et cette douce folie qui font la singularité du style de cet écrivain. Il raconte à sa façon décalée et imagée une histoire qui comme le révèle le titre n’a rien de bien commun. La magie fonctionne donc dès les premières pages et il y a quelque chose d’assez rêveur dans le livre qui fait qu’on avance allègrement…avant de progressivement s’engluer dans les longueurs.         

    On pourrait passer outre ces moments ennuyeux, quand Martin Page traîne la plume, ronronnant dans une narration qui fait du surplace. Si ce n’est pas le cas, c’est parce que l’idée cachée derrière La disparition de Paris et sa renaissance en Afrique n’est pas assez brillante, surprenante même si très allégorique. On l’attend bien trop longtemps pour se contenter de cet artifice même si le propos de Martin Page à la suite est bien plus intéressant. Il est d’autant plus regrettable que sa réflexion, sur ce qu’est Paris aujourd’hui, sur les mutations de cette ville, sur sa dimension fantasmagorique, ne surnage qu’au bout du roman et dans sa postface.

    En fait, la disparition de Paris et sa renaissance en Afrique n’arrive pas à donner plus de force aux thèmes qu’il traite. Le racisme ou encore la politique - notamment de la ville -, la réussite, l’amour ne bénéficient pas d’un traitement quelconque ou banal, bien au contraire - Fata Okoumi est ainsi une victime intéressante, tout comme l’est la relation de Mathias avec Dana par exemple- mais restent d’une certaine façon en retrait, faibles, par rapport à l’omniprésence du moi de Mathias.

    Il n’est pas sûr que ce soit le souhait de Martin Page mais l'être de Mathias relègue tout le reste au second plan. C’est en cela que Martin Page est un écrivain. Il arrive à nous faire partager la difficulté d’être de son personnage qui est un peu anachronique, différent, un handicapé de la vie moderne. C’est aussi en cela qu’il rate son coup car Mathias est un peu l’alter ego des personnages de ses autres romans. Il y a pour ceux qui les connaissent une certaine répétition. Sans doute l’occasion d’écrire une œuvre singulière à partir de prémisses intéressants a-t-elle été aussi manquée à cause de cela.

    Décevant.

  • Cannibale – Didier Daeninckx

    Daeninckx-Didier---Cannibale.jpgCannibale a pour contexte l’exposition coloniale de 1931 à Paris. Cet évènement est désormais en partie tristement célèbre dans la mémoire collective pour la mise en scène de son village de sauvages : des Kanaks transportés de Nouvelle-Calédonie pour jouer des rôles de composition, diffusant des préjugés et une idéologie raciste. Apparemment inspiré d’un fait authentique, le livre de Didier Daeninckx conte l’histoire de Gocéné, un de ces Kanaks. Ce dernier s’évade de l’exposition et part à la recherche de sa promise Minoé qui fait partie d’un ahurissant échange provisoire avec un cirque allemand : quelques Kanaks contre des crocodiles – ceux de l’exposition ayant rendu l’âme.

    C’est le contexte historique du livre, brièvement résumé en quatrième de couverture, qui fait l’intérêt de Cannibale. Surtout pour ceux qui découvrent les zoos humains et l’idéologie raciste qui marque l’époque de l’entre-deux guerres. Pour les autres, le livre souffre de bien de défauts. D’abord, le contexte s’évapore rapidement au profit d’une double course poursuite assez convenue et peu intéressante. Gocéné et son compagnon Badimoin courent après Minoé et les autres Kanak et doivent en même temps échapper à leurs propres poursuivants. Le fond du livre est sacrifié au profit du rythme. Ensuite, l’émotion occupe une place considérable qui concourt également à effacer l’intérêt du livre, dans la mesure où Didier Daeninckx privilégie l’histoire d’amour et les sentiments de Gocéné.

    En fait, le plus gênant dans Cannibale est surtout que le point de vue interne de Gocéné paraît souvent peu convaincant. Dans ses réactions, ses préoccupations, ses pensées, Gocéné n’apparaît pas forcément – au moins par intermittences – comme un Kanak enlevé de Nouvelle-Calédonie au début des années 30 et confronté à un contexte très différent, très dur et forcément perturbant, à Paris. Peut-être manquons-nous simplement d’éléments apportés par Didier Daeninckx pour le croire. C'est en tout cas bien embêtant.

    Cannibale est un livre qui n’arrive pas à tirer pleinement parti de son matériau – contexte historique et intrigue. Il est finalement assez décevant, parfois simpliste et victime de quelques écueils. Vite lu, il peut néanmoins permettre à certains – aux plus jeunes – d’ouvrir des pages sombres de l’histoire de France.

    Bof.